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Authenticité pour l'Évangile, fidélité à l'Église, sur les pas de François et Claire, pour aimer l'Église PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claire Jonard   
  • Introduction

fioretti-Rome-2011 Je désirais vous partager comment saint François et sainte Claire ont été des amis sur la route de l’amour de l’Église. Toutes mes années à la paroisse ont été certainement un approfondissement de l’amour du Christ et de son Église à travers la vie de prière, de charité, de foi de notre communauté, des familles. Le dernier voyage des Fioretti à Assise mais aussi la très grave crise que notre Église a traversé l’an dernier (et dont j’ai vu pas mal de choses de très près, de trop près) m’ont rapproché plus encore des Saints d’Assise. Traversant avec l’Église, nos évêques, les chrétiens ces semaines horribles de scandales… et c’est vrai il y avait du mal fait à l’Église par l’extérieur, ceux qui en voulaient à l’Église mais reconnaissons-le aussi c’est l’horrible, l’inadmissible, le mal intérieure, interne à l’Église qui lui a fait du mal à elle-même. Traversant tout ce chaos, je me disais que seul un St-François de notre siècle pourrait aider l’Église de Belgique.

Par ces quelques mots j’aimerais vous partager quelques chemins qui nous sont ouverts à tous pour être les saints François d’aujourd’hui. Je traversai peut-être des épisodes de la vie de François moins connus.

  • Comment saint François se tourne vers le Christ

La conversion de François ne s’est pas faite en un jour mais en plusieurs années… Il y a son éducation chrétienne (la prière de sa maman), la maladie qui lui apprend à « goûter » la Bible et les vies de Saints, l’abandon de la vie de chevalier (le rêve de Spoleto à rebrousser chemin et abandonner les armes), l’appel de la croix de St-Damien « Va, rebâtis mon Église », la rencontre et le baiser au lépreux, le dépouillement, les débuts de St-Damien…. Pour nous aujourd’hui, tant mieux si nous pouvons vivre une conversion radicale… mais ce sont de petits actes de conversion de chaque jour, la perception toujours plus claire de l’appel du Seigneur à le suivre plus simplement, plus dépouillé, plus au service de son Église…

Et pourtant, François pouvait apparaître comme un rebelle… comment osait-il défier à ce point le « quand dira-t-on », le rang qu’il tenait, les pratiques de l’Église de son époque ? La réponse de François est limpide : « la règle des frères mineurs est la suivante : observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l’obéissance, sans rien avoir en propre et dans la chasteté »1. « Observer le saint Évangile » ni plus, ni moins. L’Évangile dans son entièreté et pas seulement les passages qui nous arrangent, les versets qui confortent nos pensées, nos choix… Voici je dirais la règle d’or de François, la suite, l’imitation du Christ à travers son Évangile. Et vous le savez, ça ira loin… Ce désir chez François de se faire le plus petit, le plus humble, le dernier des derniers imprègne toute sa prière, son action, sa prédication et sa manière de vivre, son attitude… cela le conduira à embraser à Laverna en 1224, la croix du Christ et à recevoir les stigmates, les marques de la croix du Christ dans sa chair... Tout s’écroule, si l’on vit le saint Évangile en vérité, à la suite du Christ comme une Parole vivante pour nous aujourd’hui… l’on devient crédible… ce n’est pas pour autant facile, François a souffert beaucoup. On n’est pas reçu par tous, ce n’est pas un idéal de perfection mais c’est la transparence au visage de Dieu qui se révèle.

  • François et Claire, leur vocation, leur mission…leur chemin dans l’Église

Assise_Claire2011_22Si l’on doit décrire rapidement la vie des frères mineurs, des frères de François, il faut prendre 2 grands axes : le retrait, le désert, la prière seul dans une petite grotte perchée dans la montagne… Tout près de cette grotte se tient un ermitage ou les frères se retrouvent à quelques moments dans leur temps de retraite et de jeûne avec des temps de vie fraternelle, de prière commune et d’accueil du plus pauvre. Cette partie de la vie de François n’est pas à négliger, l’on peut dire à peu près qu’il jeûnait une demi-année par an et vivait cette vie de prière en ermitage. Il a par exemple passé 40 jours seul, sans manger pour rédiger la deuxième règle à Fonte Colombo, remontant de temps en temps prier à la petite chapelle Ste-Marie-Madeleine. Cette vie de prière, de désert humain mais spirituel parfois aussi est une part importante de la vie de François.

