2E DIMANCHE DE L'AVENT | P. Charles Delhez | 06/12/2020

Mis à jour : 8 déc. 2020

Renouvelez vous !


L’actualité des textes d’aujourd’hui est criante ! Je ne sais si le monde a jamais été idéal, mais ce n’est certainement pas la première fois qu’il ne va pas bien ! Ambiance de morosité, de désespérance parfois, temps difficile pour la jeunesse, cette étape où tout semble possible, mais qui aujourd’hui est bien confinée.

Tant de voix s’élèvent depuis des années pour crier « casse-cou ». On parle d’effondrement. Certains ne donnent pas cher de l’avenir de notre civilisation ni même de notre humanité. Et cette crise de la pandémie survient comme une répétition générale des temps difficiles qui nous attendent.

Et voilà Jean Baptiste qui entre en scène. Il clame : Préparez ! Saint Marc le décrit dans un accoutrement semblable à celui d’Elie, prophète de crise au 9e siècle av. J.-C. Il fait entendre son message en prenant Isaïe comme grille de lecture. Ce « Deuxième Isaïe », comme on le nomme, prêche à Babylone où le peuple est exilé suite à ses fautes. L’espoir renaît, l’édit de Cyrus (538 av. J.-C.) va permettre le retour, le renouvellement de toutes choses. Écoutons le premier chapitre du Livre de la Consolation.

Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. […]

Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! (Isaïe 40, 1-5)

Quelles sont donc ces montagnes à abaisser ? Notre orgueil, bien sûr. Mais il y a encore, dans notre vie, tant de collines inutiles qui nous empêchent de voir l’horizon. A un niveau plus large, notre civilisation qui tourne à la vitesse de la finance et de la consommation, épuisant ses propres ressources et déséquilibrant son écosystème. On connaît la litanie. On la récite souvent, étant nous-mêmes à la fois victimes et complices. Et quels sont donc les ravins à combler, quelles sont béances que nous entretenons ? N’y a-t-il pas aujourd’hui comme un nihilisme qui plane, un scepticisme généralisé, tant individuel que sociétal ?

Jean Baptiste nous invite à prendre distance. Lui-même l’a fait de manière assez radicale. Il ne pouvait plus cautionner le système politico-religieux du Temple, lui qui était pourtant de famille sacerdotale. Il renonce à l’ensemble rituel des sacrifices et autres obligations pour inviter chacun à revenir vers lui-même, à se renouveler, à retrouver l’essentiel.

Jean était de la race des prophètes, de ceux qui sentent leur époque, en perçoivent les malaises et en devinent les possibilités de renouveau. Il était du côté de la nouveauté, même si on ne pouvait encore la voir. Lui, il la devinait déjà. Il y a des moments où il faut savoir rompre. Ce sont des gens comme lui qui permettent à notre humanité d’avancer.

Toute la Judée venait à lui, dans les plaines du Jourdain plutôt que sur le mont du Temple. Ils entendaient chez lui un langage vrai, une exigence salutaire. Aujourd’hui encore, des prophètes, croyants ou non, font écho à cette voix. On perçoit en effet très bien qu’est occupée à naître toute une mouvance qui désire prendre une autre direction. Notamment, dans la jeune génération : alors que tant sont emportés par les flots qui ne mènent nulle part, d’autres opèrent une rupture, s’interrogent, se questionnent et interpellent. Ils peinent parfois à trouver leur propre cohérence, mais ils se sont mis en route, comme les habitants de Judée et de Jérusalem. N’est-il pas urgent que nous fassions nous aussi un détour par le désert ?

Si le Baptiste peut se permettre d’inviter à la conversion, au changement de cap, c’est parce qu’il est habité, malgré ses apparences austères, par une espérance, ce « désespoir surmonté », comme disait Bernanos, cette « passion pour le possible », selon Kierkegaard. Écoutons encore Isaïe.

Dis aux villes de Juda :

« Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! […] Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent. (Isaïe 40, 10-11)

Très bien ! Mais c’est pour quand ? Je recevais cette semaine un mail d’une jeune bien éveillée. Elle faisait allusion à mon homélie de la semaine dernière où j’invitais à voir dans les difficultés présentes des douleurs d’enfantement. Je la cite :

En tant qu'historienne, je ne peux que déplorer la longueur des « douleurs d'enfantement », qui me semblent sans fin. Quelle est la place pour l'espérance dans un monde qui paraît stagner ? Y a-t-il un sens à l'histoire humaine ? Où trouver une place pour Dieu dans la marche sans fin d'événements bruts ? Quel est le sens des crises actuelles (économiques, sociales, écologiques, politiques — globalisées), ou du moins, comment puis-je y répondre à ma manière, en m'engageant dans l'espérance ?

Magnifique introduction à la lettre de Pierre qui réagit à l’impatience des premières communautés :

Un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. (2 P 3, 8-9)

Dieu patiente, c’est nous qui traînons !

En voilà assez, j’espère, pour nous remettre en route. Préparons ce « Noël autrement » de 2020 qui se profile. Qu’il soit comme un avant-goût de ce que nous espérons pour un futur pas trop lointain ! Rappelons-nous que nous avons déjà été baptisés dans l’Esprit Saint.

Charles Delhez sj



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