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Dans un mois, le 11 octobre précisément, le Père Damien sera canonisé, reconnu saint par l'Église. Une occasion, certains l’ont souligné, de faire monter les ventes des fameux stylos qui portent son nom. Mais la canonisation de l’apôtre des lépreux n’est pas seulement un fameux coup de pub au profit de l’action humanitaire qui s’inspire de son œuvre, une action très louable par ailleurs. Elle est aussi une invitation à rechercher ce qui a inspiré Damien dans sa vie et son œuvre. A ce propos, les lectures de ce dimanche sont très éclairantes, à tel point qu’elles pourraient très bien convenir comme lectures pour sa fête.
La question que Jésus pose à ses disciples dans l'Évangile est certainement la question centrale pour comprendre Damien : « Pour vous, qui suis-je ? » Car nous passons à côté du sens de sa vie et de son héritage si nous ne percevons pas le lien unique et profond qui unit Damien à Jésus et, en particulier, au cœur de Jésus. Damien a fait, depuis sa plus tendre enfance, l’expérience d’un Dieu qui aime. Son cœur sera dès lors habité par un grand désir : être auprès de Jésus qui l’aime et qu’il veut aimer en retour.
Avec Pierre, Damien aurait pu donc, lui aussi, répondre à Jésus : « Tu es le Messie, le Sauveur ». C’est d’ailleurs la conviction que Jésus veut sauver et guérir tous les hommes qui a fait de lui un missionnaire. Son amour de Jésus Sauveur va se manifester très concrètement par son amour de l’Eucharistie, de l’adoration, de la prière et de la confession. Pour Damien, ce ne sont pas là de simples rites ou des obligations liées à son état de religieux, mais bien une manifestation réelle et concrète de sa relation à Jésus.
Mais à Damien, plus qu’à tout autre, il convient aussi d’appliquer cette parole de saint Jacques : « Celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte ». C’est par ses actes que Damien a montré sa foi, au plus haut point. Chez lui, nulle opposition entre prière et service du frère, entre contemplation et action. Au contraire, le radicalisme de l’un n’allait pas sans l’autre. Sa « pratique religieuse » intense était à la mesure de son amour pour les lépreux et vice versa.
Cet amour de Jésus et du prochain, dans la personne des lépreux auprès de qui il vivait, l’a conduit à s’identifier au Christ au plus près, jusque dans le don de sa vie sur la croix. « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive ». Cette parole de Jésus, Damien l’a prise au sérieux et l’a mise en pratique en allant vivre parmi les lépreux de Molokaï, jusqu’à s’identifier à eux en partageant leur maladie. La croix, Damien l’a vécue dans son corps, à travers la lèpre. Une épreuve qui venait aussi s’ajouter, il faut le dire, aux brimades dont il était l’objet de la part de quelques-uns, dont certains de ses supérieurs.
A la suite du Christ, Damien s’est identifié au serviteur souffrant d’Isaïe : « Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. » Damien aurait pu se dérober, comme Jésus aurait pu lui-même se dérober à la croix, ainsi que Pierre le lui suggérait après l’annonce de sa passion et résurrection. Ce n’est d'ailleurs pas sans de bonnes raisons que Pierre a voulu raisonner Jésus. Que pourrait apporter la croix ? Quel besoin de sacrifier ainsi sa vie pour l’annonce de la Bonne Nouvelle ?
Pour Damien aussi, la prudence et la raison ne commandaient-elles pas de se tenir à distance des lépreux ? D’éviter, comme le conseillaient certains, tout contact physique pour se protéger de la maladie ? Il aurait, en effet, pu se contenter de célébrer la messe et être relayé, après quelques mois, par d’autres missionnaires.
Mais Damien était appelé à autre chose : à manifester l’amour et la tendresse de Jésus pour ceux qui étaient les plus abandonnés de tous, les lépreux laissés à leur sort sur l’île de Molokaï. Cet amour et cette tendresse ne pouvaient se concrétiser que par une proximité avec eux, sans barrière, au-delà même des précautions d’usage. Face à cet appel et cette urgence de la charité, rien ne pouvait l’arrêter.
« Ne me retenez pas de suivre la volonté de Dieu » avait déjà écrit Damien à ses parents en leur annonçant son intention d’entrer dans la vie religieuse. Quand la volonté de Dieu était en jeu, rien ne pouvait, en effet, retenir Damien. Comme rien n’a pu retenir Jésus d’accomplir la volonté de son Père, même pas le premier pape, Pierre !
Tout le monde n’est pas appelé à devenir lépreux comme Damien. D’autres prêtres, frères, religieuses et laïcs l’ont d’ailleurs rejoint à Molokaï pour soigner les lépreux et n’ont pas attrapé la lèpre pour autant. Mais il fallait que lui prenne tous les risques, qu’il transgresse sans doute certaines règles de prudence, qu’il manifeste par toute son action l’amour et la tendresse de Dieu. Sinon les lépreux auraient été laissés encore longtemps dans leur état d’abandon. Pour les lépreux et leur salut, Damien s’est vraiment identifié au Christ, il a pris sa croix à sa suite.
Et nous ? Qu’est-ce que la vie de Damien a à nous apprendre ? Que devons-nous faire pour marcher sur ses traces ?
1. D’abord, grandir dans une relation intime avec le Christ, un amour de Jésus. Damien nous en donne les moyens : l’eucharistie, l’adoration, la prière et la confession.
2. Ensuite, vivre une foi incarnée, qui s’exprime par une charité concrète, en particulier envers les plus abandonnés.
3. Enfin, quand la charité et la volonté de Dieu le commandent, être parfois un peu déraisonnable, ne pas s’en tenir seulement aux règles de prudence, mais oser un acte fort qui témoigne de l’amour et de la tendresse de Dieu pour tous.
Homélie du dimanche 13 septembre 2009. |