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Homélie du 2ème dimanche de l'Avent
L'évangéliste Marc, que nous lirons pendant toute cette année liturgique, annonce d'emblée clairement ce qu'il va développer dans son livre : « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ fils de Dieu ».
Non pas une philosophie ou un programme, non pas d'abord un enseignement ou des consignes de vie, mais une bonne nouvelle.
Une bonne nouvelle ! Nous savons que dans l'histoire des peuples il n'est pas évident de trouver quelque chose qui soulève l'enthousiasme de tout un peuple, une nouvelle qui réveille tout le monde, mais on peut quand même en trouver, par exemple pour des pays qui sont en guerre quand on annonce la fin de la guerre, ou des pays comme la Belgique spécialisée dans les négociations qui durent, une fois qu'on a un accord du gouvernement un an et demi après des négociations c'est une annonce qui devient une bonne nouvelle, qu'on n'est pas prêt d'oublier !
Et dans l'histoire d'Israël une bonne nouvelle était restée gravée dans les mémoires, c'était celle de la fin de l'exil à Babylone.
Et la première lecture d'Isaïe (Is 40, 1-11) l'évoquait en disant : « Monte sur une haute montagne toi qui portes la bonne nouvelle à Sion, élève la voix avec force toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem… ». Elever la voix ne pas craindre, dire « Voici…, voici votre Dieu… ». Et après l'exil beaucoup attendaient une autre bonne nouvelle, celle qui annoncerait la venue du Messie aux Derniers Temps, l'arrivée du Messie qui annonce le fait que Dieu restaure son Royaume, restaure tout.
Alors l'évangéliste Marc va annoncer d'emblée ce que nous attendons et que notre foi, la foi des chrétiens, attend : voici enfin La Bonne Nouvelle !
La bonne nouvelle ce n'est pas un message seulement, ce n'est pas un événement, ce n'est pas seulement une parole, mais c'est quelqu'un, Jésus Christ le fils de Dieu.
Aujourd'hui en ce 2e dimanche de l'Avent, (Mc 1 1-8) nous sommes conviés à devenir en notre monde ¨Jean-Baptiste¨, nous sommes invités à préparer le chemin du Seigneur avec l'évangéliste qui annonçait au monde en reprenant les paroles d'Isaïe qui concernaient la fin de l'exil, qui désignaient Jean-Baptiste : « Voici que j'envoie mon messager devant toi pour préparer la route, ta route. À travers le désert une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route ».
Voilà donc, nous voici invités à être des Jean-Baptiste, c'est-à-dire à être porteur de cette Bonne Nouvelle, Jésus Christ lui-même !
Vous avez déjà peut-être été porteur d'une bonne nouvelle et certainement que quand vous avez été porteur de cette bonne nouvelle on vous a donné des bisous, on vous a embrassés. Si vous êtes à l'origine de cette bonne nouvelle OK çà va, mais s'il y a quelqu'un d'autre qui est à l'origine de cette bonne nouvelle alors vous avez dû dire attention la bonne nouvelle elle ne vient pas de moi, il y a quelqu'un derrière moi qui est à l'origine de cette bonne nouvelle, et Jean-Baptiste l'a dit : « lI y a quelqu'un qui vient derrière moi, je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales, c'est lui qui vous baptisera dans l'Esprit ».
Humilité de Jean-Baptiste ce grand bonhomme de la Bible et de cette période de l'Avent, Jean-Baptiste.
Porteur de bonne nouvelle, mais annoncer, crier ! Certainement que nous sommes tentés de murmurer cette bonne nouvelle en nous disant mais aujourd'hui est-ce qu'on va me comprendre puisque la religion va se cacher du côté privé, est-ce que je peux annoncer la bonne nouvelle ? Est-ce que je ne vais pas parler dans le vide, est-ce que je me sens assez porté pour pouvoir dire des choses pertinentes aujourd'hui ?
Etre des Jean-Baptiste c'est réaliser et remarquer qu'aujourd'hui dans nos quartiers dans nos cités il y a des déserts, ce lieu où tout est difficile, ce lieu où chacun se replie dans sa solitude, ce lieu où la solidarité a disparu et là la vie devient difficile. Mais n'oublions pas son côté positif bien sûr, il y a le côté vérité parce qu'on est loin de la facilité on ne peut pas vivre des choses en superficie.
