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Homélie pour le 16E dimanche du Temps ordinaire | 23/07/2023 - Année A | P. Damien Desquesne

Dernière mise à jour : 29 juil. 2023


Dimanche dernier, je vous avais parlé de la clé qui permet de comprendre les paraboles du Royaume. De fait, ce n’est pas sans effort qu’on en saisit le sens ou qu’on voit le Royaume de déployer dans nos vies. Cet effort, le Christ l’accompagne. Dans le passage que nous venons d’entendre, il explique lui-même la signification des images qu’il utilise dans la parabole du bon grain et de l’ivraie. Nous avons là un fait étonnant : l’Évangile de ce dimanche contient son propre commentaire. En toute justice, j’aurais le droit de m’arrêter. En effet, qu’ajouter à la parole de Jésus ?


Oui, je m’arrêterai ! Mais pas sans vous recommander d’écouter Jésus… On ne sait bien sûr rien de sa voix ni de son timbre. Ce qu’on sait, par contre, c’est que la parole du Christ a immédiatement frappé ses contemporains par son autorité. Quand le Seigneur adressait un appel, personne ne pouvait être indifférent. Lors de la tempête sur le lac de Tibériade, Jésus s’était dressé dans la barque et il commandait au vent et à la la mer. Les foules venaient nombreuses pour l’entendre ; et on dit qu’elles l’écoutaient avec plaisir. Quand il fut invité chez les deux sœurs, Marthe et Marie, cette dernière restait assise à ses pieds à se rassasier de ses paroles. Et malgré tout l’empressement de Marthe à le recevoir dignement, Jésus lui dit que Marie avait choisi la meilleure place et qu’on ne pouvait la lui enlever.


Moi-même, j’aurais aimé entendre le Seigneur répliquer aux pièges des docteurs ; j’aurais aimé le voir renverser leurs étroitesses d’esprit bien souvent d’une simple phrase. Tout le monde a en mémoire celles-ci : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ou encore : « Que celui qui est sans péché, qu’il jette la première pierre. »


Je voudrais malgré tout ajouter ceci : dans quinze jours, quand nous fêterons la Transfiguration, ce moment se terminera par le retentissement d’une voix venant du Ciel : « Celuici est mon Fils bien aimé, écoutez-le ! » L’écoute est ainsi l’objet d’un commandement ; Dieu luimême veut que nous écoutions celui qu’Il a envoyé. Si l’écoute est l’objet d’un commandement, c’est pour que celle-ci ne soit pas d’un moment, mais — comme je vous l’ai dit dimanche dernier — pour qu’elle soit sérieuse et obéissante.


Mais ne restons pas à l’impression de pénibilité que le commandement évoque en nous. Il faut savoir que si nous nous appliquons à l’écoute de Jésus, le goût de ses paroles se forme en nous. À la longue, l’effort diminue ; le fardeau s’allège pour faire place au plaisir d’écouter. Pour finir, l’écoute deviendra une habitude. Nous ferons l’expérience qu’elle donnera de la consistance à nos vies, qu’elle nous recréera.


Nous savourerons l’écoute et nous aurons besoin d’écouter ! Nous avons en effet à être des fils du Royaume et pour cela à grandir au milieu de l’ivraie. Ce peut être une épreuve que de voir notre marche risquer d’être entravée, alors que nous courions si bien… Cela peut nous faire désespérer de la cause du Royaume. Nous avons en effet à porter un fardeau que le Christ n’a pas voulu mettre sur nos épaules : l’ivraie ne devrait pas être là et pourtant elle est là. Et le Christ nous apprend que nous ferions pire que mieux en l’arrachant. Il nous faudra « faire avec » tant que dure ce monde.


Mais l’écoute de la parole de Jésus nous consolera, car cette parole possède une ampleur et une pénétration que nous n’avons pas en propre. Le Seigneur nous révèle que le ciel et la terre passeront — l’ivraie aussi — mais pas le fruit de l’écoute. C’est lui qui, en nous parlant, nous permettra de réaliser la force qui habite le Royaume, une force telle que rien n’empêche sa croissance, de la même manière que le levain fait lever toute la pâte.

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