Dimanche de la Sainte Trinité I P. Sébastien Dehorter I 30/05/2021




La fête de ce dimanche nous conduit au mystère, au silence, à méditer dans notre cœur comme dit Moïse à Israël. Elle nous invite à nous interroger : Qui est Dieu ? Quelle est son identité ? Sa personnalité profonde ? Comme le dit saint Augustin : « quand je dis que je t’aime, qui est-ce que j’aime, Seigneur ? ». Face à ces questions, viennent souvent deux réactions communes : 1) On n’en sait rien ! 2) À quoi ça sert de se poser ce genre de question ? À bien y réfléchir, la seconde réaction – marquée par la mentalité utilitariste et technicienne de notre époque – est un manque d’amour. Car c’est précisément l’amour qui nous fait poser ce genre de question : « au fond, qui es-tu ? Parle-moi de toi… je veux savoir ! » Aimer en effet, c’est révéler l’autre, lui permette qu’il s’exprime, qu’il se manifeste, qu’il nous dise qui il est au plus intime. Ne passons donc pas trop vite à côté de la fête d’aujourd’hui. De plus, si Dieu est, comme nous le croyons, la source de tout l’être, alors son identité marquera certainement le fond des choses et du monde. Ce n’est pas la même chose de dire que Dieu est Tout-Autre, Tout-inconnaissable, Chaos, Fatalité aveugle ou Néant que de dire qu’il est Amour. Quant à la première réaction, elle oublie le fait qu’en réalité le Dieu de la Bible est un Dieu qui s’est fait connaître lui-même. Comme l’a rappelé la première lecture, il parle, il agit, il enseigne, au dehors de nous mais aussi à l’intérieur de nous, par son Esprit qui habite en nous. Ainsi la question « qui est Dieu ? » n’est pas vaine, une réponse peut être apportée.


L’évangile nous l’a rappelé : c’est à travers l’expérience du baptême que nous sont transmises la foi et la configuration au Dieu Trinité. Or, je me suis rendu compte que dans les prochaines semaines, j’allais baptiser trois enfants dont les parents avaient, chacun de manière unique mais néanmoins très forte, fait une expérience de la fragilité de la Vie et, à travers cela, une vraie expérience de Dieu.


1. Les parents du premier, baptisé samedi passé, désiraient un enfant depuis pas mal de temps. Or voilà qu’au premier janvier, ils festoyaient gaiment avec plusieurs amis et, pour acclamer l’an neuf, avaient mis un pied dehors sur un petit balcon attenant à la pièce de réception. En réalité ce balcon n’en était pas un et lorsque le mari mit son pied dehors pour rejoindre le groupe d’une dizaine de personnes bien serrées, la petite plateforme cédant sous le poids, entraînant dans sa chute les invités avec leurs belles cravates et leurs talons aiguilles, leurs bouteilles et leur verres vides. Heureusement que la pièce où ils se trouvaient, située à une dizaine de mètres au-dessus du sol, surplombait une avancée de la maison de sorte que ce fut un toit plat orné d’un oculus de plexiglas qui les réceptionna tous et malgré la violence de la chute et la mêlée des corps, il n’y eut que de légères contusions. Tandis qu’une ambulance les conduisait aux urgences, la jeune femme se fit cette réflexion : « voilà une année qui commence bien ! » (Quelqu’un veille sur nous). Quelques semaines plus tard, elle était enceinte ! Car cette expérience l’avait aidé à prendre conscience que la Vie était profondément un don gratuit, immérité et donc que pour accueillir la Vie il fallait peut-être commencer par lâcher prise et ne pas chercher à toujours tout contrôler comme elle reconnut qu’elle le faisait. Au fond, à travers cet évènement, ce jeune couple a sans doute fait une rencontre avec la personne de l’Esprit, qui est la Personne-Don de la Sainte Trinité. Pour rencontrer ce Dieu-là, source de la Vie, il faut avoir un cœur de pauvre et les mains ouvertes.


2. Le baptisé de la semaine prochaine, quant à lui, a eu la mauvaise idée de faire des galipettes lorsqu’il était dans le ventre de sa mère de sorte que le cordon ombilical fut noué autour de son cou… Pendant l’accouchement, à chaque contraction, son petit cœur battait la chamade et menaçait de rompre, à chaque décontraction, la vie reprenait, sans que les médecins comprennent immédiatement ce qui était en train de se passer. Et pourtant, il finit par sortir, bien vivant et sans séquelle. « C’est un miracle » m’ont annoncé d’emblée ses parents. Sans doute ont-ils fait l’expérience que la Vie est un miracle ; on pourrait dire également un mystère, qu’elle a une origine qui nous dépasse et que parfois il y a comme une main mystérieuse qui la protège jalousement. Ce faisant, ils ont rencontré la personne du Père, comme origine de toute chose, une origine un peu mystérieuse, étonnante, surprenante, miraculeuse. En réalité, chacune de nos vies est un miracle qui nous conduit à reconnaître le Père, Créateur de tout bien et de toute vie.


3. Le troisième enfant vécut une aventure d’une troisième sorte : à peine né, la joie de la naissance étant à peine retombée, c’est l’angoisse qui prit la place car une mauvaise bronchiolite résistait à tout traitement et déjà la vie semblait quitter lentement le bébé qui, impuissant, regardait ses parents, tout aussi désemparés, avec ses grands yeux interrogateurs : « Que se passe-t-il ? Pourquoi ? » Et pourtant, sans véritable explication, la Vie a fini par triompher et le voilà relancé pour une belle aventure. La question demeure : « Pourquoi ? Pour quoi ? Que va devenir cet enfant ? A-t-il donc une mission à jouer sur terre pour avoir ainsi échappé à la maladie ? » Peut-être qu’à travers ces questions, c’est à une rencontre avec le Fils, le Verbe de Dieu, la Parole du Père, qu’ont été conduits ses parents. Ils ont repris conscience que toute vie est une mission, comme Jésus nous l’a montré et enseigné, et que si chacun de nous est ici-bas, ce n’est pas en vain. Toute vie a un sens, soutenue par la Parole de Dieu qui l’éclaire.


Ainsi, le miracle de la Vie nous renvoie à son mystère, et par-là, à la personne du Père, source et origine mystérieuse de tout vie ; le sens de cette Vie nous conduit à puiser dans les mystères de la vie du Christ, la Parole éternelle du Père, une lumière capable d’en éclairer chaque détour ; le don de cette Vie, à reconnaître dans la personne de l’Esprit, la Personne Don, le Dieu d’Amour.


Contempler l’être trinitaire du Dieu unique, c’est laisser peu à peu le fond de notre propre être, façonné à son image, retrouver sa vocation première.

Contempler l’être trinitaire du Dieu unique, c’est laisser peu à peu le fond de notre propre être, façonné à son image, retrouver sa vocation première. Une personne qui prie le Père sera une personne profondément respectueuse, saisie par le sens du mystère et de la transcendance, présent en chacun. Une personne qui prie le Fils sera ultimement une personne optimiste, confiante en la guidance de la Parole de Dieu, envoyée, elle aussi, en mission à la suite du Verbe. Une personne qui prie le Fils sera une personne joyeuse, les mains ouvertes et le cœur pauvre pour recevoir l’Amour-Don de Dieu, source de toute joie. Que le Seigneur nous donne de vivre notre si belle vocation d’enfant de Dieu. Amen.



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