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Nous voici arrivés au dénouement de ce long discours du pain de vie, qui suit lui-même la multiplication des pains. Et le moins que l’on puisse dire est que les conséquences en sont désastreuses, du moins si l’on regarde cela de manière purement statistique. Par deux fois, l’évangile nous dit que beaucoup se heurtent aux paroles de Jésus ou cessent de marcher avec lui. Soulignons d’ailleurs, en passant, que ce refus ne date pas seulement d’hier. Aujourd’hui encore beaucoup, à tout âge, s’en vont de nos églises et cessent de marcher avec Jésus.
En fait, ce drame qui se joue depuis la multiplication des pains, avec l’opposition et l’abandon progressif de beaucoup de disciples, anticipe déjà la croix, où Jésus sera abandonné par presque tous. De la croix de Jésus, il en est d’ailleurs déjà question. D’abord par le mot « chair » qui, rappelons-nous, désigne l’homme dans toute sa réalité, avec ses possibilités mais aussi ses faiblesses, dont la plus radicale, la mort. En parlant de donner sa chair, Jésus désigne déjà la croix et le don tout entier de sa vie.
La croix est aussi suggérée par ces paroles de Jésus dans l'évangile de ce dimanche : « Quand vous verrez le fils de l’homme monter là où il était auparavant... ? » Allusion explicite à la croix pour l’évangéliste Jean, qui conçoit tout à la fois la mort de Jésus sur la croix et son élévation au ciel. Pour Jean, sur la croix, mort, résurrection, ascension et pentecôte ne font qu’un.
Mais s’il y a des allusions à la croix et à la mort, il y a surtout, à travers ces lignes, une vie débordante ! Vie nourrie par le pain multiplié en abondance, pain du ciel qui donne la vie au monde, chair donnée pour que le monde ait la vie, paroles de vie éternelle... En fait, il n’est question que de vie dans tout ce long chapitre six de l’Evangile de Jean !
C’est sans doute la meilleure manière de lire tout ce chapitre : comme paroles de vie et d’espérance qui nous sont données pour nous, aujourd’hui. Une condition toutefois, celle que nous suggère Pierre, au nom des Douze : l’écoute, un cœur qui écoute. « Écoute et prête l’oreille de ton cœur » écrit saint Benoît au début de sa règle. Il s’agit bien de dire avec Pierre : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »
Tout l’inverse donc de ceux qui, nombreux, disent : « Cette parole est rude, on ne peut pas continuer à l’écouter ! » Ceux-là refusent d’écouter, de se laisser remuer dans l’image qu’ils ont de Dieu, d’eux-mêmes, de la foi, de la mort et de la vie.
Partageons plutôt l’écoute de Pierre et sa foi. Les deux vont d’ailleurs ensemble, car la foi et la confiance naissent de l’écoute. A ce propos ; je vous fais une proposition. Reprenez en entier ce chapitre six de Jean, que nous parcourons depuis un mois tous les dimanches et lisez-le paisiblement, avec un cœur qui écoute. Accueillez-le comme une parole de vie, pour vous, aujourd’hui. Une parole qui vient à votre rencontre, dans tout ce qui fait votre quotidien, votre vie, avec ses grandeurs mais aussi ses limites, ses souffrances, ses peines et ses morts. Lisez cet évangile en y décelant toutes les invitations à la vie, à l’accueil de la vie éternelle. Et dites souvent, avec Pierre : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Je vous assure, vous verrez la vie autrement.
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