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Homélie du dimanche 24 janvier 2010
Jésus nous ouvre à l’aujourd’hui de Dieu : « Cette parole de l'Écriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » (Lc 4,21). Dans l’évangile de Luc, qui nous accompagne tout au long de cette année liturgique C, le mot aujourd’hui revient d’ailleurs pas moins de 12 fois. Du « aujourd’hui vous es né un Sauveur » (Lc 2,11) de l’ange aux bergers à Noël, à l' « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43) de Jésus au bon larron sur la croix.
Dans l’évangile, la Parole de Dieu est toujours conjuguée au présent, encore aujourd’hui ! Cette Parole, je ne la reçois pas seulement pour me rappeler des faits du passé ou pour annoncer quelques vagues promesses pour l’avenir, elle est pour moi, pour nous, pour l'Église, pour notre monde. Quel réconfort et quelle source d’espérance de recevoir ainsi chaque jour une Parole de Dieu, comme une lettre d’amour qui m’est et qui nous est spécialement adressée pour vivre notre quotidien sous le regard bienveillant de Dieu.
Ne croyons d’ailleurs pas trop vite que cette Parole ne me concerne pas, qu’elle n’est pas pour moi, que je n’en suis pas digne, qu’elle ne concerne que les plus dévots ou les plus vertueux. Chez Luc, cet aujourd’hui de Dieu, cet accomplissement de sa Parole, s’adresse d’abord aux pauvres, aux prisonniers, aux aveugles, aux opprimés.
Très concrètement, les premiers destinataires de cet aujourd’hui de Dieu dans l’évangile sont les bergers - « Aujourd’hui vous est né un Sauveur »- , c’est-à-dire, au temps de Jésus, des petits et des pauvres qui vivent en marge de la communauté religieuse. C’est aussi Zachée, le pécheur, le publicain : « Aujourd’hui, dit Jésus à Zachée sur son arbre, il me faut demeurer chez toi » (Lc 19,5). Enfin, cet aussi l’aujourd’hui du malfaiteur crucifié à côté de Jésus : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Que du bon monde ! Oui, du beau monde, peut-être pas aux yeux des hommes mais bien aux yeux de Dieu, de l’aujourd’hui de sa Parole...
Mais cet aujourd’hui de Dieu est aussi, de manière prééminente, adressé à Jésus lui-même : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Lc 3,22) dit le Père au Fils lors de son baptême. Aujourd’hui, c’est-à-dire tous les jours, le Fils se reçoit du Père, est engendré par lui, reçoit l’onction, le don de l’Esprit Saint.
Cette onction est aussi celle de notre baptême, ce baptême que nous partageons avec les chrétiens d’autres confessions. Par le baptême, l’Esprit nous est donné et, désormais, tous les jours de notre vie, nous pouvons entendre le Père nous dire : « Tu es mon fils bien-aimé, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ». A nouveau, quelle joie et quelle source d’espérance !
Mais si nous sommes ainsi, chacun, chacune, aujourd’hui, en Jésus, filles et fils bien-aimés du Père, consacrés par l’onction, c’est pour faire de nous des autres « christs », « envoyés portés la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Lc 4,18-19). A nous aussi de faire advenir l’aujourd’hui de Dieu.
Comment ? D’abord en revêtant cette crainte de Dieu qui était celle du bon larron sur la croix et que chante le psaume : « La crainte du Seigneur est pure, elle est là pour toujours ». La crainte biblique, cela n’a pas grand chose à voir avec la peur. Au contraire, c’est de confiance et d’amour plein de respect pour Dieu qu’il s’agit. Confiance dans sa Parole, dans sa volonté, dans sa Loi, comme le peuple qui redécouvre avec joie et émotion la loi de Dieu au temps d’Esdras.
Être des autres christs, c’est aussi annoncer aujourd’hui la Bonne Nouvelle aux bergers et aux Zachée de notre temps. Pas seulement avec des mots, mais avec des actes, par le témoignage de notre vie.
Enfin, c’est, comme nous y invite saint Paul, placer au centre de l'Église ses membres les plus faibles, en portant le souci les uns des autres. C’est aussi comme cela que nous serons œcuméniques, en portant le souci les uns des autres et en particulier des plus faibles, dans notre paroisse, notre Église catholique, mais aussi vis-à-vis de nos frères orthodoxes ou protestants.
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