|
La paix et la joie d’un départ |
|
|
|
|
Écrit par Luc Terlinden
|
-
Homélie du 6ème dimanche de Pâques - 9 mai 2010
Toute séparation est douloureuse. Pour les disciples aussi, il y avait de quoi être bouleversé et effrayé à la perspective du départ de Jésus, comme nous le sommes face à la perte d’un être cher. Ce temps de Pâques, durant lequel nous célébrons le passage de Jésus de ce monde à son Père, est aussi pour nous l’occasion de nous arrêter sur le passage de nos proches ou sur notre propre passage.
-
-
Cela peut paraitre un un peu étrange de parler de la réalité de la mort durant la joie du temps pascal ! Pourtant, les deux sont intimement liées. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il y a deux moments où le cierge pascal est sorti du baptistère pour être placé dans le chœur de l’église : au temps de Pâques dans lequel nous sommes et aux funérailles. Car, à chaque fois, c’est la même lumière du Christ ressuscité ou lumière de l’Agneau (cf. Ap 21, 23) qui vient illuminer ces réalités.
-
-
Il est donc bon de nous arrêter un peu sur la réalité de la mort pour que, le jour où nous y serons confrontés, où « ces choses arriveront », nous croyons. Car la Pâques de Jésus est aussi la nôtre : celle de nos proches et la mienne. Et la paix que Jésus donne à Pâques - il ne la donne pas à la manière du monde, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas simplement d’un simple encouragement ou d’une consolation passagère mais bien d’un fruit de sa passion et sa résurrection - cette paix nous la recevons aussi pour vivre les moments plus douloureux du départ de ceux que nous aimons ou de notre propre mort.
-
-
En fait, tout départ d’un proche nous renvoie à notre foi en la résurrection. Je dirais même que c’est une occasion pour qu’elle s’incarne davantage en nous, qu’elle prenne chair alors que nous devons faire face à l’absence de la personne aimée.
-
-
Comment accueillir cette paix et grandir dans la foi en la résurrection ? Par l’amour de Jésus. Pas un amour seulement sentimental ou romantique. Non, quand il est question d’amour dans l'Écriture, c’est toujours d’un amour concret. Cet amour de Jésus se traduit par une fidélité à sa parole. Une parole qui n’est pas seulement du passé mais une parole vivante, une parole de vie, pour moi, aujourd’hui. Car c’est bien l'œuvre de l’Esprit Saint de nous « faire souvenir » de tout ce que Jésus nous a dit. Autrement dit, l’Esprit actualise, rend présente et efficace la parole de Jésus pour nous.
-
-
J’aurai beau dire tout le temps « je t’aime » à ma bien-aimée ou mon bien-amié, ou l’appeler par tous les noms d’animaux que Dieu a créés sur la terre - ma biche, mon lapin, ma poule... - si cet amour ne se manifeste pas non plus par une fidélité à la parole donnée et des actes concrets, il est appelé à mourir.
-
-
Il en est de même avec Jésus. L’amour pour Jésus - qui est d’abord une réponse à l’amour que la Père a pour nous en son Fils - ne sera vrai et durable que si nous cherchons par toute notre vie à être fidèle à sa parole, à la prendre au sérieux, à la mettre en pratique, sans chercher à l’adoucir ou à l’édulcorer.
-
-
Voilà la clé pour entrer dans la paix que Jésus nous donne et la foi en la résurrection : l’amour de Jésus par une fidélité à sa parole. Mais cet amour de Jésus produira aussi un autre fruit, qui peut surprendre quand il s’agit d’être confronté à la mort et au départ d’un proche : la joie. « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père » (Jn 14, 28).
-
-
Oui, c’est peut-être là un des plus grands paradoxes de la foi chrétienne : la joie qui accompagne même le départ de celui qu’on aime. Cette joie est celle que célébrons durant tout ce temps de Pâques. Elle est aussi la joie, intérieure et profonde, qui enveloppe la célébration des funérailles chrétiennes : la joie de la communion avec le Père, en qui nous demeurons et qui vient demeurer en nous.
|
|
Mise à jour le Jeudi, 05 Août 2010 09:32 |