Faire la paix avec les bêtes sauvages | 1er dimanche de Carême | p Damien 21/02/2021


Chaque premier dimanche de carême, nous entendons l’Évangile relater le séjour du Seigneur au désert. Jésus vient de quitter les rives du Jourdain ; il a été baptisé, entouré de la foule ; l’Esprit Saint est descendu sur lui aux yeux de tous.

Le voilà soudain arraché à la compagnie des hommes pour une quarantaine de solitude. Notons tout d’abord ce paradoxe : les Évangiles nous parlent d’un événement de la vie de Jésus qui n’a pas eu de témoins. Voilà pourquoi saint Marc reste pudique. Il ne détaille pas en effet les tentations auxquelles Jésus fut soumis. Deux versets lui suffisent pour dépeindre ce temps. Alors, quand on a plus d’éléments, il faut exploiter ceux-ci au maximum.


Saint Marc dit que l’Esprit pousse Jésus au désert et qu’au désert Il connut la tentation : il a été mis à l’épreuve par Satan. « L’Esprit poussa Jésus »… Pardon ! Il aurait fallu dire : « il l’expulsa » ; il le jeta dehors comme on met un intrus hors de chez soi. Quelle violence ! Dès le commencement de son ministère, avant même de parler, Jésus a été précipité dans la guerre. Il n’eut pour ainsi dire pas le choix ! Chez nous, d’habitude, nous avons de la peine à discerner les mouvements de l’Esprit. Il faut pour cela du calme et de la finesse. Ici, l’Esprit impose sa volonté. Jésus est emporté par la puissance de son inspiration.

Reconnaissons-le, nous ne sommes pas habitués à ce genre de procédé, surtout de la part d’un Dieu qu’on dit tendre et miséricordieux, surtout quand l’objectif est justement d’envoyer Jésus là où l’on sait qu’il sera soumis à la tentation.

Mais cela nous étonne moins quand nous savons qu’il y a eu un précédent. En effet, il y a une autre expulsion : celle d’Adam et Ève hors du Paradis… Ils en furent chassés comme Jésus fut poussé au désert par l’Esprit.

Comment ne pas avoir une similitude entre les deux événements ? Comment ne pas admettre qu’en dehors du Paradis, c’est la peine, le désert, l’errance et les larmes ? Comment ne pas comprendre que le combat mené par Jésus – un combat spirituel contre Satan – n’est que la deuxième manche d’un combat dont nous avons perdu la première ? Comment enfin ne pas reconnaître dans ce Jésus servi par les anges et en paix avec les bêtes sauvages un Paradis retrouvé ?

Jésus a donc été poussé par l’Esprit au désert pour faire du désert un nouveau Paradis. Après avoir déjoué les suggestions du Tentateur, Jésus reçoit dès lors l’empire sur le monde visible et invisible. Tout en lui retrouve son ordre et sa juste place.

Cela nous éclaire sur le sens de la pénitence que nous vivons en ce temps de carême. Elle est à réaliser dans le même esprit que Jésus. Il s’agit de faire la paix avec les bêtes sauvages qui nous habitent, je veux dire nos passions. Ce sont elles que le démon excite pour que nous fassions le mal et pour nous avilir. En apprenant à les maîtriser, c’est nous qui jetons le Mauvais dehors de chez nous et qui lui fermons la porte. L’apôtre saint Jacques disait : « Résistez au démon, il s’enfuira loin de vous ». Ajoutons tout de suite : « Et la paix régnera en vous ! »

L’Évangile d’aujourd’hui ne nous dit pas explicitement que Jésus eut faim, mais on peut le supposer sans difficulté. Jésus jeûna donc et la stratégie qui vise à dominer les passions comprend le jeûne. C’est un aspect typique de la pénitence du carême. Pourquoi ? Parce que le péché de nos premiers parents fut de manger ce qu’il ne pouvait pas. Il pouvait manger de tous les arbres du jardin, mais ils ne sont pas parvenu à mettre une borne à leur appétit ; ils n’ont pas réussi à le ramener à sa juste mesure : ils ont transgressé en mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Nous-mêmes, nous n’aurons accès au Paradis que si l’appétit à l’égard de la nourriture ne revient pas à son équilibre. C’est ce que le jeûne vise à obtenir.

Permettez-moi de vous donner deux conseils à propos du jeûne que je vous encourage à pratiquer. Ce sont des conseils qui viennent de l’expérience de l’Église. Le premier, je l’ai trouvé chez le pape saint Léon : jeûner consiste à retrancher un peu de sa nourriture : un peu seulement, pas tout ! Le deuxième, c’est saint Isaac le Syrien qui nous le donne. Pour lui, jeûner consiste à manger à temps, c’est-à-dire à restreindre sa nourriture au temps fixé et rien en dehors, c’est-à-dire à se contenter d’une nourriture sans excès. Juste ce qu’il faut.

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