20ème dimanche du Temps Ordinaire | 14/08/2022 | P.Damien Desquesnes.


Dimanche dernier, nous avons médité la figure d’Abraham. Nous avons vu que sa foi est un acte personnel, qu’elle le relie au Dieu vivant, le Dieu qui crée et qui ressuscite. Par la foi, en effet, Dieu n’est pas connu comme une chose, mais comme quelqu’un : « Je crois en toi, Seigneur, comme celui qui est à la racine de mon existence. À qui irai-je ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Tout cela est beau et juste !


Mais l’Évangile que nous venons d’entendre veut nous prémunir de toute naïveté. Cette relation de foi, si nette, si droite, si engageante, n’est pas sans affecter nos relations avec les autres. Nous l’avons entendu, le Seigneur tient des propos extrêmes : il n’est pas venu mettre la paix, mais la division. De telles paroles sont étonnantes d’autant plus qu’elles concernent nos relations familiales. Pour comprendre cela, il faut se demander ce qu’il se passe lorsqu’un homme met sa foi dans le Christ.


La foi, on l’a dit, est un lien vital. Et ce lien va relativiser les autres liens que l’homme noue avec les membres des groupes auxquels il appartient. La nation, par exemple, mais en premier lieu la famille, parce que c’est là que nous entretenons nos liens les plus vitaux ! Inconsciemment, les liens familiaux se sentent bien en-dessous de la foi. La famille perçoit que celui qui met sa foi dans le Christ lui échappe et elle n’aime pas forcément cela. L’homme qui croit appartient au Seigneur avant tout. Jésus parlait dans un contexte où les liens familiaux était déterminants pour la vie des personnes, voire enfermants. Il prendra d’ailleurs ses distances par rapport à de tels liens. Il attendra la mort de Joseph avant d’annoncer le Royaume ; il appelle sa mère « femme » ; mais c’est vis-à-vis ses frères qu’il prend le plus de soins à garder son indépendance…


Quand il apprend que ceux-ci se rendent à Jérusalem pour la fête, Jésus diffère son départ pour la ville sainte. Parmi ceux qu’il choisit comme apôtres, presque aucun n’appartient à son milieu d’origine. Et n’oublions pas qu’en devenant croyant, Abraham quitta son pays et sa parenté. Il ne la renia pas, mais il la quitta pour que sa vocation s’épanouisse et pour plaire à Dieu par sa foi. Frères et sœurs, ne pensez pas qu’il faille choisir entre sa foi ou sa famille. La plupart du temps, il convient de garder les deux, même si parfois cela n’est pas sans certaines tensions. Il importe cependant de découvrir que la foi est un élément fondamental de la liberté intérieure. Elle va permettre de relativiser les conditionnements de la nature, de la culture et de la société. Elle nous aide à être vraiment nous-mêmes en nous mettant en présence de Dieu. Je sais qu’il y a des parents parmi nous. Beaucoup d’entre vous, chers parents, ont à cœur d’apprendre à prier à leurs enfants. C’est ainsi que vous favorisez cette liberté intérieure, cette consistance personnelle et ce caractère qui cherche à préférer la volonté du Seigneur. Cet aspect de l’éducation est très louable. Mais quel risque aussi ! En effet, il faudrait accepter que la foi fasse faire à vos enfants un choix pour Dieu qui vous surprendra. Vous l’accepterez d’autant plus facilement que vous-mêmes vous voulez appartenir au Seigneur. Je sais aussi qu’il y a des jeunes parmi nous. Permettez-moi de vous adresser quelques mots. Sachez que je vous les dis parce que je vous aime bien et que j’ai été moi-même jeune il y a quelques années…


À l’âge qui est le vôtre, il arrive qu’on rue dans les brancards de ses parents. Arrangez-vous avec eux, mais ne prenez pas comme excuse ce que dit Jésus dans l’Évangile. Je vous ai parlé de liberté intérieure ! Or il est important que cette liberté grandisse et s’affermisse en vous. C’est d’autant plus nécessaire que vivre en cohérence avec soi-même et avec sa foi est quelque chose de coûteux et que l’on n’est pas prêt à en payer le prix tout de suite. Je prie donc pour que vous viviez de plus en plus selon cet esprit de foi qui soutiendra votre liberté intérieure. Et laissez moi et laissez-moi vous donner quelques conseils pour progresser dans cette direction.


Le premier, c’est la prière. Le deuxième consiste à poser au quotidien de petits gestes d’amour et de générosité que vous accomplirez parce qu’ils plaisent au Seigneur. Le troisième, c’est, dans la mesure de vos capacités, de rechercher une certaine compréhension de la foi. Cela vous aidera à mûrir et à être des hommes authentiques, d’abord pour votre joie, ensuite pour celle de l’humanité et de l’Église, et aussi pour vos parents.


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