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Homélie du Père Jean Charlier sj - dimanche 8 novembre 2009
Deux lectures, ce dimanche, évoquent une pauvre veuve (1R 17, 10-16 et Mc 12, 38-44). A ces époques sans sécurité sociale, veuves et orphelins étaient des pauvres, sans droit, comme les étrangers et les infirmes. Déjà dès sa première prédication dans la Synagogue de Nazareth, Jésus avait fait l’éloge de la veuve de Sarepta qui avait eu foi en la parole du prophète Elie.
Aujourd’hui, dans le temple de Jérusalem, face aux fidèles qui déposent leurs offrandes, Jésus voit encore une pauvre veuve s’avancer et déposer deux pièces de menue monnaie dans le tronc des offrandes. Il est saisi, touché au cœur : cette femme, déclare- t-il aux disciples, a donné plus que tous les autres. Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre, comme la veuve de Sarepta avait donné sa dernière farine et sa dernière goutte d’huile. L’une et l’autre ont donné, tout simplement, dans une confiance totale. Elles sont pour nous des exemples de foi.
En faisant l’éloge de la veuve qui donne tout, Jésus ne prononce aucun blâme envers ceux qui donnent de leur superflu. « Beaucoup de riches donnaient beaucoup ». Il existe, en effet, diverses pistes pour entrer dans la voie du don et de la foi. L’essentiel est d’y entrer. Car que vaut, finalement, une vie humaine où rien n’aurait été donné, reçu, partagé ? Que vaut une vie sans amitié, sans amour, sans partage, sans confiance ?
Jésus, le Seigneur Jésus, ne s’est-il pas fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté ? (cf. 2 Co 8, 9) Ne s’est-il pas dépouillé de tout ce qui l’égalait à Dieu pour s’abaisser jusqu’à la mort d’un esclave sur la croix ? (cf. Phil 2) Il sait ce que c’est que « se donner », mettre sa foi en Dieu seul. Mais Il sait aussi qu’il y a des entrains différents sur la route du don.
Les uns donnent de leur superflu et ils y découvrent la joie de donner, d’autres le font par ostentation ou pour se donner bonne conscience, mais s’ils réfléchissent à leur geste, ils comprennent qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. (cf. Actes 20, 35) Une fois entrés dans le chemin du don, nous nous trouvons comme le grain de blé jeté en terre : s’il se protège et ne meurt pas, ce grain de blé demeure seul, mais s’il meurt, donnant tout, il porte beaucoup de fruit. (cf. Jn 12, 24)
La pauvre veuve en raison même de sa pauvreté, n’a pour seule richesse que sa confiance, sa foi. C’est pourquoi elle donne tout. Elle a saisi intuitivement, où réside l’essentiel de la vie. Un jour d’ailleurs, tout bien extérieur nous fera défaut et nous n’aurons plus à donner que notre confiance et notre foi, notre espérance. Les lectures de ce jour nous invitent à tout donner.
Il y a déjà pas mal d’années, j’avais été appelé à prononcer l’homélie lors des funérailles d’un collègue enseignant. J’étais un peu embarrassé car si je percevais bien ses qualités immenses, je savais aussi que l’auditoire connaissait aussi les défauts, les manies de cet homme. Que fallait-il dire ? Et je compris soudain le secret de la vie de mon confrère : il avait tout donné, les qualités comme les défauts, sans rien cacher ni réserver. Tout avait été donné ! « L’amour, c’est tout donner et se donner soi-même » chantait un vieux refrain. La sainteté est-ce autre chose ?
Qu’il s’agisse de donner ses biens, de donner son temps, de donner ses talents, le secret est de donner tout, tout ce que l’on a pour vivre, toute sa vie. Et une vie n’est pas de trop pour découvrir ce secret chaque jour un peu plus.
A l’Esprit Saint qui est pur don de Dieu qui se livre, demandons la grâce de nous donner à travers tous nos dons. Demander cette grâce par l’intercession de la pauvre veuve dont Jésus a fait l’éloge.
Amen. |