Accueil > homélies > "Il suffit d'aimer" : Jésus et la femme adultère
"Il suffit d'aimer" : Jésus et la femme adultère PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pierre Hannosset   

Mes amis,

Vous avez entendu saint Paul dans la deuxième lecture : « Il s'agit de connaître le Christ ». Vous le savez bien, dans la mentalité juive, on peut traduire par : « Il s'agit d'aimer le Christ, d'avoir une relation d'amour avec lui ». Voilà le cœur du carême et de la liturgie de ce jour, « il s'agit d'aimer » ou comme dira la petite Bernadette à Lourdes : « il suffit d'aimer »

Et c'est de fait l'amour qui est au cœur de l'évangile de ce jour. Une femme qui vit difficilement sa capacité d'aimer en vérité, un groupe d'hommes totalement incapable de l'aimer, et Jésus, l'Amour incarné.

Cette femme tout d'abord. Vous l'avez remarqué, à part un mot à la fin, elle ne dit rien du tout; elle est simplement là, sans un mot, sans essayer non plus de se justifier ou de s'excuser. Tout le monde sait ce qu'elle a fait, Jésus est mis au courant et elle, elle se tait. Quand je me reconnais pécheur, c'est sans doute la plus belle chose que je puisse faire : simplement être là devant le Seigneur; non pas forcé d'être là – ce qui était le cas de cette femme – mais me mettre devant lui, de m'approcher de lui. Ça n'a l'air de rien et pourtant c'est fondamental : le péché nous éloigne toujours de Dieu. Quand je découvre mon état de pécheur, comme Adam au jardin d'Éden, j'ai envie de me cacher, de me tenir encore plus loin de lui, comme si la rupture du péché ne suffisait pas. Or, c'est le contraire qu'il nous faut faire. Plus je suis pécheur, plus je dois m'approcher de lui. C'est ce que faisait le fils prodigue la semaine dernière : « Je vais aller chez mon Père et je vais lui dire ... ». Peu importe si ces raisons n'étaient pas les meilleures – il avait faim tout simplement – mais il se met en route. C'est d'ailleurs la seule chose que le Seigneur ne puisse pas faire à notre place, nous mettre en route. Et vous le savez bien, c'est la démarche la plus difficile souvent dans le sacrement de la réconciliation que nous pouvons vivre chaque dimanche de ce carême et encore le mardi-saint : nous mettre en route. « J'y vais ou j'y vais pas !!! »

 

Les hommes ensuite. Pas besoin de s'attarder longtemps. Nous ne savons que trop bien à quel point ils nous ressemblent. Qu'il est facile de voir la paille dans l'œil de l'autre ! En plus, ça nous déculpabilise. Vous connaissez cette phrase terrible : « Quand je me regarde, je me désole, quand je regarde les autres, je me console ». C'est terrible : le péché de l'autre permet de relativiser le mien. Quand nous sentons en nous cette capacité à voir le péché de l'autre, nous ne sommes pas du tout des experts en morale, non, nous essayons juste de ne pas voir notre péché. C'est vraiment un signe dans notre vie spirituelle : si je sens cette manière de juger en moi, c'est qu'il est « plus que grand temps » de me mettre à me regarder moi-même avec tout mon péché.

Enfin, Jésus. Première chose, Jésus se baisse – pour écrire sur le sol sans doute – mais n'est-ce pas aussi pour se mettre au niveau de la femme qui est sans doute – même si le texte ne le dit pas – à terre, elle aussi. Jésus ne dit pas que son péché n'est rien, mais il se met à sa hauteur, à notre hauteur. C'est cela qui fera dire à Paul dans la deuxième aux Corinthiens : « Lui qui est sans péché, s'est fait péché pour nous ». Ça nous aide aussi à bien vivre le sacrement. Dieu ne me regarde pas de toute sa grandeur, Dieu se met à ma hauteur, il se fait péché pour moi, il porte mon péché.

Deux. Jésus ne condamne personne, ni le femme, mais nous l'oublions souvent, ni les hommes qui l'ont amenée. Car, je vous le rappelle, dans cette scène, nous sommes les deux. Il ne condamne pas ces hommes, mais il les aide à mettre la clarté dans leur cœur, à y découvrir leur péché, ce qui justement leur manquait. Si je veux bien vivre le sacrement, il ne s'agit pas de faire un examen de conscience en tête à tête avec moi-même, mais bien avec le Seigneur lui-même. C'est pour cela que l'Église nous invite à nous préparer au sacrement en prenant la Parole de Dieu. C'est lui et lui seul qui peut nous aider à voir le mal qui infeste notre vie, à cerner notre péché. Sinon, on entre dans des petites listes, comme pour faire ses courses chez Colruyt.

Trois enfin, même si ce n'est pas dans le texte, on peut supposer que Jésus se relève et par la même occasion relève cette femme. On ne peut pas imaginer qu'il la laisse se relever seule. Non seulement il la relève sans doute, mais surtout – et ça, c'est dans le texte – il lui dit deux phrases qui vont la remettre en route sur cette nouvelle vie; deux phrases qu'il nous dit, à nous, ce matin : « Va et désormais ne pèche plus ». Va sur cette route dont parlait Isaïe dans la première lecture : cette route qui passe au désert mais désert où il fait couler de l'eau et du Pomerol, des fleuves entier de miséricorde. Amen

Mise à jour le Lundi, 29 Mars 2010 11:00