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Aujourd’hui, unis à toute l'Église de Belgique et à la célébration de cet après-midi à Koekelberg, nous voulons rendre grâce à Dieu de nous avoir donné saint Damien de Molokaï, un grand saint ! Je ne dis pas cela par chauvinisme, car désormais Damien n’appartient plus à la Belgique. Il appartient au monde entier. Damien est grand parce que, à la suite du Christ, il s’est fait serviteur, esclave de tous, au point de donner sa vie pour ses frères lépreux. Voilà où est la grandeur de Damien : non pas dans un pouvoir qu’il aurait fait sentir à ceux qu’il aurait soumis, mais bien dans le service au plus petit et au plus pauvre.
Nous avons déjà beaucoup fêté Damien et parlé de lui à l’occasion de sa canonisation. Le risque serait d’en rester là, à admirer son exemple et à le fêter. Nous ne pouvons toutefois pas nous arrêter en si bon chemin. Il nous faut aussi continuer à porter la flamme, marcher sur ses traces. Comme Jésus, Damien dit à chacun de nous : « Suis-moi... » Ce que tu as fait, Damien, nous voulons le faire à notre tour, là où nous sommes.
Damien nous invite en particulier à être missionnaire, à sa suite, même si c’est dans le monde sécularisé d’aujourd’hui. Comment ? Je laisserai la parole à notre évêque, le Cardinal Danneels, qui, dans son homélie à la messe d’action de grâce à Saint-Jean-du-Latran lundi dernier, nous a laissé déjà un peu son testament, au moment de passer probablement bientôt la main à son successeur.
Pour le Cardinal Danneels, il y a cinq paroles que Damien n’avait jamais à la bouche mais que nous sommes bien tentés de prononcer à l’heure actuelle. La première parole que Damien ne disait jamais est : « Je n’ose pas prendre des risques ». Damien n’avait pas peur de prendre des risques. Déjà très jeune, quand son frère Pamphile est empêché de partir comme missionnaire vers les îles Hawaï à cause d’une maladie, sans hésiter, Damien prend sa place : « c’est mon tour, j’y vais ! » Pourtant, partir en mission si loin, c’était un fameux risque. Il fallait déjà cinq mois de bateau pour arriver à Hawaï, ce qui n’était pas sans danger. De plus, il était sûr qu’une fois sur place, pas question de retourner au pays prendre quelques jours de vacances chaque année. Partir, c’était pour la vie. Mais Damien n’a pas eu peur, il a osé. Qui veut suivre Damien aujourd’hui ne doit pas avoir peur d’oser. Pour cela, il faut aussi avoir la foi, comme Damien. Car la foi chasse la peur. Ne sommes-nous toutefois pas trop craintif actuellement pour oser prendre des risques ?
Une deuxième parole que Damien ne disait jamais est : « ici, le terrain est trop mauvais, je ne sème pas, je vais ailleurs ». Lorsque Damien s’est proposé pour aller à Molokaï parmi les lépreux, il savait bien ce qui l’attendait : une île de morts vivants, comme il l’écrira un peu plus tard. Une terre sans espoir. Pourtant, il y va. Qui veut suivre Damien ne dit pas : « ici le terrain est trop mauvais, je ne sème pas, je vais voir ailleurs ». Non, pour Damien, il faut semer là où le Seigneur nous a placé. Ne nous plaignons-nous parfois pas trop souvent de la qualité du terrain où il nous faut semer ? Nous pensons : annoncer l'Évangile en famille, à l’école, dans son quartier, pour quels fruits ? Il y a si peu de répondant. Je vais ailleurs. La foi cependant chasse la peur et nous encourage à semer là où le Seigneur nous a plantés.
Damien ne disait donc pas non plus, troisième parole, « c’est peine perdue, sans espoir, il n’y a rien à faire ». En arrivant à Molokaï, il n’existait alors aucun traitement pour la lèpre. Damien savait que tous ces lépreux étaient condamnés à la mort à court ou moyen terme. Pire encore, laissés à eux-mêmes, ils sombraient dans l’égoïsme et l’immoralité. Pourtant, Damien y croit, ne laisse pas tomber les bras, il n’a pas peur de se lancer corps et âme dans une cause qui paraît perdue d’avance. Mais pour cela il fallait croire. Et aimer, beaucoup aimer. Damien ne passait pas son temps à se lamenter, mais il agissait, en aimant gratuitement, dans la joie. Et l’île de Molokaï en sera transformée. Et nous, aujourd’hui, allons-nous nous plaindre ou, avec foi et amour, nous engager joyeusement ?
Damien n’avait pas non plus peur de lui-même. Il ne disait pas : « Je suis trop faible et trop pécheur, je ne suis pas capable ». Il connaissait ses défauts, son caractère têtu. Il avait conscience de son péché. Mais il n’en avait pas peur, car il avait confiance en la grâce de Dieu qui est toujours plus grande. Ne disons-nous pas parfois : « Avec moi, cela ne va pas marcher ». Damien nous rappelle pourtant, avec Paul, que « c’est lorsque je suis faible que je suis fort ! ».
Enfin, il y a une dernière peur, typique de notre époque : celle de parler de Dieu. Dire clairement, sans complexe et sans arrogance, que nous croyons en Dieu. Aujourd’hui, nous insistons sur le fait qu’il faut faire du bien, mais nous taisons trop souvent celui en qui nous croyons et en qui nous puisons notre force : Dieu et son Évangile. « Ce n’est plus de notre temps » disons-nous. C’est un peu comme si nous jouions au rébus : nous parlons avec des signes et des dessins, c’est-à-dire nos actions bonnes, mais nous laissons aux autres le soin de décrypter, en espérant qu’ils devinent par eux-mêmes que nous leur parlons aussi de Dieu et de l'Évangile. Damien n’a jamais séparé son action de l’annonce explicite de l'Évangile. Au contraire, l’un n’allait pas sans l’autre. Il puisait dans la prédication et la célébration des sacrements la force d’aimer les autres et, en même temps, ses actes de charité rendaient crédible sa parole.
Voilà donc cinq paroles, inspirées par la peur, que Damien ne disait pas : 1. « Je n’ose pas prendre de risque ». Damien nous invite à oser, au nom de l'Évangile. 2. « Ici, le terrain est trop mauvais, je ne sème pas, je vais voir ailleurs ». Damien nous montre qu’il nous faut semer partout et d’abord là où le Seigneur nous a placés. 3. « C’est peine perdue, sans espoir, il n’y a plus rien à faire ». Damien est devenu le concurrent de sainte Rita : le saint des causes désespérées. Il nous apprend à avoir assez de foi et d’amour pour ne jamais désespérer. 4. « Je ne suis pas capable » : Damien nous incite à faire confiance en la grâce de Dieu, dont la force se déploie dans la faiblesse. 5. « Parler de Dieu, ce n’est plus de notre temps » : Damien nous apprend à pas avoir peur d’annoncer explicitement l'Évangile, sans complexe ni arrogance.
Pas facile ? Peut-être... Mais nous avons gagné un intercesseur en la personne de saint Damien de Molokaï. Le Cardinal nous le disait : il faut passer de l’admiration à la prière. Ne plus seulement voir en Damien un héros, mais l’invoquer.
Oui, saint Damien de Molokaï, priez pour nous, pour notre paroisse, pour la mission.
Homélie du dimanche 18 octobre 2009
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