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Homélie du 15 janvier 2012, 2ème dimanche du Temps Ordinaire
Prononcée par Pierre Hannosset
Mes amis, vous avez remarqué sans doute que toute la liturgie de ce jour est centrée sur ¨être disciple du Seigneur¨.
Nous connaissons évidemment bien ce merveilleux récit de la vocation de Samuel (1 S 3, 3-19). Souvent on s'attarde à Samuel en disant c'est merveilleux Samuel qui répond enfin ! C'est bien, mais ce qu'il y a de plus étonnant n'est-ce pas d'abord de découvrir un Dieu qui appelle ?
Le texte nous dit qu'il a appelé Samuel par 3 fois, chiffre symbolique, on peut imaginer qu'il l'a appelé beaucoup de fois avant, avant qu'il ne réponde. Vous savez sans doute comme moi qu'il y a un courant dans l'Eglise qui dit que Dieu appellerait moins aujourd'hui, non seulement des prêtres et des religieux, des religieuses, mais même des laïcs chrétiens. S’il y a moins de chrétiens c'est parce que Dieu fait la grève ou fait la sieste. J'avoue que je ne peux pas croire cela. Pourquoi d'un seul coup Dieu commencerait-il à appeler moins que ce qu'il ne l'a fait durant toute la bible ?
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à regarder le début des livres prophétiques ou les vocations d'apôtres, à faire glisser les pages de votre bible entre les doigts, et vous verrez que la bible est remplie et débordante d'appels. On pourrait dire que notre Dieu est par vocation, et c'est le cas de le dire puisque vocation cela veut dire "appeler", un Dieu qui appelle, qui ne cesse pas d'appeler malgré notre sourde oreille, notre Dieu qui pourrait se passer de nous ne peut pas - en belge ne sait pas - le faire !
Dieu ne parvient pas à se passer de l'homme, il ne peut cesser de l'appeler pour lui dire ce que nous avons entendu lundi à la fête du baptême du Christ : « Tu es mon fils, tu es ma fille bien aimé(e) ».
Le problème ce n'est donc pas que Dieu n'appelle pas, c'est que l'homme ne répond pas, que l'homme ne dit plus la phrase de Samuel : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».
Saint Benoît - je vous l'ai déjà dit - disait à ses moines qu'il fallait ¨ "redire ad cor", en français qu'il fallait retourner au cœur, pour entendre Dieu qui s’y trouve , et ce Dieu qui ne cesse de nous appeler.
C'est ce que nous dit la 2e lecture (1 Co 6, 13-20) par des mots très forts.
Notre corps est le temple de l'Esprit. C'est sans doute une différence importante entre les chrétiens et les autres religions, c'est que nous nous n'avons pas vraiment de Lieu Saint, ni Jérusalem, ni Rome. Notre lieu saint c'est nous, c'est notre propre corps, nous sommes le temple de l'Esprit.
Si je veux entendre le Seigneur, si je veux le rencontrer, je ne dois pas me rendre à la Mecque ou me tourner vers elle ou aller en quel qu'autre endroit, non ! Je dois retourner à mon propre cœur. Et notez que ce n'est pas nécessairement plus simple que d'aller à Rome à Jérusalem ou à la Mecque parce qu'aujourd'hui, avec nos moyens de communications, aller en pèlerinage çà demande juste d'acheter un billet sur internet et puis on y va…. Mais redécouvrir celui qui appelle le cœur, celui qui habite le cœur de notre cœur cela implique une fameuse conversion, un fameux changement de vie et c'est sans doute pour cela que saint Paul dans la lecture insiste lourdement sur la nécessité de quitter la débauche.
On comprend bien, retourner à son cœur pour entendre le Seigneur et lui répondre eh bien cela implique que nous soyons totalement libres pour n'être qu'à Lui.
Et enfin pour reconnaître, pour authentifier les appels du Seigneur nous avons besoin d'intermédiaires ou mieux de frères baignés dans la foi : Eli dans la 1ère lecture, Jean-Baptiste dans l'Evangile (Jn 1, 35-42).
Jamais l'Eglise ne va admettre des révélations mystiques ou pas mystiques, des apparitions … si l'Eglise n'est pas consultée et ne dit pas comme Eli : « Tu as raison, c'est le Seigneur qui te parle ». C'est le rôle de toute l'Eglise, l'Eglise comme sacrement du Royaume, comme on dit en terme théologique, est là pour nous permettre de ne pas nous tromper.
Je vous invite ce matin à faire confiance à l'Eglise malgré le poids de son péché qu'on n'oublie pas de nous rappeler. Avec l'Eglise nous ne nous trompons jamais. C'est vrai qu'on met devant moi et devant tout le monde les faiblesses de l'Eglise, c'est vrai mais sans elle je ne serais pas là.
Je vous invite, pendant les quelques instants de silence après l'homélie, à dire merci pour le prêtre qui nous a donné à tous le baptême, qui a fait de chacun de nous un enfant de Dieu; à remercier le Seigneur pour les différentes communautés chrétiennes, l'Eglise, dans lesquelles nous vivons; à dire merci au Seigneur pour le prêtre ou l'évêque qui nous a donné le sacrement de confirmation; pour l'évêque ou le prêtre qui a présidé à notre mariage ou l'évêque à notre ordination. C'est par l'Eglise, par les membres très imparfaits, trop imparfaits de l'Eglise, que nous recevons chaque dimanche ou chaque jour la Parole de Dieu et l'Eucharistie.
Mes amis, à chacun de nous Jésus dit aujourd'hui : «Venez et vous verrez », faisons ce pas en Eglise vers le Seigneur et comme les disciples nous accompagnerons Jésus, nous verrons où est sa demeure et nous resterons auprès de Lui.
Amen |