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Saint Damien de Molokaï: un autre Christ PDF Imprimer Envoyer
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Homélie de Mgr Michel Schooyans du dimanche 11 octobre 2009, jour de la canonisation du Père Damien

La parabole du Bon Samaritain se prête à différents niveaux de lecture :
La première attitude : indifférence et méconnaissance ; le lévite et le prêtre auraient pourtant dû se rappeler certains passages de l’Écriture…
La deuxième attitude : celle d’un Samaritain, juif peu orthodoxe : s’approcher, se soucier de, compatir, soigner les blessures…
Au troisième niveau de lecture, le Samaritain, c’est Fils de Dieu qui s’incarne ; c’est Jésus qui se fait proche des pécheurs que nous sommes, vient soigner le corps et l’âme…

La canonisation de Damien nous offre une illustration vivante de la parabole du Bon Samaritain. Comme pour le Samaritain, ce qui compte, pour Damien, ce n’est pas de peaufiner une belle définition du prochain ; c’est de nous faire le prochain de tous ceux qui se meurent d’indifférence et de désamour.

Revoyons rapidement l’histoire spirituelle du troisième belge canonisé en quatre siècles.

Par le baptême, Jésus entre dans la vie du petit De Veuster. Joseph devient enfant de Dieu ; il entre dans la grande famille des fils et des filles de Dieu, des frères et des sœurs de Jésus. Or l’appel de ce Dieu déjà si proche se fait de plus en plus clair, précis et pressant. L’enfant découvre que Dieu s’est approché le lui de manière unique. L’adolescent découvre que le Seigneur est entré dans son jardin secret, et qu’il est venu pour y demeurer.

Au cours de cette longue visitation du Seigneur, l’adolescent mûrit sa réponse. Il sera missionnaire ; il sera prêtre ; il sera un autre Christ. Au nom de Jésus, il s’approchera de tous les hommes ; il annoncera la Parole de Dieu ; il célébrera l’Eucharistie ; il conférera l’Onction aux malades. Quel maître spirituel pour nous, les prêtres, qui fêtons cette année du sacerdoce ! Comme le Seigneur qui l’a appelé, Damien pansera les blessures de l’âme, et celles du corps. Comme son Maître encore, Damien annoncera le Cœur Miséricordieux de Jésus aux lépreux de l’âme qui, à Molokai, se confondent souvent avec les lépreux du corps – comme cela arrive encore aujourd’hui. Lui qui ne se lassait pas de chercher le doux visage de Jésus dans le sacrement de Pénitence, a appris à reconnaître dans les visages tuméfiés la douce image de Celui qui était venu parmi nous pour guérir et sauver tous les hommes.

Damien a appris à lire, dans ces visages, le visage d’hommes et de femmes que Dieu a créés à son image et pour qui il est mort sur la Croix. L’amour qu’il leur portait, Damien le leur a porté jusqu’au bout. Comme Jésus, qui a librement consenti à être configuré à l’homme pécheur, Damien a accepté sa double vocation : celle de ressembler à son Maître souffrant; celle aussi de ressembler aux lépreux qu’il servait avec compétence et amour.

Le message de Damien se résume en peu de mots : c’est en servant nos frères que nous sommes conduits à reconnaître leur grandeur ; c’est en reconnaissant leur grandeur que nous sommes poussés à les servir.

Lors d’une mission au service du Saint-Siège, nous avons eu l’occasion, il y a plus de vingt ans, de nous recueillir à Honolulu, dans le couvent où sont conservés quelques objets, simples et émouvants, ayant servi à Damien. C’est là, et c’est aussi en survolant la rude île de Molokai, que l’on peut entrevoir le prix que Damien a versé pour conjuguer amour et service. « Vas et fais de même. » En cette année du Sacerdoce, Damien est un merveilleux cadeau offert par le Seigneur à ceux qu’il a constitués pasteurs de son peuple. En ce jour où les élus l’accueillent dans la joie, demandons-lui, pour la Belgique, pour l’Église et pour le monde, de redécouvrir que nous sommes frères, et de réapprendre à aimer, comme Jésus lui-même nous invite à le faire.

Mise à jour le Jeudi, 05 Août 2010 09:35