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Où allons-nous ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Christophe Cossement   

(homélie de l'Assomption; Ap 12; 1Co 15,20-27)

La fête que nous célébrons aujourd’hui est la fête d’une victoire. Une victoire sur le mal, personnifié ici par le dragon et par la mort.

Le mal pèse sur nos vies, sur les relations entre les hommes, entre les pays, et la mort se présente comme le mal le plus irrémédiable. Nous fêtons en Marie le début d’une victoire qui nous sera donnée aussi à la fin des temps : Marie anticipe cela et par la rédemption que réalise le Christ elle ne connaît pas la dégradation du tombeau, elle entre toute entière dans la lumière de la vie éternelle.

Les lectures de la Parole nous rendent solidaires de cette victoire, et en même temps elles la mettent en relief.

Qui est la femme qui a le soleil pour manteau ?

Deux personnages qui font penser l’un à l’autre : Marie, et l’Église, l’Église et Marie. La femme est enceinte, elle va enfanter, elle crie dans cet enfantement. C’est un rude travail d’enfanter le Christ. l’Église est heureuse d’enfanter le Christ, et Marie l’aide dans cette tâche, et en même temps elle l’enfante dans la douleur, car faire place au Christ est pour tout chrétien quelque chose de laborieux, qui demande un sérieux effort et qui ressemble parfois à un arrachement. Si l’Église veut témoigner du Christ sans douleur, elle fait fausse route. Car Jésus nous interpelle et nous contredit sur nos façons de vivre ; ce n’est pas rien de lui faire un passage.

Autre chose rend cet enfantement périlleux : le dragon est posté pour dévorer l’enfant à sa naissance. C’est un dragon terrible, qui inspire terreur et crainte. Et en même temps il est séduisant, fascinant, il « en jette », ce dragon, à commencer par les étoiles du ciel, par terre...

La présence du Christ dans nos vies et dans le monde n’est pas seulement difficile à faire advenir ; elle est aussi menacée dès le début. Il y a tant de demi-vérités ou de mensonges qui nous poussent à douter du Christ, à douter de la vérité que porte l’Église en elle, à abandonner l’évangile en pâture à l’égoïsme, à l’injustice, à la facilité, aux loisirs et au confort. Nous vivons dans un monde qui nous propose tant de choses attrayantes et fascinantes, et qui en même temps lave notre cerveau en anesthésiant notre faculté de réfléchir, en nous proposant des vérités toutes faites, sur l’amour, sur le sida, sur la non-valeur de la vie, etc. Si souvent les médias, les valeurs de la publicité, de la mode, jouent au serpent Kaa dans nos vies.

Dans la vision de l’Apocalypse comme dans la réalité la présence du Christ est si fragile, mais elle sera victorieuse. Portons-la obstinément en nous. Soyons des entêtés de l’évangile, des forcenés de l’amour de Dieu, qui ne baissent jamais les bras devant la séduction du monde, devant les mécanismes puissants de l’économie mondiale et les apparentes victoires des magouilleurs, ni devant les tentations qui nous assaillent personnellement et nous feraient dévier de l’appel de Dieu.

L’Apocalypse nous parle déjà de la victoire de la vie : l’enfant est sain et sauf. La femme, quant à elle, s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Oui, si l’Église ne veut pas être dévorée, elle doit se tenir au désert, qui est un lieu de renoncement. Qu’elle renonce au désir de faire l’unanimité, d’être bien comprise et saluée de tous, et que chacun de nous nous vivions simplement et sobrement. Je me rappelle cette phrase de l’apôtre Pierre qui cadre tout à fait avec la vision d’aujourd’hui : « soyez sobre, soyez vigilant : votre adversaire, le démon, comme un lion qui rugit, va et vient en rugissant à la recherche de sa proie ; résistez-lui avec la force de la foi ! » (1P 5,8)

Un petit mot sur l’épître, qui porte sur l’histoire un regard inédit : l’histoire du monde est le processus de la victoire du Christ sur « toutes les puissances du mal ». Il y a là un achèvement progressif qui doit conduire à la destruction de la mort elle-même. Nous voyons bien que cela dépasse les possibilités de l’homme d’infléchir le cours de l’histoire, cela dépasse tous les « grands soirs » possibles. Mais en même temps nous sommes appelés à adhérer à ce processus de victoire du Christ au long des siècles, nous ne devons pas rater le coche et rester étranger aux merveilles de Dieu sous prétexte qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde ou que nous sommes trop occupés.

On peut avoir l’impression que le monde va mieux qu’avant, ou qu’il va de mal en pis ; cela dépend de ce qu’on sait du passé et du présent, ainsi que de notre tempérament. Une chose me paraît assez criante néanmoins : les messages que nous recevons de la société, et spécialement les jeunes, sont de plus en plus vide de sens. C’est inquiétant. Heureux ceux qui peuvent compter sur leur famille. Mais de toute façon, en laissant le monde devenir ivre de vide, le Christ ne prépare-t-il pas l’adhésion de tous à sa plénitude au dernier jour qui est pour bientôt ?

Enfin, l’évangile... Marie a un sens spécial, le sens de la foi. Et déjà quand Jésus est un petit fœtus en elle Marie perçoit que Dieu est en train de libérer les opprimés, les humbles, les affamés, de la main de tous ceux qui les ignorent ou les mettent à genoux.

Marie nous invite à voir avec elle, en dessous des événements de la vie des hommes où c’est plus souvent le puissant qui triomphe et le rassasié qui a le dernier mot, l’action de Dieu dont le projet est de délivrer les humbles, de mettre à l’aise ceux qui plient sous le poids des autres. Avec la même espérance que celle de Marie nous pouvons enfanter à notre tour le Sauveur, et le porter au monde qui en a tant besoin.

Mise à jour le Samedi, 15 Août 2009 07:43