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homélie de Mgr Jean-Luc Hudsyn le 4 mai 2011
« Recevez l’Esprit-Saint »… Il est des venues de l’Esprit-Saint qui peuvent être spectaculaires comme dans le récit de Pentecôte au début des Actes où les portes du cénacle s’ouvrent à grand fracas emportées par les bourrasques de son souffle…
Ici dans cet Évangile de Jean, nous sommes au soir de Pâques et c’est aussi la venue de l’Esprit-Saint, mais dans une Pentecôte intime et silencieuse. L’Esprit-Saint est un mélomane aux goûts éclectiques : il aime les symphonies à la Beethoven ou échevelées à la Berlioz mais il aime aussi les quatuors intimes à la Schumann ou un paisible motet de Messiaen…
Dans la vie de ceux et celles qui vont être confirmés ce soir, c’est de façon très diverses que l’Esprit-Saint a fait entendre son appel : une traversée de moments difficiles qui s’ouvre sur l’évidence d’être infiniment aimée. Un chemin vers le mariage et qu’on veut vivre dans l’Esprit du Christ et mettre une plus grande attention à Dieu dans sa vie. Une foi retrouvée dans un temps fort de ressourcement et qui fait que la vie prend un nouveau sens, un nouveau but. Le livre du Nouveau Testament qu’un jour - allez savoir pourquoi - on va prendre dans sa bibliothèque et puis qu’on se met à lire d’affilée pendant deux jours et dont on ressort en se disant une fois pour toutes que ce ne sont pas de belles paroles mais de bonnes paroles. Des proches qui vivent une vie engagée, qui vous énervent un peu et puis dont on découvre peu à peu le courage, l’audace et le rôle fondamental que joue la foi dans leur espérance et dans leur persévérance…
A travers tous ces chemins, chacun a fait cette expérience semblable à celle des apôtres après la Résurrection du Christ : voilà que désormais Quelqu’un est là dans leur vie. Quelqu’un a comme franchi les portes de leur existence. Le Christ est venu les visiter et son Esprit de force et d’amour est en train de faire en eux sa demeure.
C’est la bonne nouvelle de cette confirmation. Le Ressuscité peut envahir nos vies, sans rien forcer, jamais sans notre consentement intime. Quelques soient nos blindages, nos clôtures, nos enfermements, nos prises de distance, rien ne peut l’empêcher de venir pour nous offrir sa paix. Il le fait avec les uns patiemment, se tenant fidèlement à la porte de nos vies. Pour d’autres, il le fait par surprise. Pour d’autres il y met un peu plus d’effets spéciaux… Peu importe la manière : elle est toujours respectueuse de notre liberté : c’est indispensable puisqu’il s’agit non pas pour Dieu de s’imposer mais de se proposer. Car quoi qu’on en dise : avec Lui c’st Dieu toujours qui propose, et c’est l’homme qui dispose et non l’inverse ! Il ne peut en être autrement car Dieu vient non pour une soumission de l’homme mais pour nous inviter à vivre avec lui une amitié, une alliance…
C’est bien pourquoi dans ce récit Jésus montre ses mains et son côté… Il sait qu’en venant à nous il prend des risques : nous pouvons le reconduire à la frontière de nous-mêmes, le renier, l’abandonner et nous le faisons toujours un peu ou beaucoup… Les apôtres en savaient quelque chose et pourtant il vient à eux, il revient vers eux avec cette paix qu’il offre comme un pardon, plus fort que nos distances et nos indifférences.
C’est aussi pourquoi le Ressuscité envoie son souffle sur les apôtres. C’est intéressant de voir que la formulation utilisée ici dans le texte grec ne se retrouve comme telle que dans le livre de la Genèse, dans le récit de la création de l’homme où Dieu envoie son souffle sur Adam. Et voilà dit le texte qu’Adam devint un être vivant !
Recevoir l’Esprit-Saint dans ce sacrement de confirmation, c’est accepter de devenir des vivants à la façon du Christ, selon le rêve de Dieu. C’est se laisser recréer. Et le Christ précise : « Recevez l’Esprit saint ». « Saint »… la sainteté c’est l’attribut exclusif de Dieu, c’est son originalité, sa différence. Se laisser confirmer, c’est laisser Dieu venir habiter le temps et l’espace de tout notre être : c’est donc laisser Dieu, sa Parole, son Évangile habiter notre façon de vivre le temps, le laisser colorer le rythme de nos vies (y mettre aussi du temps pour Dieu, pour sa Parole). Même si nous pouvons vivre des moments extraordinairement intenses au plan spirituel ou au plan de l’amour, le plus souvent il nous est demandé de vivre le quotidien, de vivre l’ordinaire, l’habituel comme le lieu de notre fidélité au Christ, et de notre alliance avec Dieu. Vivre l’ordinaire avec ‘souffle’, et voir que même l’habituel s’il est vécu avec amour a lui aussi son poids d’éternité.
Ce récit se termine par un envoi. L’Esprit-Saint, dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va… l’Esprit-Saint est celui qui nous déplace. Il nous fait sortir de nos cénacles et de nous-mêmes. Cela tombe bien un jour où la paroisse envoie les étudiants qui vont la quitter : pour vous aussi, l’Esprit vous est donné pour que vous alliez, pour que vous portiez du fruit, pour que sa créativité vous accompagne dans cette nouvelle étape de votre vie. Mais aussi pour que vous accompagne sa force car on en a besoin aujourd’hui quand on est jeune et qu’il s’agit de s’affronter au monde de l’emploi dont les portes sont souvent loin d’être grandes ouvertes !
N’oubliez pas ce Souffle divin qui est en vous, laissez-le habiter vos vies et vos choix de vie. Ce récit d’Évangile envoie les apôtres pour remettre les péchés : il s’agit d’être des témoins de cet amour de Dieu qui se donne et pardonne. Il s’agit d’être les témoins de ce Dieu qui ne désespère jamais de nous, qui sans cesse nous redonne nos chances, qui réouvre l’avenir qui délie chacun de sa culpabilité quand elle devient enfermante, qui délie des craintes, des frayeurs. Croire en l’Esprit-Saint, c’est croire que chacun a notre façon nous pouvons faire de nos vies un art de créer, un art de faire naître du bon, du vrai, et du beau en ce monde. Allez votre route sans perdre foi, sans perdre cette foi.
Et n’oubliez pas ce qui a nourri cette foi : c’est aussi la communauté, l’Église qui a ses faiblesses mais qui n’est pas que faiblesses, c’est la prière, c’est la Parole de Dieu lue et méditée, c’est la liturgie, c’est l’eucharistie. Une fleur mise dans un vase sans eau… cela tient quelque temps… mais cela fane vite !
Je vous livre ces paroles de ce Bienheureux que l’Église a reçu dimanche, ce Bienheureux Jean-Paul II qui disait aux jeunes :
« Ce n’est pas le moment d’avoir peur, de déléguer à d’autres cette tâches d’[apôtres et d’évangélisateurs]. Je vous appelle, vous les jeunes, et je vous envoie comme le Christ a envoyé ses apôtres avec la force qui vient de la parole du Christ (…) Personne ne peut vous remplacer dans le milieu des études, du travail ou des loisirs (…). L’avenir de l’Église dépend de vous ! L’Évangélisation de la terre dépend de vous. Mais pour évangéliser le monde il faut des apôtres experts en célébration, en adoration, et en contemplation de l’eucharistie ».
Le soir de Pâques, Jésus vint et il envoya sur eux son souffle. Ce soir-là… c’est maintenant ! |