Accueil > homélies > Un festin anticipé!
Un festin anticipé! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Luc Terlinden   

Homélie du 2 décembre 2009 - mercredi de la 1ère semaine de l'Avent

Enfant, j’attendais toujours avec impatience le dîner de Noël, avec sa dinde farcie aux marrons et son traditionnel pudding de Noël anglais ! Chaque année, c’était le même rituel : aller chez Marks & Spencer acheter le pudding, choisir une dinde de bonne taille pour rassasier toute la grande famille, voir maman farcir ce gros gallinacé... Tout cela faisait grandir en moi le désir de ce jour tant attendu.

Nous sommes entrés dans le temps de l’Avent et le Seigneur, par la bouche du prophète Isaïe, nous fait aussi la promesse d’un magnifique festin, « un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés » (Is 25 6ss.). L’Avent est le temps du désir qui se creuse dans l’attente de ce festin qui réunira tous les peuples sur la montagne du Seigneur.

 


Un désir qui croit alors même que les circonstances peuvent être si contraires. Comme la joie de Noël, chaque année, ne vient pas supprimer les épreuves et les coups durs qui nous frappent à d’autres moments. La promesse du festin d’Isaïe jaillit ainsi dans un monde marqué par le voile de deuil, les larmes qui coulent sur les visages et l’humiliation qui touche même le peuple que le Seigneur s’est choisi.

C’est pourtant dans ce monde-là, pas parfait et sans douleur, que Dieu fait retentir sa promesse, qu’il vient éveiller en nos cœurs l’espérance. Car le temps de l’Avent est aussi le temps par excellence de l’espérance, la « petite fille espérance » comme l’appelait Charles Péguy.

Quand Dieu donne l’espérance, il ne se contente toutefois pas d’une promesse de jours meilleurs pour le futur, alors que nous demeurons encore dans notre vallée de larmes. L’espérance est toujours aussi anticipation des dons futurs.

Ainsi, Jésus n’hésita pas à partager souvent la table de ceux qu’il rencontrait pour anticiper avec eux le festin qui réunira toutes les nations. Il va chez tous, aussi bien les pharisiens que les publicains et les pécheurs. Il manifeste d’ailleurs une prédilection pour ces derniers. N’est-il pas venu pour les inviter, eux particulièrement, au festin des noces ? Pour leur manifester la miséricorde du Père et les appeler à la conversion ?

Jésus aimait les repas et les fêtes, à tel point que certains médisants l’accusaient d’être un ivrogne et un glouton. Jésus prend aussi soin des foules qui viennent à lui, comme on le voit dans l’évangile de la multiplication des pains de ce mercredi (Mt 15,29-37). Les voyant affamées, il est pris de pitié et se met à les nourrir. Il ne se contente de les instruire et d’opérer des guérisons, il leur donne la nourriture.

Celui qui fait l’expérience de l’abandon et de la confiance découvre aussi comment le Seigneur prend soin de ses enfants. Certains parmi vous ont fait le pèlerinage à Assise cet été, en ne s’appuyant que sur la Providence et comptant uniquement sur le toit et la nourriture offerts selon le bon cœur des gens rencontrés le long du chemin. Ils peuvent en témoigner.

La multiplication des pains nous renvoie aussi à autre repas, celui de l’Eucharistie. Rendre grâce, rompre le pain, le donner... tout cela Jésus l’accomplit aussi en chacune de nos eucharisties. C’est par un repas qu’il a voulu manifester tout particulièrement sa présence parmi nous après la résurrection. Un repas qui est aussi anticipation du festin qui réunira toutes les nations. Célébrer l’Eucharistie, c’est déjà prendre part au festin, dans l’espérance qu’un jour nous serons tous réunis autour de la même table, au-delà même du voile de la mort.

Nous comprenons bien que le festin dont il s’agit n’est pas simplement une affaire de grosse bouffe et de boissons fermentées. Que serait d’ailleurs un repas de Noël sans les convives réunis autour de la table ? Imaginez ainsi que vous deviez passer le soir de Noël tout seul. La meilleure dinde n’y ferait pas grand chose, la soirée serait très triste ! C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne faudrait jamais laisser quelqu’un seul le soir de Noël mais ouvrir notre table, à tous, comme Jésus, qui ne refusait la table de personne. Ouvrir sa table, c’est vivre Noël comme une belle anticipation du festin qui nous verra un jour tous rassemblés.

La dinde et le pudding font partie de la fête mais ne sont pas l’essentiel. Ce qui fait la joie de ce festin, ce qui, en nous, vient nourrir le désir et l’espérance, c’est le fait d’être ensemble, réunis autour d’une même table, dans une même communion.

Voilà pourquoi également le Seigneur nous donne son Église, comme un signe d’espérance et une anticipation du festin qui verra réunis des hommes et des femmes de toute langue et de toute culture, de tout pays et de toute condition. Comme elle est belle cette Église qui réunit des hommes et des femmes si différents. Comme elle est belle cette Église lorsque, à l’exemple des foules qui montent sur la montagne, elle porte à Jésus les boiteux, les aveugles, les estropiés, les muets, les infirmes. Oui, c’est même alors qu’elle est la plus belle, cette Église de sœur Emmanuelle, de saint Damien de Molokaï, de Jean Vanier... Car elle montre que personne n’est exclu du festin et que l’espérance est bien une réalité !

Mise à jour le Jeudi, 05 Août 2010 09:34