Le 2ème axe, est l’axe de la prédication. La vie en ville, les prêches des frères par 2 la plupart du temps et le contenu de la prédication doit être fidèle à l’Église. Leurs missions et marches à travers la région d’Assise, l’Italie et bien au-delà pour aller annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ aux hommes et aux femmes. Cette partie de la vie de François est truffée d’anecdotes : guérisons régulières, songes, miracles, gestes de très grande générosité, de très grande charité envers les plus pauvres. Ils traversaient les régions et pouvaient marcher des centaines de kilomètres.

François était un diacre. Il avait un grand respect des prêtres quel qu’ils soient car ils étaient prêtres, portaient les saints mystères à l’autel. Il était lucide sur leur pauvre qualité humaine, sur leur mode de vie, sur leur mauvaise prédication, mais ils étaient des prêtres à respecter par-dessus tout. François aimait plus que tout l’eucharistie et invitait régulièrement ses frères à aimer l’eucharistie. Son chemin faisant, sa fraternité naissant, François a toujours veillé à recevoir l’accord des responsables de l’Église, l’Évêque d’Assise et ensuite, le Pape à Rome. François n’a jamais joué cavalier seul, il a toujours référé à l’Église…la tannant parfois, la bousculant souvent, l’aidant à se reconnaître elle-même.

Claire à l’heure de fonder les clarisses, aimerait elle aussi vivre comme François prêcher, marcher, aller à la rencontre…mais l’Église de son temps interdit à des femmes consacrées de vivre hors d’une clôture. Elle acceptera cette demande, les Clarisses vivront dans la clôture mais avec une série d’exceptions dans la règle pour pouvoir sortir mendier, guérir, rencontrer… voilà comment Claire se fait fidèle au chemin que l’Église lui offre et comment elle laisse la grâce de sa fondation naître. Elle demandera et obtiendra pour la règle des Clarisses de ne rien posséder.

Je crois, permettez-moi d’émettre une conviction personnelle, que ces 2 grands axes de la vie de François sont nos poumons de chrétiens traversés par le souffle de l’humilité et de la pauvreté. La prédication, l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ mort et ressuscité et la nouvelle Évangélisation comme on dirait aujourd’hui, repose sur la prière et la prière intense et sur des actes de charité, de solidarité, de fraternité et d’entraide, souvent discrets, humbles… c’est à cela que le monde reconnaitra la Bonne Nouvelle du Christ, découvrira qui est la communauté chrétienne… et pas à coups de déclaration de porte-parole dans les médias, même si ce que l’on dit de nous dans les médias est faux. Je rends grâce à Dieu pour ces multiples merveilles que j’ai vu dans notre paroisse, merveille de prières et de charité.

  • Amitié de François et Claire

Claire et François ne sont pas des mêmes milieux à Assise, l’un est bourgeois, l’autre noble. Comment est-ce possible que chacun faisant route ils reçoivent le même chemin ? Qu’est-ce que le Seigneur a bien pu semer sur la terre d’Assise ? François consacrera Claire à Dieu au nom de l’évêque d’Assise, un lundi saint, dans la petite chapelle de la Portioncule, le Q.G. des frères mineurs. Une amitié forte naitra entre les 2 saints, une amitié forte naitra entre les 2 ordres… des influences réciproques les guideront. François mourra jeune, Claire bien plus âgée … Claire vivra en clôture et François dans les villes et en ermitage. Claire sera pleinement femme, pleinement Clarisse et n’imitera pas les franciscains. François sera pleinement homme et ne demandera pas la vie des Clarisses aux frères mineurs… Chacun son être, son charisme avec des racines communes : vivre pauvre pour servir le Christ pauvre et son Église. Claire et François auront à fonder chacun leur ordre, leur règle en lien avec les autorités de Rome. Des ressemblances, des fondements forts qui les lient et des chemins différents naissent pour l’Église. C’est par François que Claire sera consacrée et créera son ordre, c’est par le soutien des Clarisses que les frères mineurs persévéreront, c’est dans l’Église qu’ils feront route. C’est à l’Église qu’ils offriront leur créativité.

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Aujourd’hui, que l’Église puisse rendre grâce de la diversité des vocations, des appels ! Tous ils ont à grandir, à se construire en Église, en communion. On entend beaucoup de choses sur ce que l’Église devrait réformer dans les appels, les ministères, les missions… je tique souvent, quand on voudrait « réformer » le prêtre de demain. François et Claire me font dire que sur la même terre, des charismes peut-être semblables à la base ont à grandir dans la profondeur de leur être, de ce qu’ils sont… et là encore, c’est l’Église, la vie de l’Évangile en vérité qui révélera, orientera, discernera avec la patience nécessaire. L’amitié forte, les appels profonds de François et Claire à servir le Seigneur pauvre, les a conduits tous deux à leur manière à grandir dans l’amitié, l’amour du Seigneur Jésus, en suivant la volonté du Père. Je rends grâce à nouveau pour ces nombreuses fois dans ma mission, où j’ai pu voir à l’œuvre Dieu dans nos différentes vocations, chacun avec son apport. L’une n’est pas meilleure que l’autre, l’une n’est pas la concurrente de l’autre, l’une n’a pas plus de droit ou de pouvoir que l’autre. Notre seul et unique pouvoir ensemble, c’est un contre-pouvoir, c’est d’aimer le Christ, de nous aimer comme il nous aime, d’aimer ceux qui sont sur notre route et en particulier les plus pauvres, et que l’on puisse dire : « voyez comme ils s’aiment, c’est le Christ la source de leur joie, de leur engagement. »

