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Homélie du mercredi 3 mars 2010
Depuis deux semaines, nous avons pris la route pour monter, avec Jésus, à Jérusalem. Et comme les disciples, il est bon que, pendant la route, Jésus nous prenne à part et nous donne le sens de ce carême, de cette montée vers Jérusalem.
Nous avons déjà reçu les cendres. Nous avons pris quelques bonnes résolutions, qui pourraient bien souvent se résumer à : « manger moins et prier plus ». Nous nous rendons peut-être compte que ces bonnes résolutions sont déjà loin ou que nous n’avons même pas encore commencé le carême.
Mais Jésus vient nous rappeler le sens profond de ce temps : celui d’une montée vers Jérusalem, d’une montée vers Pâques. Car, même avec la meilleure volonté du monde, nous risquons toujours de vivre davantage le carême comme une performance personnelle ou un effort sur soi-même, que comme un chemin à la suite de Jésus pour entrer dans l’attitude qui est la sienne au moment où il va être livré à Jérusalem, mis en croix et ressusciter le troisième jour.
Le jeûne, le partage et l’aumône, la prière plus intense, la participation à Jeunesse 2000 et à la Marche des Rameaux... tout cela est évidemment excellent. Mais ça n’a de sens que si cela nous permet de marcher plus prêts encore de Jésus sur le chemin de Pâques qu’il nous trace.
Quel est donc ce chemin à la suite de Jésus ?
C’est d’abord le chemin emprunté par le prophète Jérémie, avec le lourd constat qu’il fait : « Comment peut-on rendre le mal pour le bien ? » (Jr 18,20). Car Jérémie s’est dépensé sans compter en faveur du peuple, l’invitant à se détourner de sa conduite mauvaise et intercédant pour lui auprès de Dieu. Pourtant, il ne reçoit en retour qu’attaques et persécutions.
Jésus aussi a fait cette expérience. Lui que ne veut que du bien pour les hommes recueille l'opprobre et la condamnation. Comme Jérémie, cela ne l’empêchera pas de prier pour ceux qui le persécutent. Il ira même plus loin. Sur la croix, il pardonnera à ses bourreaux : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Nous aussi, à la suite de Jérémie et de Jésus, nous sommes appelés à faire le bien et à dénoncer le mal quand c’est nécessaire, mais toujours avec amour et humilité ! Dans tous les domaines : nos relations fraternelles ou affectives, notre environnement, notre manière de gérer l’économie, la finance ou la politique, pour une plus grande justice entre le Nord et le Sud...
Mais nous devons savoir que cela n’est pas sans risque, qu’il arrive aussi de recevoir le mal pour le bien rendu, de partager la coupe d’amertume que Jésus a bu à la croix. Dans ce cas, n’oublions pas de prier et d’intercéder pour ceux qui nous font du tord. Et de demander à Jésus la force de pardonner, même si cela nous semble tout à fait impossible.
Prendre le chemin de Jérusalem à la suite de Jésus, c’est aussi entrer dans sa confiance et son abandon au Père et dire avec le psaume : « Oui, c’est toi mon abri. En tes mains je remets mon esprit » (Ps 30,6). Cela demande de l’humilité.
La confiance et l’abandon, c’est croire que la persécution, la mort, les situations de souffrance et de mal, en bref, la croix, n’auront pas le dernier mot. La résurrection et la puissance d’amour du Père auront toujours le dernier mot. La confiance et l’abandon, c’est croire aussi que le Père ne nous oublie pas mais nous prépare, à chacun une place, dans son Royaume. Peut-être pas celle que nous souhaitons, mais celle qui est bonne pour nous.
Enfin, prendre le chemin de Jérusalem à la suite de Jésus consiste non seulement à dire le bien même quand on en reçoit le mal ou à faire confiance et à s’abandonner au Père, mais aussi à entrer dans l’attitude profonde de Jésus, du « Fils de l’homme qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20,28). Voilà le sens profond de notre carême, de notre jeûne, de notre partage, de notre prière : enfiler la tenue de service. Les disciples ne l’avaient visiblement pas encore compris. Dans nos kots, nos auditoires, nos familles, nos paroisses... nous avons aussi, sans doute, encore à apprendre en ce domaine. C’est pourquoi le carême nous revient chaque année : nous aussi, il nous faut du temps pour comprendre et nous convertir !
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