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L'humilité : une oreille qui écoute PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Luc Terlinden   

Homélie du 22ème dimanche de l'année C - 29 août 2010

Les textes de ce dimanche nous invitent à méditer sur une des plus belles des vertus, mais aussi une des plus délicates. Car à peine croit-on la posséder qu’elle s’enfuit déjà. Je veux parler, vous l’aurez compris, de l’humilité.

 

Mais peut-être ne faut-il pas se tromper sur la nature de l’humilité. Car s’humilier n’est pas s’écraser devant plus fort que soi, s’anéantir par peur ou par gêne. S’humilier, ce n’est pas non plus subir, même avec stoïcisme, une situation injuste et déshonorante. Il ne faut pas confondre l’humilité avec la soumission à l’injustice.

 

 

La personne humble est d’ailleurs aussi capable de recevoir les honneurs, comme le montre la parabole de Jésus : « ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi » dit le maître de la maison à l’invité qui a pris la dernière place. Être humble, c’est aussi parfois accepter d’être mis à l’honneur ou de recevoir une « promotion ».

 

Dans certaines circonstances, refuser trop ostensiblement un honneur est d’ailleurs signe d’une fausse humilité. Car ce qui me gêne le plus, dans ce cas, c’est souvent de devoir reconnaître que cet honneur que je refuse publiquement est aussi celui que j’ambitionne le plus.

 

Évidemment, tout cela dépend de la manière de vivre ces différentes situations devant lesquelles la vie nous place, y compris les honneurs. Tant il est vrai qu’il existe des petits ouvriers remplis d’orgueil et des rois ou des chefs d’État plein d’humilité.

 

Quelle est donc la clé de l’humilité ? La liturgie, à travers la manière dont elle a découpé la lecture du livre de Ben Sirac le Sage, nous en suggère une : une oreille qui écoute. L’écoute, voilà peut-être la première condition pour vivre humblement, quelque soit sa condition ou sa position sociale : pour les professeurs, écoute des élèves ou des étudiants ; pour les enfants, écoute de leurs parents ; pour les curés, écoute de leurs paroissiens ; pour les couples et plus difficile encore, surtout chez les hommes, écoute de son conjoint.... L’humilité commence par l’écoute.

 

Mais l’humilité n’est pas seulement une vertu humaine. Car l’écoute est aussi une attitude profondément spirituelle. Elle est même essentielle. Ainsi, la foi naît et vit de l’écoute de le Parole de Dieu. La foi nous invite donc à une grande humilité devant cette Parole qui nous est donnée.

 

Je dirais même que l’humilité, c’est se mettre à la hauteur de Dieu qui, de grand, se fait petit et humble pour nous rejoindre. Tout l’Évangile nous le rappelle. A l’Annonciation, Marie chante le Seigneur qui s’est penché sur son humble servante, qui élève les humbles et rabaisse les puissants de leurs trônes. A Noël, à la crèche, il se donne à voir sous les traits d’un tout petit bébé. Or y-a-il quelque chose de plus humble qu’un nouveau-né ? Durant sa vie publique, Jésus partage la table des pécheurs, ce qui lui vaut une farouche opposition des personnes biens pensantes ! Car il y a bien une chose qui, de tout temps, semble insupportable : se mettre du côté du plus petit ou du pécheur. Surtout, l’humilité de Dieu se manifeste à la Croix, où le Très-Haut se révèle aussi être « Le Très-Bas », pour reprendre le titre d’un livre.

 

Nourris de l’écoute de la Parole, mettons-nous donc à l’école de Jésus, pour le suivre sur son chemin d’humilité, avec l’aide de sa grâce. Il s’agit sans doute d’une grosse conversion pour certains, surtout les plus grands, comme nous avertit Ben Sirac : « Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser ! »

Mise à jour le Mercredi, 08 Septembre 2010 12:57