Etre Jean-Baptiste, c'est être chrétien dans le monde d'aujourd'hui, c'est-à-dire témoigner d'un Dieu qui est venu à hauteur d'homme, un Dieu qui souhaite être présent sur le visage humain, un Dieu qui veut naître dans le cœur de chacun, un Dieu qui veut naître dans nos rencontres, dans une rencontre. Voilà ce qu'est être Jean-Baptiste aujourd'hui.
« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route… », comment aplanir la route pour être vraiment parlants pour les fils d'Israël ?
Quand ils ont dû quitter, quand ils ont dû partir en exil ils étaient confrontés à un désert montagneux aux portes mêmes de Jérusalem, mais au retour, en empruntant le désert de Syrie les choses avaient changé parce que le désert de Syrie il est plat, il est bien plat et donc cela dit des choses, le désert qui va de Damas à l'Euphrate, il est bien plat et donc cette image était parlante pour le peuple Israël. Mais cette image est restée aussi parlante pour nous aujourd'hui parce que des hommes et des femmes connaissent l'exil, de la désespérance, ils connaissent le désert escarpé de la solitude ils connaissent les montagnes de l'indifférence tandis que Jésus est venu, lui qui a pris sur lui cette solitude et la mort, pour nous réconcilier avec Dieu, pour nous réconcilier avec nos frères et sœurs, pour nous réconcilier avec nous-mêmes, et je dois ajouter en tant que Burundais que je ne peux pas oublier pour nous réconcilier aussi avec la nature, la nature c'est notre lieu de vie, cette nature nous dit la présence du Créateur et quand je lis Victor Hugo dans ¨Les Contemplations¨ il y lit la nature, il déchiffre les feuilles de la nature, les pages de la nature il les lit, il lit les champs, il voit là-dedans le Créateur, il voit Dieu.
Lisons de temps en temps la nature pour nous situer dans l'harmonie et notre réconciliation est très importante puisque justement Jésus qui est venu la dite et la dit toujours.
Alors aplanir sa route c'est par exemple favoriser la solidarité pour découvrir la beauté de la rencontre, aplanir sa route c'est redécouvrir l'urgence d'être relié à Dieu, mais aplanir sa route, préparer son chemin, c'est être là d'abord, c'est être là.
Jean Soler nous disait : « Dieu nous rend visite mais la plupart du temps nous ne sommes pas chez nous ». Soyons présents pour accueillir celui qui vient, redécouvrons combien nous sommes des êtres de rencontre créés pour la relation, nous sommes des êtres de devenir en un Dieu qui a un visage, qui se constitue pour nous en paysage, un paysage où nous pouvons marcher conscients, un paysage qui nous montre un tableau de vie et de paix tout à fait comme on a entendu dans le psaume (Ps 84) « Jésus de vérité tu me rencontres ».
Dans ce psaume, Justice et Paix sont là ensemble n'est-ce pas beau, Justice et paix s'embrassent, Amour et Vérité se rencontrent, que c'est mignon, oui, que c'est mignon une relation, nous avons besoin de l'amour. De l'amour humain, l'amour divin quel que soit son visage cet amour nous demande de nous mettre en chemin et le fait de l'attendre c'est déjà la chance de nous voir un destin. Cela peut paraître simple, limpide et pourtant soyons réalistes Jean-Baptiste nous le rappelle, avec cette invitation à être au désert pour accueillir cet amour hors de toute évidence, cet amour qui se cache à une profondeur qui réclame d'être visitée, d'être conquise, cet amour réclame patience et persévérance loin de toute facilité et là nous pouvons alors nous endormir, être fatigués, là nous sombrons dans la rudesse d'un quotidien mal habitué aux visites d'en-haut, de celui qui vient libérer nos vies.
Mais celui-là même qui vient libérer nos vies c'est un peu d'espérance qui vient embraser nos cœurs, oui les embraser, les rendre accueillants dans l'humilité mais les rendre grands aussi, grands parce que un cœur qui est grand il trouvera toujours de l'espace pour une bonne nouvelle.
Frères et sœurs, en sortant de l'Avent soyons désormais des hommes et des femmes qui attendent, qui désirent cette Bonne Nouvelle en sachant que ce n'est pas un message, une image ou une philosophie, mais QUELQU'UN.
Amen
Salvator Ntibandetse |