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Où sont le bien et le mal? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Luc Terlinden   

Homélie du mercredi 10 février 2010

Où sont le bien et le mal  ? Aujourd’hui, on a plutôt tendance à considérer qu’il n’existe pas un bien ou un mal mais que ceux-ci sont toujours relatifs à une culture, une religion. Ce qui est vrai pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Cela n’est pas neuf car, déjà dans l'Évangile, Jésus est pris dans des débats sur ce que l’on peut manger ou ne pas manger, sur ce qui rend pur ou impur et, derrière cela, sur ce qui est bien ou ne l’est pas (cf. Mc 7,1-23).

A côté de cette tendance à considérer que le bien et le mal sont toujours relatifs à une culture, il en existe une autre de nos jours : celle de chercher facilement des excuses au mal que je commets. C’est comme une équipe de foot quand elle perd. On préfère parfois faire porter la faute à l’arbitre ou au mauvais état du terrain que de reconnaître bien humblement qu’on a été mauvais ou trop paresseux pour courir derrière le ballon ! Si je suis fraudeur, c’est parce que tout le monde le fait et que, de toute façon, l'État est toujours voleur. C’est la faute à l’arbitre... Il vaudrait mieux toutefois avoir l’humilité de dire : « je fraude parce que j’aime l’argent et l’appât du gain ! »


Pourtant, direz-vous, n’est-il pas vrai qu’il existe des différences dans la manière de concevoir le bien et le mal ? Oui, bien sûr, ce serait ridicule de le nier. Ou encore : n’est-il pas vrai que je ne suis pas toujours entièrement responsable de mes actes ? qu’il existe des conditionnements conscients ou inconscients ? des circonstances atténuantes ? Oui, d’accord. La psychologie et la sociologie nous ont d’ailleurs aidés à mieux mettre en évidence de tels conditionnements.

Mais il n’empêche et c’est ce que nous disent aussi les lectures de ce mercredi, nous avons en nous, par-delà les différences de culture et ou les conditionnements en tout genre, une capacité à la fois de découvrir un bien et un mal qui dépassent les différences culturelles et de faire des choix libres et responsables. Cette capacité de discerner et de faire des choix est située dans ce que la Bible appelle le « cœur », là où se prennent les grandes décisions de notre vie : pour le bien ou pour le mal, pour répondre à l’appel de Dieu ou pour le refuser.

Ainsi Jésus, face aux récriminations de pharisiens et quelques scribes qui voient ses disciples manger sans s’être lavés rituellement les mains selon « la tradition des anciens » (cf. Mc 7, 3), renvoie au cœur de l’homme, là où se joue vraiment la question du pur et de l’impur et d’où « sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure » (Mc 7,21-22).

Jésus dénonce l’hypocrisie de ceux qui ne voient que l’extérieur, ce que l’on a toujours fait mais qui ne vient pas du cœur. Car il est très possible de se conformer à des règles et des coutumes tout en ayant le cœur mauvais.

Comme aujourd’hui, nous sommes encore tentés de nous conformer à ce que « tout le monde fait », aux traditions (car les « traditions des anciens » existent toujours, même si elles changent tous les cinq ans !) sans toujours nous mettre à l’écoute de notre cœur, de cette petite voix intérieure qui nous invite à faire le bien et à éviter le mal, au prix parfois de nager à contre courant de ce que « tout le monde fait ».

Oui, dans le fond de notre cœur, raisonne l’écho d’une petite voix, parfois étouffée mais pourtant bien présente, qui nous invite à faire le bien et à éviter le mal. Pensez ainsi au remords qui peut vous habiter, parfois bien des années plus tard, suite à une seule bêtise. Il n’y a pas là que de la culpabilité liée à une morale chrétienne réputée culpabilisante. Au contraire, l’expérience d’une mauvaise conscience n’appartient pas qu’aux seuls chrétiens. Tout le monde la fait. Un proverbe en kirundi dit ainsi :  « tu fais le bien, tu le retrouveras sur ton chemin, tu fais le mal et il t’accompagnera. »

Plus nous nous mettrons à l’écoute de cette voix intérieure, plus nous découvrirons qu’elle ne nous dit rien d’autre que ce que la Bible et la loi de Moïse nous enseignent. Car elles ont le même auteur : Dieu lui-même. Je n’arriverai à vraiment entendre ce que me dit la Bible ou ce qu’enseigne l'Église que si je me mets à l’écoute de la voix de Dieu qui raisonne au fond de moi, qui m’invite à faire des choix libres et responsables, à choisir le bien et non le mal, à découvrir que la loi de Dieu n’est pas extérieure à moi, mais intérieure, inscrite dans mon cœur, comme dit le psaume (cf. Ps 36).

Comment faire ? En imitant Salomon, dont la sagesse du cœur était devenue tellement célèbre que même une reine est venue de loin l’écouter, pour faire nôtre sa prière : « Seigneur, donne à ton serviteur un cœur intelligent et sage pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal » (1 R 3,9).

Mise à jour le Jeudi, 05 Août 2010 09:33