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Nous savons bien que tout commence à Noël, mais la liturgie, par cette fête de l'Annonciation, nous fait encore monter plus avant. Pour que Jésus puisse être le « oui » définitif au Père, il faut d'abord le « oui » de Marie. Saint Bernard le dit si bien dans une homélie.
C'est un peu long, mais écoutez comme c'est beau : « Cette réponse, ô bonne Vierge, Adam, pitoyable exilé du paradis avec sa postérité de misère, la réclame de toi; Abraham, David t'en supplient, tous les autres saints ancêtres sollicitent cette réponse ; tes pères par conséquent qui eux aussi habitent le sombre pays de la mort ; le monde entier dans l'attente se tient prosterné à tes genoux. Et ce n'est pas sans raison, puisque du mot que ta bouche va prononcer dépendent la consolation des malheureux, le rachat des captifs, la libération des condamnés, en un mot : le salut de l'universelle filiation d'Adam. Donne ta réponse, ô Vierge, hâte-toi, ô Souveraine, donne cette réponse que la terre, que les enfers, que les cieux aussi attendent. Le Roi lui-même, Seigneur de tous, est en suspens. Réponds donc vite à l'ange ! que dis-je ? Réponds par l'ange au Seigneur. Réponds une parole et reçois la Parole. Profère la tienne et reçois la divine : émets une parole éphémère et embrasse l'éternelle ! Pourquoi tarder? pourquoi trembler'? Crois, parle et reçois ! »
Marie dit « oui », et voilà que le monde entre dans son salut.Je vous le dit à chaque fête mariale, Marie est l'Icône et la Mère de l'Église. Et donc, ce qu'elle a fait, c'est à nous de le faire aujourd'hui également. Dire « oui » pour que le « oui » de Jésus s'accomplisse aujourd'hui encore, même si c'est déjà fait; et je vous le rappelais en commençant cette eucharistie, nous sommes souvent « non » : c'est cela le péché. Vivre le sacrement, c'est cela : changer nos « non » en « oui » pour que le « oui » de Jésus puisse davantage se vivre aujourd'hui et pour l'Église et pour le Monde.
Je vous l'ai déjà dit en Avent : si mon péché défigure l'Église, le Monde et Dieu lui-même – et pas seulement moi – la réconciliation rend l'Église et le Monde plus beaux et permet à Dieu d'agir plus encore. Alors, nous comprenons donc à quel point ce sacrement a un poids immense, et quel mystère énorme il véhicule : ce n'est pas moi seulement qui peut changer, mais tout peut changer : le Monde, l'Église, l'Histoire et jusqu'à l'action même de Dieu ! Oups ...
La difficile lettre aux Hébreux le disait bien : les offrandes et les sacrifices ? Ben, il fallait les répéter sans cesse et en plus, cela ne servait à rien. Mais Jésus vient, qui vient faire la volonté de Dieu. Et cette volonté c'est que tous soient sauvés d'une façon irréfragable. Ce salut, il le continue en chaque eucharistie. Rappelez-vous : « nous prions ensemble 'pour la gloire de Dieu et le salut du monde' ». Mais que serait une eucharistie qui ressemblerait aux holocaustes et aux sacrifices ? Pas grand chose ... Il faut que nous soyons vraiment le Corps du Christ, « que nous devenions ce que nous recevons ». Si Jésus était un « oui », un « Amen » parfait à la volonté de Dieu de sauver toute l'humanité, nous devons entrer dans son « oui ». Puisqu'il est la tête du Corps qui dit « oui », il est impossible que le reste du corps dise « non ». C'est d'une logique anatomique et spirituelle absolues. Tout ce que fait la tête, le corps doit le faire aussi, sinon, c'est le signe ... que l'on est décapité ... !!!
Et Paul va encore plus loin : « Tous les membres sont importants et sont solidaires ». C'est presque terrifiant : Si dans le Corps de l'Église, il reste une seule dent cariée, c'est tout le Corps de l'Église qui va souffrir de la rage de dent, même la tête – Jésus – même ceux qui vivent à côté du Corps malade – le Monde -.Alors qu'attendons-nous ? Je comprends la peur qui nous étreint peut-être. Elle m'habite souvent à ce moment-là, et elle est bien naturelle. Mais, en vivant le sacrement, je vais sauver le Corps entier de l'Église, je vais sauver le Monde, je vais permettre à Jésus de pouvoir continuer à accomplir pleinement aujourd'hui la volonté de son Père : sauver tous les hommes et faire qu'aucun ne soit perdu.
« Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour que, par moi, - et j'ajoute 'par toi' - le Monde soit sauvé ». Comme Marie, osons dire ce « oui » qui va réjouir la terre et le ciel. Amen. |