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Homélie du mercredi 18 novembre
Dédicace des basiliques de S. Pierre et S. Paul
Je vous l’ai dit en commençant l’eucharistie : après avoir fêté la Basilique dédiée à la Mère du Seigneur et celle au disciple que Jésus aimait, l’Église nous fait célébrer la ducasse, la dédicace des deux basiliques dédiées à Pierre et à Paul, ces apôtres que l’on appelle les piliers, les colonnes de l’Église. Ils le sont vraiment, et cela pourrait nous faire peur. Comment, nous qui sommes si petits, pourrions-nous les prendre comme exemples, comme modèles ? La liturgie de ce jour nous rassure. Ils sont piliers, colonnes et en même temps, pauvres hommes pécheurs comme nous.Paul, tout d’abord.
La première lecture nous dit que « Paul reprit courage ». Ça veut donc dire, en toute logique, qu’avant l’accueil des frères, il était découragé ! On peut être piliers de l’Église et vivre le découragement. Je pense que ça nous arrive à tous. C’est normal, c’est l’arme préférée de Satan. On raconte qu’un jour Satan avait décidé de mettre en vente tous ses instruments. C’est ce qu’il fit lors d’une grande brocante. Sans peine, il parvint à vendre la jalousie, l’orgueil, la débauche, et tant d’autres choses, mais il resta un seul objet sur la table : le découragement. Et puisqu’il n’a pas été vendu, c’est aujourd’hui l’arme favorite du Malin. Quand nous sommes découragés alors que nous avons l’impression de vivre proches du Seigneur, ne nous tracassons pas trop : C’est le Mal qui n’en peut plus de nous voir vivre dans le Bien. Ça l’empêche littéralement de dormir. Il fera tout pour nous dire : « menfin, t’as vu comme tu es : tu ne devrais plus prier, tu es un hypocrite; ne va plus à la messe, surtout ne communie plus, tu n’en est pas digne ». Il est malin, le Malin. Comme Paul, il s’agit de tenir bon; et c’est un des rôles de l’Église – les frères dans la première lecture – de nous rendre courage. Les deux meilleurs moyens pour sortir du découragement, nous dit Paul, c’est de rencontrer l’Église et de rendre gloire à Dieu, juste ce que le Malin nous invite à ne plus faire ... Du coup, ayant résisté, pendant deux ans, Paul va accueillir, annoncer et enseigner sans aucun obstacle. Si jamais le découragement n’est présent dans notre vie, il faut s’interroger : ou bien, je suis plus saint que Paul – qui sait – ou bien, je suis un tiède ... Et Dieu vomit les tièdes, vous le savez. Pierre ensuite. Vous savez que j’adore mon saint Patron tellement je trouve qu’il nous ressemble. Tout d'abord, Pierre s'est laissé prendre au succès. Quand Jésus multiplie le pain, fait des merveilles, il n'est pas malheureux d'être le disciple d'un tel homme. C’est même génial, mais quelle tentation; la même qu’une des trois que Jésus a dû affronter au désert, avant le début de sa vie publique. Aussi, Jésus y va très fort : « Il obligea ses disciples à monter dans la barque. » On n’est pas habitué à ce verbe, en tout cas venant de Jésus, qui laisse toujours la liberté à l’homme. Si Jésus est si dur, c’est parce que durant toute sa vie publique, jusqu’au dimanche des rameaux, il va être confronté à cette terrible tentation : le pouvoir. Et vous le savez bien, tous, nous sommes des chefs quelque part, y compris dans l’Église, et il n’y a pas que certains prêtres qui vivent un « cursus honorum », une course aux honneurs. C’est terrible et c’est une plaie dans l’Église.Alors, Jésus nous renvoie dans la barque de l’Église banale, quotidienne, dans la barque de l’Église qui prend l’eau de toute part, et qui plus est, dit l’évangile : « de nuit ». Bref, la totale; La tempête et la nuit, les deux symboles de la mort. La multiplication des pains ne dure qu’un instants. Désormais ils sont dans la banalité banale de l’Église quotidienne banale ... Alors, avant même qu’ils ne pensent à l’appeler (ce qui n’est pas le cas dans toutes les tempêtes apaisées) Jésus vient à eux, mais ils ne le reconnaissent pas : « C’est un fantôme – Si c’est bien toi ». Mais, il y a l’acte de confiance absolue de Pierre, confiance qui a peut-être grandi à la multiplication des pains. « Ordonne que je marche sur les eaux ». Pierre pressent que le Mal ne peut rien face à Jésus. Et que si Jésus est à proximité – ou plutôt, si nous sommes à proximité de Jésus – nous pouvons avec lui et comme lui vaincre le monde des Ténèbres. Ce que Jésus a fait, l’Église, sous la houlette de Pierre, peut le faire : « Et les portes du Mal ne pourront rien contre elle ». Comme Pierre, nous en sommes convaincus, mais encore faut-il tenir dans la confiance. Pierre marche sur l’eau, OK, mais la peur revient vite : il y a du vent. Moralité, il coule. Je pense vraiment que la première confiance, nous l’avons vite, mais la deuxième, c’est tellement plus compliqué. « Seigneur, tu me dis d’y aller, je te fais confiance ». Mais très vite, nous lui disons « Seigneur, es-tu vraiment sûr, as-tu vu le vent continuait de souffler. As-tu bien calculé ton coup »... Et, comme Pierre, nous coulons. Vous le savez bien, ce n’est pas la dernière chute de Pierre, mais de chutes en relèvement par le Seigneur – car il n’y a que lui qui peut nous relever – Pierre va grandir dans cette confiance qui lui permettra de donner sa vie à Rome, pour Jésus. De chutes en relèvement par le Seigneur, Pierre et nous, sommes capables de lui dire dès ce soir : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ». Amen |