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homélie de Jacques Bihin pour l'Ascension, 2 juin 2011
En cette fête de l’Ascension, Jésus monte et disparaît dans le ciel.
Nous commémorons justement, cette année, le 50ème anniversaire du premier voyage d’un homme dans l’espace.
Le 12 avril 1961, Youri Gagarine a tourné une heure et 48 minutes autour de la terre. Qu’allait-il trouver en perçant pour la première fois la voûte céleste ? Les dieux allaient-ils se laisser déranger par cette intrusion intempestive, en tout cas, ce voyage était chargé d’une légitime appréhension. Arrivé dans l’espace, on prête à Youri cette parole en forme de boutade : « Je suis dans le ciel, mais je ne vois aucun dieu ».
Pour l’anecdote, on sait maintenant que Youri Gagarine n’aurait même jamais prononcé ces paroles, elles émanaient de la propagande communiste qui ne ratait pas une occasion pour ridiculiser le sentiment religieux. Youri était un orthodoxe pratiquant, il a fait baptiser sa fille aînée avant de partir dans l’espace, et il vénérait de saintes icônes chez lui, c’est dire s’il était pieux !
Nous nous servons donc, dans notre culture de mots qui recouvrent plusieurs sens. Un sens propre, parfois un sens figuré et pour nous en plus un sens spirituel. Ainsi, le ciel dont il est question dans le récit de l’Ascension du Christ n’est pas seulement la réalité physique qui se trouve dessus de nos têtes, il dépasse notre perception de l’espace et du temps.
Et nous comprenons bien, nous qui sommes chrétiens, que les réalités spirituelles ne s’opposent pas aux réalités terrestres, mais qu’elles se complètent, et même qu’elles s’enrichissent l’une l’autre. Ainsi lorsque nous admirons un beau ciel, un beau couché de soleil, notre cœur peut, de la contemplation, s’ouvrir à une Action de grâce pour son Créateur.
Quelle tristesse pour notre société occidentale de, peu à peu, atrophier et oublier sa tradition mystique et religieuse.
L’homme ne vit pas seulement de pain, il a besoin aussi d’être nourri spirituellement.
Beaucoup dans notre société matérialiste, cherchent vainement dans la consommation et les distractions ce qu’ils trouveraient dans l’intériorité et la prière. Et c’est ainsi que pour nous, notre espérance du ciel peut transfigurer, nourrir et féconder notre vie.
Dans les textes de ce jour, il y a un paradoxe entre le départ de Jésus qui s’élève et disparaît dans le ciel, et les dernières paroles de l’évangile de Matthieu, que nous venons d’entendre : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». D’un côté Jésus part, d’un autre il nous dit qu’il est toujours avec nous !
Jésus, nous l’a encore rappelé dans l’évangile de ce dimanche : il ne nous laissera pas orphelins. Cet éloignement du Christ n’est pas un abandon, c’est une condition pour notre évolution chrétienne. Cet éloignement participe à l’achèvement de notre création.
Car c’est justement dans la distanciation provoquée par ascension du Christ, que se trouve la fécondité de notre relation avec Dieu.
Jésus n’est pas monté au ciel parce qu’il était fatigué ou trop vieux, ou qu’il n’aurait plus rien à nous dire, mais fondamentalement il s’est retiré pour engendrer en nous notre vocation proprement chrétienne, celle d’être nous-mêmes le signe de sa présence.
Certes, nous sommes indignes d’une telle représentation, mais telle est pourtant la volonté de Dieu.
Saint Irénée résumait cette volonté divine dans cette belle formule : « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne Dieu ».
Et, en cette fête de l’ascension, on pourrait ajouter : et il fallait que Dieu se distancie de l’homme pour qu’il puisse pleinement participer à sa divinité.
Déjà, dans le récit de la création, lorsqu’il est dit que Dieu se reposa le 7ème jour, c’était l’annonce de cette vocation. Dieu se retire pour laisser l’humanité achever son œuvre.
L’ascension du Christ, c’est aussi la promesse du don de l’Esprit saint.
Nous l’entendons bien dans les paroles du Christ, son départ n’est pas une soudaine absence de présence, mais un échange de présence, le Christ reste, mais sous une forme nouvelle, c’est l’esprit qui vient habiter notre cœur et le cœur de notre Église.
Traditionnellement, cette fête de l’Ascension marque le début d’une préparation à la fête de la Pentecôte.
Neuf jours de prières, une neuvaine, pour accueillir la venue de l’Esprit Saint. Aussi cette fête est-elle une bonne occasion de redemander les grâces de l’Esprit pour chacun et chacune d’entre nous, mais aussi pour notre Église et notre communauté paroissiales.
Pour recevoir ces grâces, il suffit de les désirer, et de les demander. Quelle est au juste la nature de ces dons de l’esprit ?
En relisant les béatitudes, nous avons une bonne indication sur les grâces, mais aussi sur les exigences des dons de l’esprit :
Voulons-nous recevoir le royaume des cieux dans la grâce de l’humilité ?
La terre en partage pour avoir été doux et non-violents ?
Voulons-nous être consolés avec ceux qui pleurent ?
Et être habités par le souci d’un monde plus juste ?
Voulons-nous vraiment : pardonner à notre prochain, purifier notre cœur et œuvrer pour la paix dans le monde ?
Si oui, alors nous désirons recevoir l’Esprit saint et les dons qui l’accompagnent.
Commençons donc à nous préparer à ce renouvellement dans l’esprit en rendant grâce à Dieu de nous avoir appelés à une telle dignité.
Par son ascension il remet entre nos mains l’achèvement de sa création, et par le don de l’Esprit saint le moyen de l’accomplir.
Seigneur, donne-nous en cette fête de l’ascension, et par cette eucharistie la force d’être, plus encore, le signe de ta présence, dans un monde qui en a toujours besoin, amen. |