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Homélie du dimanche 15 novembre 2009
Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand j’étais petit enfant, je pouvais reconnaître entre tous le bruit du moteur de la voiture de mon papa, quand il descendait la pente du garage de notre maison, à son retour du travail. Je me précipitais alors hors de ma chambre pour descendre la rampe d’escalier sur mon derrière et être prêt à l’accueillir. Quelques vrombissements de moteur suffisaient pour me mettre en joie et fêter chaque soir son retour.
Nous avons tous comme cela développé une certaine sensibilité à certains bruits, certaines choses qui nous mettent en alerte et nous tiennent prêts. Ce n’est pas l’exclusivité des hommes d’ailleurs. Quand le chien, apparemment endormi dans son panier, entend que l’on touche à peine à son écuelle, il accourt, en balançant la queue, dans l’espoir d’engloutir un bon morceau de viande. On appelle cela le réflex de Pavlov.
Et bien, dans l’évangile de ce dimanche (Mc 13,24-32), Jésus nous invite à développer un réflex de Pavlov spirituel, à développer en nous une sensibilité intérieure qui nous permettra de le reconnaître et l’accueillir quand il viendra à notre porte. Un homme du Sud peut prédire que l’été est proche lorsque les branches du figuier deviennent tendres et que ses feuilles sortent. De même, si nous devenons familiers du Christ et de ses paroles, nous serons aussi capables de reconnaître les signes qui accompagneront le Christ lorsqu’il viendra à notre rencontre.
Il y a toutefois une différence, c’est que contrairement à l’été météorologique dont nous faisons chaque année l’expérience, nous ignorons de quoi sera fait cet « été » que Jésus apporte, ce qui se cache derrière la porte. Nous ne savons pas ce qu’il y aura dans notre écuelle. Comme nous ne connaissons également pas l’heure où il arrivera. Mais si nous gardons éveillées en nous les paroles de Jésus, nous serons capables de dire : « ça y est, il est là » et de nous réjouir de le rencontrer face-à-face ! Le bruit du moteur, ce sont les paroles de Jésus, à inscrire dans notre mémoire et notre cœur.
Il est d’ailleurs heureux de ne pas connaître l’heure et de quoi sera fait cet « été » qui se cache derrière la porte. Car cela permet de laisser grandir le désir de la rencontre, la quête de ce jour du face-à-face amoureux, comme dans la Cantique des cantiques.
Un jour, quelque soit ma génération, le ciel et la terre passeront. Le soleil s’obscurcira, la lune perdra son éclat, les étoiles tomberont. Autrement dit - il ne faut pas prendre ces images à la lettre - tout repère temporel (c’est aussi la fonction du soleil et de la lune) disparaitra et ce qui me paraissait solide et inébranlable jusque là - cette « bonne vieille terre » - tout cela sera bouleversé. Cette expérience, en fait, ressemble fort à celle de la mort.
Une chose toutefois ou, plutôt, un être ne sombrera pas, mais sera présent comme un point de référence solide, un roc que rien ne peut ébranler et auquel nous pouvons nous accrocher : le Fils de l’homme, le Christ ressuscité. Et s’il vient d’en-haut, sur les nuées, il est aussi si proche de nous, homme comme nous.
Oui, Jésus nous invite aujourd’hui à cultiver l’espérance. Dans un monde où parfois tout est sens dessus dessous, où tout nous semble aller de travers ; lorsque le désespoir ou le découragement nous guète ; lorsque la mort nous frappe ; Jésus, lui, est bien là, présent, vivant : par les paroles qu’il nous a laissées et, un jour, par sa rencontre face-à-face, le jour où nous reconnaîtrons qu’il est là, à la porte, pour nous conduire à un « été » qui ne finira jamais. |