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Homélie du dimanche 13 juin 2010
La liturgie de ce dimanche nous offre trois belles figures de sainteté. Jugez plutôt :
1. Le grand roi David, mais cela ne l’a pas empêché de coucher avec la femme de son voisin et d’aller jusqu’à mettre à mort son mari pour s’en emparer (il a donc péché au moins contre le sixième commandement « tu ne commettras pas d’adultère » et le cinquième « tu ne commettras pas de meurtre »). 2. Paul, dont nous avons beaucoup parlé l’année dernière, mais qui fut aussi un pharisien persécuteur des premiers chrétiens (un fanatique dirions-nous aujourd’hui). 3. La femme de la ville dans l'Évangile (Lc 7, 36ss.), une pécheresse (était-elle prostituée ? adultère ? Nous l’ignorons mais il est très probable que son péché était en rapport avec le sixième commandement).
Pourtant, ils sont bien saints tous les trois !
De quoi donc bousculer notre idée qu’un saint devrait être toujours parfait, comme un enfant modèle. Celui qui correspond le plus à cette dernière image de la sainteté est le pharisien de l'Évangile : il est religieux, fidèle à la Loi et manifeste même un esprit d’ouverture en accueillant Jésus dans sa maison. Pourtant, il est peut-être aussi le plus éloigné de la vraie sainteté.
Pourquoi ? Parce qu’il confond la sainteté avec la perfection. C’est l’idée que pour être saint au ciel il faut déjà, par ses propres forces, arriver à la perfection sur cette terre. Or, c’est tout l’inverse, comme nous le montrent nos trois exemples de ce jour : être saint et pécheur, ce n’est pas incompatible.
Il existe toujours le danger de vouloir arriver à la sainteté par ses propres forces, par une obéissance scrupuleuse à la loi mais qui rend aveugle sur son propre état de pécheur, sur sa propre faiblesse. Peut-être, me direz-vous, ce danger est écarté puisqu’aujourd’hui il n’y a plus une perception claire et partagée, par tous, de la loi. Chacun se fait sa petite loi à soi, au nom de la tolérance et de la liberté individuelle. Quel risque encore de devenir trop scrupuleux ?
Toutefois, outre le fait que prendre la femme de son voisin ou atteindre à une vie humaine (quelle qu’elle soit) ne sont pas devenus bien pour autant, je cours toujours le risque de construire mon propre modèle de perfection, cet idéal, même inconscient que je veux atteindre : celui de la maman parfaite toujours disponible, de l’étudiant modèle, du vicaire parfait... Et je mettrai toute mon énergie à y parvenir. Je serai surtout très susceptible et très irrité quand je ne correspondrai pas à cet idéal. Et encore plus quand un de mes proches, lui, n’y correspond pas !
Dans ce modèle, la sainteté se mérite, comme je dois gagner l’estime et l’amour des autres. C’est le chemin de la perfection, tout différent du chemin de la sainteté que nous montre nos trois saints du jour. Regardons ainsi la femme de l'Évangile :
1. Elle a foi en Jésus, en son amour, lui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs. Un amour donc qui ne se mérite pas mais qui est donné. Elle découvre en Jésus celui qui l’aime comme elle est, y compris avec son péché. Non pas pour l’excuser mais parce qu’il a le pouvoir de pardonner. Et pardonner ne remplace pas la justice. D’ailleurs, certaines conséquences du péché demeurent même après le pardon, comme le montre l’histoire de la Maison de David, qui sera traversée par des luttes intestines.
2. Elle a conscience de son péché.
3. Elle manifeste un grand amour. Au cœur de la sainteté, il y a un amour débordant. Car c’est bien là qu’est la sainteté : non pas dans un idéal de perfection, mais dans la charité qui nous unit à Dieu et nous fait porter un regard d’amour et de miséricorde sur nos frères et sœurs.
Voici donc la recette de la sainteté :
1. dans la foi, accueillir l’amour de Jésus qui m’aime comme je suis et son pardon ; 2. faire la vérité sur moi, y compris sur mon péché ; 3. aimer à mon tour, pratiquer la charité envers Dieu et envers les hommes.
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