  • Face à l’échec, la croix, la persévérance

Assise_Claire2011_20François n’a pas vécu que des périodes heureuses dans son chemin avec le Seigneur. Avec sa vie passée de bourlingueur, un jour au retour de Rome, il monte dans l’ermitage de Poggio Bustone, il est torturé de questions : « à quoi bon ? avec ma vie passée, je me suis fait des illusions sur l’appel du Seigneur mais je ne suis pas digne de le suivre. Pourquoi continuer tout cela ? Retourne à une vie de bourgeois à Assise. » Des périodes de doute, François en a traversées de très fortes quand ses frères ne veulent pas le suivre, quand les frères mineurs veulent prendre d’autres voient que celle de la pauvreté absolue par exemple. Combat intérieur au plus profond du cœur de François, doute, tristesse, découragement… la nuit ! Viendront s’ajouter les douleurs physiques de sa très mauvaise santé, il est presqu’aveugle, souffre de divers maux dans son corps.

À Poggio Bustone, il y dépose sa croix, il passe quelques jours dans l’intimité avec le Seigneur. Je devine, l’histoire ne le dit pas, qu’il méditera longuement sur la passion et la mort du Christ sur la croix. Et puis, il redescend de la montagne pacifié, c’est le lieu du « Pace e Bene », heureux, confiant, fortifié par l’action du Seigneur… c’est, je crois, ce qu’on peut appeler une grâce de paix, de réconciliation… ces lieux ou nos croix de morts deviennent avec le Christ des croix de vie. Ce lieu m’a particulièrement marqué lorsque nous l’avons visité avec les Fioretti en 2007… Il y a une pacification du Seigneur pour nos vies mais elle passe par la montée, par le seul à seul avec Dieu, au désert, dans l’ermitage, par la croix. C’est de là aussi (et pas uniquement ! !) que l’on reçoit de Dieu, que jaillit la paix, la joie, la réconciliation, l’espérance…

La vie de François a certainement comporté des excursions en montagne, des ascensions difficiles dont on ne voit pas le bout, des cols escarpés… Mais François n’est jamais resté, il a cheminé pas à pas, avec persévérance avec la conviction intérieure que Dieu est là et que ça suffit. La persévérance de François, son audace et sa folie m’encouragent sur la route de l’Église… Soyons fous, soyons audacieux, soyons des grimpeurs et tant pis si la route semble trop raide, si on y est parfois seul, le Seigneur est avec nous, c’est lui notre guide, notre unique guide, il montre la route… mais ne restons pas dans la vallée par découragement, par peur...

  • L’appel à la Sainteté, la joie parfaite

Assise_Claire2011_10François et Claire sont déjà considérés comme saints de leur vivant…ils ont vécu l’appel de Dieu dans leur vie à fond, en suivant le saint Évangile à fond ! Voilà à quoi nous sommes tous appelés chacun et ensemble à vivre à fond le saint Évangile… rien de plus , rien de moins. Voilà comment nous sommes appelés à devenir des saints. François parlera souvent de la joie parfaite, de cette joie reçue en plénitude de Dieu. Cette joie n’enlève pas les souffrances et les douleurs mais elle les surpasse.

François et Claire parlent encore aujourd’hui aux jeunes. À Assise en février dernier, les Fioretti, les jeunes de nos familles ont gouté dans leur cœur, dans la prière, dans le cœur à cœur à cette révélation de joie que François et Claire nous offrent. Leur vie d’amour, pauvre et donnée pour la joie… les jeunes d’aujourd’hui la désire encore. Les dernières JMJ nous ont montré à quel point les jeunes peuvent être généreux, être témoins d’une foi forte, joyeuse, rayonnante… elle se cache parfois et à nous Église, à nous animateurs de jeunes de leur ouvrir des portes, des chemins pour faire cette rencontre forte, réelle avec le Christ comme François et Claire au XIIIème siècle.

Claire Jonard, 11 septembre 2011


1 Deuxième règle des frères mineurs n°1, 1223.

Mise à jour le Samedi, 24 Septembre 2011 21:54