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Homélie du 1er janvier 2012
Cette année le 1er janvier tombe un dimanche, cela n'arrive qu'une fois tous les 7 ou tous les 6 ans et donc souvent on rate un peu cette fête de Sainte Marie Mère de Dieu.
Quelle bonne idée que la liturgie a de nous faire commencer l'année nouvelle en célébrant Marie la Mère de Dieu et aussi, comme le dit l'une des oraisons de cette messe , Marie la Mère et l'icône de l'Eglise.
Cette année qui commence nous sommes donc invités à la vivre comme Marie et avec elle.
Avec Marie nous sommes sûrs de ne jamais nous tromper de route, nous sommes sûrs aussi qu'elle nous conduira toujours à son fils et à travers son fils à toute la Trinité.
Alors regardons les lectures que la liturgie nous donne.
Et tout d'abord la première lecture du Livre des Nombres (Nb 6, 22-27) avec cette superbe formule, cette superbe formule qu'on pourrait mettre pour nos vœux de Nouvelle année : ¨Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage¨.
Lui-même nous a rappelé que Jésus est la lumière qui brille dans les ténèbres, celle qui est la lumière qui éclaire les nations
D'une façon toute particulière, nous lui demandons aujourd'hui que sa lumière illumine nos visages, qu'elle illumine nos visages comme elle a éclairé le visage de Marie sa mère!
Vous le savez bien, Marie est toute éclairée, toute inondée de la lumière du Seigneur, et la tradition iconographique ne s'y est pas trompée elle qui compare souvent Dieu au soleil et Marie à la lune.
C'est d'une grande beauté et d'une grande justesse théologique, le soleil éclaire, envoie la lumière et Marie la réfléchit. La lune n'a pas de lumière en elle-même vous le savez bien, sa force, sa grandeur, c'est d'être le réceptacle de la lumière du soleil et ainsi d'éclairer la terre durant la nuit.
Voilà donc trois grâces que nous pouvons demander à Marie pour cette année nouvelle.
La première est la plus difficile…La première grâce que nous pouvons demander à Marie c'est de ne pas nous prendre pour des lumières, de ne pas nous prendre pour le soleil. Dieu seul est la lumière, cette lumière qui éclaire les nations comme le dit le cantique de Zacharie. Mais avouons que souvent nous nous prenons pour Dieu.
C'est le premier péché de l'homme rappelez-vous avec Adam et Eve, nous croyons que nous sommes la lumière qui nous éclaire nous-mêmes, qui éclaire notre milieu de travail, notre famille, notre quartier.
Et bien demandons cette grâce : « Sainteté, Sainte étoile, aujourd'hui Ô Seigneur par Marie, Seigneur fais-moi reconnaître que je ne suis pas la lumière, que Toi tu es la seule lumière ».
Deuxième grâce que nous pouvons demander comme la lune toujours comme Marie, c'est d'accepter la lumière.
Vous savez bien que les couleurs claires rejettent la lumière contrairement aux couleurs foncées, c'est d'ailleurs pour cela qu'en pays de mission les prêtres mettaient une soutane blanche, par pour jouer au pape mais pour avoir moins chaud tout simplement.
C'est très beau, si je suis trop clair je ne vais pas accepter la lumière de Dieu. Si je suis rempli de moi-même, Dieu ne peut rien pour moi, c'est d'ailleurs Marie qui le dira dans son magnificat : « Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides ».
Oui il s'agit d'être les mains vides devant le Seigneur pour pouvoir l'accueillir. Mais aussi, ici j'avoue que l'image ne marche pas pour Marie immaculée, si je me crois bon, impeccable, vous savez que impeccable cela veut dire étymologiquement sans péché, si je me crois impeccable la lumière de Dieu ne peut pas pénétrer en moi, c'est seulement en reconnaissant que je suis pécheur que je peux goûter à la lumière et à la chaleur de Dieu. C'est Jésus lui-même qui nous le dit : « Je ne suis pas venu pour les biens portants ni pour les justes, je suis venu pour les malades et pour les pécheurs ».
Trois, toujours comme la lune et comme Marie. Si je reçois la lumière c'est pour la transmettre, Marie ne garde rien pour elle, elle a reçu Jésus et depuis Noël elle nous le donne.
Comme la lune éclaire la terre, comme Marie éclaire l'Eglise, eh bien l'Eglise elle-même, tout chrétien, doit être une petite lumière pour le monde, témoin d'espérance, artisan de justice, rempli de la bonne nouvelle de l'évangile.
Et c'est encore Jésus qui nous le dira : « Vous êtes la lumière du monde », cette lumière de Dieu que je reçois je veux la donner au monde pour éclairer ses ténèbres.
Comme les bergers qui s'en vont (Luc 2, 16-21) en racontant tout ce qui leur avait été annoncé au sujet de l'enfant, chacun de nous est envoyé avec Marie annoncer les merveilles du Seigneur à notre temps.
Et enfin, une quatrième grâce peut-être.
Vous le savez bien la lune éclaire la terre et le jour et la nuit mais c'est surtout la nuit que nous voyons la clarté de la lune. Rappelez-vous la chanson : ¨Le soleil a rendez-vous avec la lune mais la lune est là et le soleil attend…¨. Et encore quelle justesse théologique, vous en avez peut-être déjà fait l'expérience, c'est souvent au cœur de l'obscurité et des ténèbres que nous percevons la présence de Marie. Quand tout est clair très discrètement Marie s'efface par contre quand nous ne voyons plus le Seigneur, quand il a l'air absent alors nous voyons la clarté de Marie qui nous donne la lumière de son fils.
Je vous ai déjà raconté l'histoire d'une de mes premières paroissiennes quand j'étais tout jeune vicaire. Elle avait plus de 80 ans, elle était responsable de ¨Vie montante¨. Je vous la redis tellement je trouve que c'est une image d'évangile.
Jeanne avait perdu son mari tout jeune, elle avait 40 ans, puis quelques années après deux de ses enfants ont été assassinés à Kongolo et on a retrouvé les petits enfants au milieu des cadavres de leurs parents et encore quelques années plus tard c'est sa petite fille qui a été assassinée par son fiancé éconduit.
Jeanne avait vraiment tout vu et j'étais étonné de la voir tellement paisible et même joyeuse.
J'ai donc demandé son secret comme un jeune vicaire osait le faire et elle m'a dit : « Je ne pouvais plus prier, plus rien du tout, ni Dieu, ni les anges, ni les saints, mais j'avais mon chapelet dans la poche. Je ne pouvais plus prier mon chapelet mais je le serrais de toutes mes forces au point que j'en ai cassé plus d'un à force de le serrer et j'ai pu garder la foi, et l'espérance est revenue ».
Je n'ai jamais oublié ce témoignage de Jeanne qui a retrouvé toute sa famille au ciel depuis pas mal d'années maintenant.
Voilà mon souhait : « Que Marie nous accompagne durant toute cette année, qu'elle nous donne de lui ressembler en étant petits, réceptifs, communicateurs et qu'elle brille pour nous dans les moments difficiles. »
Amen. |