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"Seigneur, que je voie" PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pierre Hannosset   

L’Évangile de ce jour nous emmène à Jéricho. Jéricho, vous le savez bien, c’est le grand centre militaire romain surplombé par forteresse. Jésus et ses disciples le savent : ils sont en territoire ennemi. Les Romains, par ailleurs, comprennent le sens de fils de David : Messie. On comprend donc bien pourquoi on veut faire ta ire Bartimée. Non pas parce qu’il embêterait Jésus, mais bien parce qu’il est dangereux pour tous de parler du Messie en terre ennemie. N’est-ce pas parfois notre réaction à nous aussi, dans notre monde ... Nous taire. Jésus, lui, passe outre. Jésus est un homme qui n'a pas peur. Parce que l'amour fou n'a pas peur et c'est ce qui va le conduire à la mort dans quelques chapitres. Dans cet évangile, nous sommes à la fois Bartimée, l’aveugle, et la foule qui accompagne Jésus. En même temps, nous sommes l’Église qui entoure et suit Jésus et en même temps – et vous avez vu l’opposition – nous sommes cet homme, seul, aveugle, au bord de la route, au ban de la société ... Première chose que fait Jésus : il l’appelle, ou mieux, il le fait appeler par la voix de l’Église. Jésus ne peut pas supporter quelqu’un de seul, quelqu’un qui ne marche pas avec lui. Rappelez-vous la parabole : « Je veux que ma maison soit pleine ».

Et c’est la responsabilité de toute l’Église que d’aider Jésus à remplir sa maison. Vous le comprenez donc bien, si chaque chrétien et toute l’Église est missionnaire, ce n’est pas par prosélytisme, ni pour avoir plus de place dans le monde, plus de pouvoir ... non ! Si l’Église est tenue d’annoncer Jésus Christ, c’est pour répondre au désir de Dieu lui-même de faire en sorte que tous les hommes quittent leur solitude pour marcher derrière lui avec tout le Peuple de Dieu. Mais pour cela, il nous faut entendre le cri de nos frères qui sont au bord de la route. Je nous invite à être attentif, durant cette semaine aux cris de détresse, de souffrance, de solitude, que nous entendons autour de nous. Conduisons ces femmes et ces hommes à Jésus : il les appelle. Deuxième chose : la question étrange de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Étrange, car, normalement, Jésus a dû se rendre compte de la cécité de Bartimée et donc, a du comprendre qu’il désire voir. Mais Jésus est tout en délicatesse. Il n’impose pas son amour, il veut, au contraire, comme creuser en nous le désir, le faire apparaître au jour. Si nous nous mettons maintenant à la place de Bartimée, Jésus a besoin que nous lui disions ce que nous voulons, même s’il le sait par ailleurs. C’est le sens de la prière universelle que nous aurons bientôt. Jésus connaît évidemment toutes nos intentions puisqu’il est Dieu. On pourrait donc s’en passer et gagner quelques minutes à la messe ... Mais non, Jésus suscite en nous de lui demander la guérison pour nous-mêmes et pour tout homme. Est-ce que je veux vraiment guérir ? Ou, au fond, suis-je bien dans ma cécité et dans ma solitude. Dieu ne peut nous guérir que si nous lui disons que c’est notre désir profond que de voir et de vivre en Église. Enfin, vous l’avez remarqué, Jésus ne fait rien, il dit juste une parole : « Va, ta foi t’a sauvé ». Et le miracle est instantané : l’homme voit et entre dans le mystère de l’Église. La seule chose que le Seigneur puisse faire pour nous, c’est de nous dire « va », « en avant », « Yallah », comme aimait à le dire Sœur Emmanuelle. Si je suis mis en contact avec Jésus, si je m’approche de lui, aussitôt je suis envoyé avec une foi raffermie. Quand nous sommes dans le découragement ou la détresse, il « suffit » de s’approcher de Jésus, de lui parler, de l’écouter – ce que nous venons de faire -, de le toucher – ce que nous allons faire – et nous serons envoyés par lui, avec plus de foi, entourés par tous nos frères et sœurs de l’Église. Amen.

Mise à jour le Dimanche, 25 Octobre 2009 15:54