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Homélie du 29 janvier 2012, 4e dimanche du temps ordinaire Ecrite par Jacques Bihin
Jésus rentre dans la synagogue de Capharnaüm, il se met à enseigner -avec autorité nous précise l’évangile de ce jour- et voilà qu’un mauvais esprit à travers un homme tourmenté se met à révéler la véritable identité du Christ. Il crie au milieu de l’assemblée : « Je sais fort bien qui tu es : le saint, le saint de Dieu ». Tous les auditeurs dans la synagogue savent très bien ce que cela veut dire. Le saint, le saint de Dieu, c’est le messie, celui que tout le peuple attend depuis des siècles. Qu’ils attendent d’autant plus qu’ils vivent depuis des générations dans les persécutions et les humiliations. Ils espèrent le sauveur de leur peuple et de leur royaume dans les larmes et les prières. Jésus pourrait donc se réjouir que dès le début de son ministère ce mauvais esprit –finalement fort à propos- révèle aussi clairement son identité profonde.
Mais Jésus le fait taire : « Silence – dit-il- sors de cet homme ». Il le fait taire, car Jésus ne veut pas que sa vocation messianique soit emprisonnée par la volonté du peuple, il ne veut pas être le messie à la manière des hommes. Le messie attendu par le peuple juif, c’est un roi puissant qui venge les humiliations de son peuple en asservissant ses ennemis. Qui répond à la violence par la violence. Jésus refuse d’être enfermé dans cette morale de l’œil pour œil, dent pour dent, qui entraîne l'humanité dans un cycle de violence perpétuel, aveugle et stérile. Pourtant Jésus est bien l’envoyé de Dieu, mais il n’est pas le messie d’un seul peuple, il est le sauveur de l’humanité tout
entière. Il ne s'est pas contenté d’apporter le salut à sa génération, mais à toute l’humanité depuis les origines et jusqu’à la fin des temps. La mission universelle du Christ dépassera toujours les intérêts individuels, particuliers, les intérêts nationaux, raciaux ou culturels. Jésus refuse donc que soit révélée son identité profonde avant qu’il puisse en enseigner le sens, et ce sera finalement l’exemple de sa vie qui révélera son identité de saint, de saint de Dieu. C’est lorsqu’il sera élevé sur la croix, qu’il achèvera de révéler la plénitude de sa mission. Cette notion de secret messianique restera importante tout au long de l’évangile selon saint Marc qui nous accompagnera durant cette année liturgique. Un autre aspect frappant de cet évangile, dont nous venons d’ailleurs d’entendre le premier récit, c’est la multiplicité des exorcismes et des guérisons. Alors du haut de notre 21ème siècle, nous pourrions entendre ces récits avec condescendance, considérant que ces pratiques appartiennent à un autre âge. Le siècle des Lumières, les progrès fulgurants des sciences auraient définitivement précipité ces miracles dans l’obscurantisme d’une époque révolue. Pourtant si on ne cherche pas un sens profond à cette attitude de Jésus, qui guérit et libère, on appauvrirait considérablement le ministère public du Christ, et singulièrement dans l’évangile selon saint Marc. Si cet évangile insiste tellement sur ces actions de Jésus, c’est pour nous transmettre un message fondamental et actuel de notre foi chrétienne. D’abord il faut remarquer que les exorcismes et guérisons de Jésus ne sont pas une fin en-soi, mais plutôt une manière de rendre signifiante l’annonce de la bonne nouvelle. Cette bonne nouvelle, ce n’est pas seulement l’annonce d’une nouvelle idée, d’un nouveau concept, d’une nouvelle perspective intellectuelle. L’annonce de la bonne nouvelle, c’est aussi l’annonce du salut de notre corps et de notre vie. Comment pourrions-nous croire à la résurrection des corps si Jésus ne nous avait pas montrés, par ces récits de guérisons qu’il était le maître de la vie ? Comment pourrions-nous croire qu’il va nous libérer définitivement du péché, s’il n’avait pas de son vivant chassé les mauvais esprits ? Les exorcismes et les guérisons sont donc une manière pour Jésus de transmettre en plénitude l’annonce de la bonne nouvelle. Si donc Jésus a accompli des signes et des prodiges, nous qui sommes ses disciples, c’est-à-dire « ceux qui marchent derrière Lui» nous sommes nous-mêmes appelés à annoncer la bonne nouvelle en l’accompagnant par des signes et des prodiges. Le ministère public du Christ révèle que nous sommes, à sa suite, des guérisseurs et des exorcistes. Nous avons comme le Christ vocation à relever et à libérer notre prochain. Je ne vous parle évidemment pas ici de pratiquer des guérisons à grands spectacles, bourrés d’effets spéciaux, laissons cela pour le cinéma à sensation. Non, le pouvoir que Dieu nous donne, c’est le pouvoir de bienfaisances. Le signe, c’est de redonner l’espoir à une personne affligée, le prodige, c’est apaiser un cœur tourmenté. C’est, dans une conversation où se serait glissé subversivement un mauvais esprit de médisance, de découragement ou de fatalisme le pouvoir de le chasser par une parole d’espérance et de confiance.
Le chrétien attentif est capable par sa présence priante, par son regard ou une parole d’éviter qu’une conversation soit infestée par un mauvais esprit. Le pouvoir de bienfaisance que nous confie le Christ est immense. Si nous nous rendions compte de notre capacité à donner de l’espérance et de la foi, nous en userions constamment. Nous nous réjouirions inlassablement, de mettre de la beauté dans un monde triste, de l’amour dans une société souvent froide et égoïste. Arrêtons de nous appesantir sur nous-mêmes, levons les yeux et voyons tout ce que nous pouvons apporter aux autres, en communion avec le Christ. Et, comme Jésus, annonçons avec autorité le message de l’évangile. Il ne faut pas avoir peur de dire hautement les valeurs auxquelles nous sommes attachés. Il n’y a aucune honte à dire avec autorité que; le partage est plus important que l’accumulation; qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir; il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Il faut être capable d’être un élément antagoniste, sans pour autant avoir une attitude qui exclut le dialogue. Demandons, par la grâce de cette Eucharistie d’être renouvelés dans cette audace d’annoncer la bonne nouvelle, et demandons aussi d’être fortifiés dans notre contribution à guérir et de libérer un monde qui en a tant besoin. Oui, comme nous le rappelait l’acclamation à l’évangile: « Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui habitent les ténèbres, il a fait resplendir sa lumière ». Amen |