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Une mystique de l'amour PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Luc Terlinden   

Homélie du mercredi 21 octobre 2009

« Obéir comme des esclaves », « esclaves de la justice », « soumission »... est-ce vraiment cela être chrétien ? A la lecture de la lettre de Paul aux Romains, en préparant la messe avec Mambré, les réactions et les interrogations n’avaient pas manqué. En nous comparant à des esclaves, Paul n’y va-t-il pas un peu fort ? Car être esclave du péché, nous voyons très bien ce que cela veut dire, nous en avons l’expérience. Mais être esclave de Dieu ?

Remarquez que Paul a dû se rendre compte qu’il y a allait un peu fort avec son image de l’esclave. En effet, après avoir parlé du passage de l’esclavage du péché à l’obéissance à Dieu comme un esclave, il nuance immédiatement. Il s’agit d’obéir « de tout notre cœur » précise Paul. Autrement dit, librement et par amour.

Si cette image de devenir esclave de Dieu permet à Paul d’insister sur le fait que nous sommes, en Jésus, désormais libérés de l’esclavage du péché. Elle est à prendre davantage dans un sens mystique que moral. Et le langage de la mystique est plus proche de celui de l’amour que de la logique formelle ! Nous comprenons bien que le langage de l’amour n’est pas à prendre au pied de la lettre. Quand dans un couple l’un dit à son conjoint « ma biche » ou mon « lapin », il sait bien qu’il ne va  pas se retrouver au lit avec un cervidé ou un petit mammifère rongeur à grandes oreilles !

Les mystiques n’ont pas peur, aux aussi, d’utiliser des images fortes, qui ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais qui expriment le lien d’amour si fort et unique qui se tisse entre l’âme et Dieu. Lisez Jean de la Croix ou Thérèse d’Avila et vous aurez vite compris.

Paul est lui aussi un mystique, quelqu’un qui a fait cette expérience bouleversante de la rencontre de Dieu et de sa miséricorde sur le chemin de Damas. Une rencontre qui, désormais, oriente toute sa vie. Il a compris que vivre en croyant, c’est entrer dans une relation de confiance, d’amour et d’obéissance envers Dieu et non pas l’accomplissement minutieux, mais sans amour, de la Loi, d’un règlement ou du code de droit canonique !

Le christianisme ne se réduit pas au code de droit canonique, ni même à un traité de morale. Il est d’abord une mystique, une rencontre amoureuse de l’homme avec Dieu. Une rencontre qui a aussi ses exigences, qui ne supprime pas la Loi, mais celle-ci est vécue davantage comme une conséquence de la foi que comme un préalable.  

Dans l'Évangile, Jésus ne dit pas le contraire quand il nous invite à veiller et à nous tenir prêt. Car la veille dont il s’agit n’est pas une contrainte, c’est un élan du cœur. Les saints nous le montrent, Damien et tous les autres : eux qui ont beaucoup reçu ont  aussi donné avec joie, sans mesure. Nous sommes bien dans la logique de l’amour, de la mystique.  

Cet élan du cœur se nourrit de la rencontre et de la contemplation du Christ. C’est l’occasion qui nous est donnée, au cœur de la fête, à travers les 24h d’adoration, même pour un quart d’heure. Non pas pour rester enfermés dans notre église et nous barricader, mais bien pour vivre aussi ces 24 h vélos avec un cœur débordant qui rejaillira de multiple façons. « Être missionnaire, c’est laisser déborder son cœur » disait le curé d’Ars.

Ce soir, dans les rues de Louvain-la-Neuve, nous sommes aussi appelés à être missionnaires, à laisser déborder notre cœur de l’amour de Dieu. Oui, n’ayons pas peur d’être des missionnaires, des veilleurs, d’heureux serviteurs fidèles, des esclaves de Dieu dirait Paul, c’est-à-dire des amoureux fous de Dieu.

Mise à jour le Jeudi, 05 Août 2010 09:34