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Mes amis,
Les trois textes de ce jour insistent lourdement - c'est le moins que l'on puisse dire - sur la nécessité de la conversion ... et même, dans la première lecture, avec la prédication de Jonas, sur la rapidité de la conversion. Car c'est vrai qu'il y a une tentation chez chacun de nous, je pense, à se convertir, mais à se convertir ... demain ... Nous avons commencé officiellement le carême il y a une semaine, mais l'avons-nous commencé réellement ? Je crois que le Seigneur n'est pas dupe et c'est sans doute pourquoi il nous redit aujourd'hui qu'il nous faut nous convertir, vite, de toute urgence !Ninive l'a fait en une journée à peine, alors qu'il fallait trois jours pour la parcourir ... et cette conversion est radicale, puisqu'elle touche le peuple, le roi et même le célèbre jardin zoologique de Ninive. Pourquoi donc se convertissent-ils si vite et si radicalement ? On a beaucoup réfléchi sur cela avec l'Auberge.
Je pense qu'ils se convertissent si vite parce qu'ils étaient enfoncés très loin dans le péché. Comprenez-moi bien évidemment ! Je ne nous dis pas de nous enfoncer encore davantage dans le péché pour avoir vraiment envie d'en sortir. Mais il y a quelque chose de très beau et de très vrai dans cela. Le péché c'est comme du vin de mauvaise qualité. Quand on en boit un peu, avec une fondue au fromage, ça passe. Par contre, si on en boit trop et en plus pour manger quelque chose de très raffiné, on se rend compte qu'il n'est pas terrible, mais surtout le lendemain matin, on remercie le Seigneur d'avoir inventé les Dafalgan et autres Perdolan. « Un verre de mauvais vin, ça passe, trop ça casse » ...C'est sans doute cela l'expérience des Ninivites. Ils se sont offerts une cuite au vin de mauvaise qualité et ils se rendent compte qu'il faut changer radicalement. Nous ne sommes peut-être pas aussi pécheurs qu'eux. Nous ne buvons que de temps en temps un verre du mauvais vin du péché ... alors ça passe et finalement on ne se trouve pas si mal que ça. Voilà sans doute pourquoi Jésus appelle cette génération une mauvaise génération. Non pas qu'ils soient aussi pécheurs que la ville de Ninive, mais parce que, fondamentalement, ils ne voient pas la raison de se convertir. Il faut aller vite !
Oui, il faut aller vite et en même temps, la conversion doit être radicale. Il ne s'agit pas de changer un peu, ce qui vraiment ne va pas de façon exemplaire, non, il s'agit de changer tout ... Oups ... Le psaume que nous avons prié nous le disait bien : « lave-moi tout entier de ma faute ». Et l'acclamation à l'évangile disait : « Revenez à moi de tout votre cœur ! » Tout entier, tout votre cœur ... Mais Seigneur, est-ce que ce ne serait déjà pas bien si tu me lavais en partie ... si je commençais un retour vers toi ... je serais déjà mieux ainsi, non ?
Et le Seigneur dit « non ». Non pas parce qu'il n'accepte pas une conversion relative, mais parce qu'il ne peut pas, qu'il ne sait pas (en langue belge) entrer là-dedans. Reprenons la comparaison de la bouteille de vin. Si vous enlevez une partie de la piquette qui s'y trouve, même si vous n'y laissez qu'un dé à coudre, vous aurez beau remplir le reste de la bouteille avec du Pomerol si cher à Luc, eh bien, c'est toute la bouteille qui va devenir de la piquette et absolument pas du Pomerol. Ça peut paraître surprenant, mais c'est ainsi ! Demandez à n'importe quel œnologue. Ainsi, il faut que je me vide tout entier ou mieux que je me laisse être vidé. Car le psaume dit bien : « Lave-moi tout entier, Crée en moi un cœur pur, purifie-moi ».Dieu peut nettoyer la bouteille, mais c'est à moi de la vider. C'est sans doute une des seules choses que le Seigneur ne puisse pas faire à ma place : justement, lui faire de la place. Voilà jusqu'où va le respect de notre liberté par Dieu. Si tu veux continuer à avoir mal la tête avec du mauvais vin, je ne peux pas t'en empêcher ... Mais j'ai tellement envie de te combler de mon Pomerol spirituel, alors s'il te plaît, fais-moi de la place !!! Je te le demande à genoux, poursuit Dieu. Oui, à genoux, parce que le texte est clair. Si nous ne le faisons pas, nous périrons. Vous avez évidemment compris le langage anthropomorphique du texte. Ce n'est pas tant Dieu qui va nous faire périr que nous-mêmes. Si le vin est mauvais, on risque d'en boire des litres et des litres comme pour en oublier qu'il est infecte, et on risque de mourir d'une cirrhose du foie. Un bon pomerol, se dégustera avec modération, non seulement en raison de son prix, mais aussi parce qu'avec un verre ou deux, je suis comblé. Tant de saveur en un seul verre : que demander de plus !
Un bon verre de vin est bon pour le cœur; il est bon pour notre cœur spirituel également. C'est le Seigneur qui régénère notre cœur, par le vin devenu son sang au Jeudi-Saint, ce sang qui sortira de son cœur le Vendredi-Saint. Comme la Reine de Saba qui était venue de loin pour écouter Salomon, approchons-nous, à notre tour de la Parole de Dieu, de Jésus, Parole de Dieu faite chair. Elle faite chair, elle se donne à manger et à boire. Oui, heureux les invités au repas du Seigneur : il se fait notre boisson et celui qui la boit n'aura plus jamais soif. Amen. |