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Épiphanie : "Connaître et aimer le Monde" PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pierre Hannosset   

Mes amis,

Jésus est d’un lieu précis et, en même temps, pour toute l’humanité. Voilà une des grandeurs de notre foi chrétienne. La fête de Noël nous a révélé un Dieu incarné dans l’histoire des hommes. Et les évangiles synoptiques insistent lourdement sur le lieu : un petit coin de Palestine, Bethléem en Judée et sur le temps : à l’époque du Roi Hérode le Grand. C’est important : Dieu, je vous l’ai dit à Noël, ne joue pas un jeu, ne fait pas semblant de s’incarner. Il le fait dans un lieu et dans un temps précis.

Vous connaissez sans doute, cette anecdote d’une paroissienne qui était allé trouver son curé qui venait d’acheter un nouveau crucifix pour son église et qui lui demandait de l’enlever, car, disait-il, il avait vraiment une tête de juif. Ça en dit long ... Oui, Jésus, comme Marie ont une tête de juif et c’est normal, puisqu’ils le sont réellement. L’incarnation va jusque là.

 

Et, en même temps, si Jésus a pris les traits d’un juif, il y a 2.000 ans, il s’est fait « Homme », dépassant ainsi toutes les limites de l’espace et du temps. Je vous parlais de Marie et de son visage juif volontairement. Car, vous le savez bien aussi, quand Marie apparaît à Lourdes, elle a un physique très français, à Banneux, très liégeois, en Afrique, avec une peau noire et chez les indiens, avec une peau rouge. C’est la même chose pour Jésus et c’est cela que nous rappelle la fête de l’épiphanie. L’Incarnation, le salut, sont pour le monde entier, sans aucune discrimination de race, de religion, de culture. Jésus s’est fait « tout à tous ». Paul nous le rappelait dans la deuxième lecture : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Ça a été un bouleversement complet pour les Juifs, eux le Peuple élu, choisi par Dieu depuis tellement longtemps.

 

Je vous invite aujourd'hui à élargir vos cœurs aux dimensions du monde, sans oublier Louvain-la-Neuve. C’est quelque chose qui n’est pas toujours facile. Dans la prière, je vous invite à être animé par ce sens universel de Paul et de cette fête. Je vous invite à un exercice que je vous ai déjà proposé. Vous prenez une feuille blanche et vous dessinez grossièrement les divers continents. Ensuite, je vous invite à y noter tous les noms des pays que vous connaissez et, si vous êtes forts, à continuer par les capitales. Je nous promets du plaisir à chacun. Vous verrez, beaucoup d’entre nous vont revenir à l’époque de Christophe Colomb, où on notait sur les cartes : « Terra incognita » - « Terre inconnue ». et pourtant, là-bas, il y a des hommes et des femmes; il y a des des êtres humains qui vivent, qui souffrent, qui espèrent ... et pour qui le Christ est venu personnellement. Ce n’est donc pas un test de connaissance que je vous invite à faire, mais un réel exercice spirituel. Si le Christ est venu pour chacun d’eux, très concrètement - je vous le redis - c’est pour que nous aussi, chrétiens, nous le soyions d’une façon tout aussi concrète. Et puis, vous vous renseignez sur ce pays : Quelles sont les difficultés, les défis qui s’y vivent ?Nous avons tellement de moyens de connaissance aujourd’hui... Enfin, vous vous installez paisiblement dans votre canapé et vous priez pour chacun d’eux. Ça change drôlement notre vision de l’Église universelle et du monde, vous verrez.

 

Mais pour garder les deux pieds sur terre, je vous invite à commencer à Louvain-la-Neuve. En pensée, quittez votre domicile et promenez-vous spirituellement. Peut-être allez-vous être étonnés qu’après une rue ou deux, vous ne connaissiez plus les habitants des maisons; peut-être même dans votre rue, connaissez-vous les noms, mais sans savoir ce que ces hommes et ces femmes vivent, eux qui sont dans le cœur de Dieu. Ne me dites pas : « Il n’y a pas besoin de les connaître pour prier pour eux ... » C’est vrai ... et en même temps, c’est faux. Le Père aurait pu nous faire comprendre son amour du ciel, puisqu’il est Dieu. Mais non, il a voulu connaître physiquement qui nous sommes; il a voulu pouvoir nous toucher, marcher sur nos routes et y attraper mal aux pieds, manger notre nourriture et savoir ce qu’est la faim, parler d’une voix humaine et en tendre avec des oreilles d’hommes le refus de l’écouter. Voilà le réalisme de l’Incarnation et de l’universalité de l’Incarnation. En ce dimanche de l’Afrique, ouvrons nos cœurs et nos intelligences à ce continent où vivent et souffrent encore tant de nos frères chrétiens et tant de nos frères en humanité. Amen.

 

 

Mise à jour le Vendredi, 08 Janvier 2010 10:54