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16E DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE | Face au mal | P. Sébastien Dehorter | 19/07/2020



Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? L’Évangile de ce dimanche nous met en face de l’expérience déroutante de la présence du mal. Un jour ou l’autre nous le découvrons. Pas seulement dans le monde, autour de nous, mais au sein même de nos communautés, de nos familles, de notre propre cœur. Cela peut se faire progressivement, comme une lucidité nouvelle qui nous fait voir notre cœur tel qu’il est ; ou alors, le choc est plus violent, à l’occasion d’une chute morale inattendue, d’une lâcheté qui nous poursuit, d’un éclat de violence, d’une colère qui ne se calme pas. D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?

Si dimanche passé nous parlait du temps des semailles, aujourd’hui, c’est plutôt sur une expérience de maturité qu’il nous faut méditer. En effet, c’est lorsque la tige poussa et produisit l’épi, que l’ivraie apparut aussi. Quand le blé est encore en herbe, on ne le distingue pas des mauvaises herbes. Par suite, et contrairement à une interprétation assez courante, je ne pense pas que l’on puisse tirer de cette parabole des conclusions éducatives, du genre : « que chacun fasse ses expériences, sans limite, avant de voir plus tard par lui-même ce qu’il voudra garder et ce qu’il laissera de côté ». En réalité, quand le mal est découvert, il est déjà trop tard, un peu comme le serpent du récit de la Genèse dont on se demande bien comment il a pu apparaître. Certes, Jésus nous donne une explication sur l’origine de l’ivraie : pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. La belle affaire !... Est-ce un manque de vigilance ? Fallait-il veiller en tout temps, jour et nuit ? Peut-être… mais à présent, il est trop tard : le mal est là.


L’épreuve de la présence du mal est surtout celle de la patience, de la persévérance dans le bien, de la fidélité au milieu des infidélités, comme le fait de maintenir allumée la flamme fragile et oscillante d’une lampe-tempête.

Alors que faire ? L’expérience du mal est troublante ; la réponse de Jésus l’est davantage. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson. « Ô Jésus… est-ce vraiment cela qu’il faut faire ? Les deux dans la même terre que j’ai si bien préparée, les deux qui pousseront avec la même vigueur, les deux qui ne cesseront de combattre avec la même intensité ? Et plus l’épi mûrira, plus le mal se manifestera dans mon cœur sous une image toujours plus nette ? » Oui. Nous sommes donc prévenus sur les lois déroutantes du Royaume et sur les mœurs de Dieu. Peut-être que ce qui nous fait le plus peur, c’est la patience : aurons-nous la même patience que Dieu ? Accepterons-nous de nous réveiller chaque matin avec en face de nous cette vision d’un champ (notre propre cœur) envahi par les mauvaises herbes ? Ou bien, nous nous précipiterons pour tout enlever, arrachant en même temps l’ivraie et le bon grain ; ou bien, dégoûtés de notre propre misère, nous finirons par baisser les bras : ne plus arroser, ne plus cueillir les premiers fruits, ne plus entretenir et tout finira par mourir. En réalité, si la réponse de Jésus déçoit, c’est que bien souvent nous sommes déçus de nous-mêmes, ou bien des autres (notre époux, notre curé, etc.) et alors, plutôt que de rester, nous préférons partir. L’épreuve de la présence du mal est surtout celle de la patience, de la persévérance dans le bien, de la fidélité au milieu des infidélités, comme le fait de maintenir allumée la flamme fragile et oscillante d’une lampe-tempête. Le secret de la patience de Dieu tient tout entier dans sa confiance absolue dans la qualité de la graine qu’il a semée. Pour nous, c’est une question de foi, selon les mots d’Isaïe : si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas.

On comprend alors l’enchaînement des paraboles. Car pour redonner vigueur à sa foi, rien ne vaut un retour aux origines, à la force des promesses. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde… Ne soyons jamais effrayés par la petitesse des débuts. Car la puissance de la graine évangélique est absolument extraordinaire au point qu’une plante potagère puisse devenir un arbre, capable d’accueillir les oiseaux du ciel. Si cela ne venait pas de Dieu, nous crierions au scandale : « c’est un OGM ! », tandis qu’il s’agit, en réalité, du travail de la grâce. Et puis, contemplons ces oiseaux qui viennent nicher car dimanche passé, ils dévoraient les graines semées au bord du chemin, mais aujourd’hui, ils prennent place dans l’arbre évangélique : n’est-ce pas un autre miracle de la miséricorde ? Ou encore, le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine… Quelle générosité, quelle puissance de transformation démesurée, sans compter, que d’après les commentateurs, les 3 mesures oscillent entre 45 et 3x45 litres de farine, autant dire : de quoi nourrir tout un village !

Voilà : c’est dans cette confiance qu’il nous faut aller de l’avant tant il est vrai que l’avenir peut paraître sombre. Notre monde, en effet, est-il en passe de basculer vers la barbarie ? Monuments historiques qu’on taggue ou déboulonne, églises brûlées, hommes qu’on laisse mourir en pleine mer, bébés que l’on veut arracher par morceaux du ventre de leurs mamans pour les faire sortir par un orifice de 2 cm de diamètre… Si l’ivraie a pris de telles proportions, cela signifie-t-il que la moisson soit toute proche, lorsque le Fils de l’homme enverra ses anges pour enlever du Royaume tous les scandales et tous ceux qui font l’iniquité ?

Ce mardi 21 juillet, le ministre de l’Intérieur, Mr De Crem, nous demande de faire sonner les cloches à 10h00 pendant 3 minutes, « en hommage – je cite – aux victimes du Covid-19 et pour marquer notre estime au personnel soignant ». Bien sûr, nous le ferons. Ce sera un son de cloche solennel, à la manière d’un Te Deum. Mais, je reconnais qu’au regard de l’état global de notre société, il aura aussi, à l’intérieur, un son de glas. Et je ne pourrais m’empêcher de penser à ces mots tirés d’un sermon de John Donne, poète anglais du XVIIe siècle, exprimant si bien notre devoir de solidarité à l’égard de toute humanité.

« Si une parcelle de terrain est emportée par la Mer, l’Europe en est lésée, tout de même que s’il s’agissait d’un Promontoire, tout de même que s’il s’agissait du Manoir de tes amis ou du tien propre ; la mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du Genre Humain. Ainsi donc, n’envoie jamais demander : pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi[1] ».

[1] Cité en incipit du roman d’E. Hemingway, Pour qui sonne le glas, Gallimard (1961 pour la traduction française).

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