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Homélie du dimanche 31 janvier 2010
Bien que la deuxième lecture (l’hymne à la charité de Paul, cf. 1 Co 12,31-13,13) soit, après le Petit Prince de Saint-Exupéry et le Prophète de Khalil Gibran, en tête des lectures de messe de mariage, je ne vous parlerai pas de ce beau sacrement. A deux jours de sa fête, je m'arrêterai plutôt sur la vie consacrée. Car le 2 février n’est pas seulement la fête de notre université, c’est aussi celle de la vie consacrée : religieuse et religieux, hommes et femmes consacrés pour toute leur vie au service du Royaume de Dieu.
Parler des consacrés, c’est toutefois inévitablement parler de chacun de nous. Car une consacrée ou un consacré ne fait rien d’autre que de mettre en lumière des dimensions essentielles de notre baptême. Par le baptême, nous sommes tous « consacrés » au Seigneur. Ce qui se voit chez les consacrés manifeste aussi ce que nous sommes.
N’y voyez rien d’irrespectueux mais je comparerais bien la vie consacrée à ces dessins de bande dessinée ou ces dessins humoristiques qui accentuent certains traits des personnage pour mieux mettre en évidence leur caractère. Je ne réduirais toutefois pas la vie religieuse à un album d’Asterix ou un dessin du Kroll !
Que peuvent donc nous dire les consacrés sur eux-mêmes et sur nous ? D’abord, comme Jérémie, que ce n’est pas d’abord nous qui nous nous consacrons au Seigneur mais que c’est le Seigneur qui nous consacre à lui. Et cela bien avant que nous en ayons conscience : « Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré » (Jr 1,4-5)
Si des hommes et des femmes deviennent moines, sœurs, frères, consacrés, c’est parce qu’ils se sont rendus compte qu’ils étaient eux-mêmes déjà choisis dès le ventre de leur mère, déjà consacrés et aimés par le Seigneur qui est pour eux, comme dit le psaume, un appui dès leur jeunesse et un soutien dès avant leur naissance (cf. Ps 70).
Toute histoire d’une vocation part de cette grande découverte : je suis choisi par le Seigneur, aimé de lui dès avant ma naissance. Et à cela ne peut répondre qu’une seule chose : la louange. « Tu seras ma louange toujours ! » (Ps 70) proclament les consacrés par toute leur vie.
Oui, les consacrés nous aident à découvrir que, nous aussi, nous sommes aimés de Dieu, choisis par lui dès avant notre naissance et entourés de son appui. Avec eux aussi, nous voulons rendre grâce et louer le Seigneur.
Mais les religieux et consacrés nous rappellent aussi que vivre en chrétien, c’est vivre une grande amitié avec le Christ, au point de vouloir le suivre de prêt et partager ses joies et ses peines. Comme Jérémie et, surtout, comme Jésus, le consacré est un prophète. Et il partage aussi la condition, pas toujours confortable, du prophète, même parmi les siens : nul n’est prophète en son pays... Il y a toutefois quelque chose qui pousse le consacré à, malgré tout, proclamer la Parole à temps et à contre temps. Car c’est plus fort que lui.
On peut être prophète de multiples manières. Aujourd’hui, cela ne passe plus nécessairement par une manière particulière de s’habiller. Dans nos régions, nous ne sommes plus au temps des grandes cornettes de la Grande Vadrouille ! Mais quel que soit l’habit ou la mission, ce qui caractérise toujours le prophète est la charité, l’amour qui ne passera jamais (cf 1 Co 13,8).
Cette charité s’exerce de tellement de façons : dans la prière, le service des malades, l’hospitalité, les écoles, la catéchèse... A tel point que si les consacrés devaient disparaître du paysage, il manquerait quelque chose. Nous nous sentirions orphelins.
Oui, avec les consacrés, rendons grâce à Dieu de nous aimer et de nous avoir choisis, chacun et chacune, dès avant notre naissance. Avec eux, soyons aussi des prophètes pour notre temps, non sans contradiction, mais toujours avec l’amour qui ne passera jamais.
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