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En préparant cette fête de saint François, j’étais sans cesse frappé par les parallèles qu’il est possible d’établir entre François et le père Damien. Évidemment, Damien, c’est d’actualité. Bientôt, on n’entendra plus parler que de lui, dans nos trois langues nationales d’ailleurs, aussi bien sur les chaînes publiques que privées. Tout le monde y mettra sa couche. Dans notre pays, Damien fait l’unité.
En ces jours qui précèdent sa canonisation, il est donc tentant de voir Damien partout, y compris en François d’Assise qui, pourtant, a vécu sept siècles auparavant et que, à première vue, pas grand chose ne rapproche de Damien. L’un, François, est citadin, fils de cette bourgeoisie montante du Moyen-Age. L’autre, Damien, est un homme de la campagne, un homme de la terre qui, dès son plus jeune âge, avait appris à travailler de ses mains. L’un connait une jeunesse dissipée, aimant la guindaille et les fêtes bien arrosées. L’autre, bien que pourvu d’un caractère bien trempé, eut une jeunesse vertueuse et déjà profondément animée d’une foi vivante. François rêvait de devenir chevalier. Damien embrassera très vite la vie religieuse. Et puis, d’un côté, c’est le Sud et de l’autre ... « c’est le Nord ! »
Toutefois, si nous y regardons de plus près, nous ne manquerons pas de voir des similitudes entre François et Damien. Une première chose qui vient à l’esprit est, sans doute, leur amour des lépreux. Pour François, le baiser qu’il donna un jour à un lépreux rencontré sur sa route a été décisif dans sa conversion. Damien, lui, ira plus loin encore en partant vivre parmi les lépreux, allant jusqu’à s’identifier à eux. Lorsqu’il sera lui-même atteint de la lèpre, il écrira ainsi dans ses lettres « Nous, les lépreux... »
Nous pourrions multiplier les exemples des œuvres d’amour et de charité que François et Damien ont en commun : comment l’un et l’autre ont aimé leur prochain, en particulier les plus petits, les plus pauvres et abandonnés ; comment aussi ils ont aimé l'Église, non sans douleur toutefois, parce qu’elle a aussi pu se montrer parfois ingrate envers eux.
Nous sommes certainement tous édifiés en voyant ce que François et Damien ont accompli. Il existe cependant un danger à en rester là, c’est-à-dire à ne pas voir ce qui animait de l’intérieur nos deux saints et qui leur a permis de réaliser tant de choses et d’aimer à ce point. Car le risque serait de réduire François à un militant pacifiste et écolo d’avant garde ou Damien a un super humanitaire, sorte de médecin sans frontière avant l’heure. Non pas qu’il ne soit pas bon de s’engager pour la paix, le développement durable ou pour MSF. Mais, dans le cas de François et de Damien, nous ne pouvons pas en rester là.
Il est en effet impossible de séparer, chez François et Damien, ce qu’ils ont fait de la foi profonde qui les animait. C’est d’ailleurs là le secret de leur sainteté, comme de la nôtre, si nous acceptons de nous mettre à leur école sur le chemin de la sainteté.
Au cœur de leur foi, il y a un relation unique avec Jésus. Ils ont été vraiment ces disciples dont parle Jésus dans l'Évangile : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». Oui, François et Damien ont pris sur eux le joug du Christ, ils se sont mis à sa suite, comme des disciples, ces touts-petits qui se laissent enseigner par Jésus qui leur révèle tout l’amour du Père. Ils ont ainsi pu goûter combien Jésus est doux et humble de cœur, autrement dit, goûter au cœur de Jésus, à son amour débordant.
Et ils ont aimé Jésus en retour. Un amour bien concret, incarné, qui se manifeste par leur amour de l'Évangile et de la Parole de Dieu. Par un grand amour également de Jésus présent dans l’Eucharistie, qui occupait une place centrale dans leur vie. Car sans l’Eucharistie, Damien, de son propre aveu, n’aurait jamais pu tenir sur l’île de Molokaï. Et, bien sûr, leur amour de Jésus se concrétisait par leur amour des pauvres et des petits.
Cet amour de Jésus va aller jusqu’à s’identifier à Jésus sur la Croix. Comme Paul, ils auraient pu dire l’un et l’autre : « que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil ». François recevra les stigmates, signe de sa configuration au Christ en croix, à ses souffrances pour le salut des hommes. Damien portera aussi, dans son corps, la marque des souffrances de Jésus, en recevant les stigmates de la lèpre. Comme Jésus et avec lui, il a porté sa croix et a donné sa vie par amour pour ses amis.
Mais ce qui rapproche aussi Damien et François, c’est que l’un comme l’autre ont trouvé le repos en Jésus. En épousant sa croix, ils ont trouvé le repos. Ce repos se manifesta concrètement par une joie profonde, la joie parfaite dira saint François. Damien parlera lui d’un étrange bonheur à la fin de sa vie, le bonheur d’un homme identifié au Christ en croix. C’est le paradoxe de la sainteté du chrétien : trouver son plus grand bonheur dans la communion à Jésus en croix. Car oui, dit-il, « je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Serons-nous aussi sensibles à cet appel de Jésus à devenir ses disciples, à nous mettre à son école, à prendre sur nous son joug, à goûter combien il est doux et humble de cœur et à l’aimer en retour de manière très concrète par un amour de l'Évangile, de l’Eucharistie, de l'Église et de nos frères les plus petits et abandonnés ? Oui, puissions-nous chacun découvrir, comme François et Damien, ce secret de la joie parfaite et de cet étrange bonheur !
Mercredi 30 septembre 2009, fête de saint François des étudiants |