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Homélie pour la fête de la Pentecôte - Année A | 28/05/2023 | P.Damien Desquesnes.

Dernière mise à jour : 30 mai 2023


Aujourd’hui, nous faisons mémoire de l’effusion de l’Esprit sur la communauté des disciples, la première Église. Mais l’Esprit n’a pas commencé d’apparaître et d’agir à la Pentecôte. Il y a, dans l’Écriture, toute une histoire de l’action de l’Esprit dans le monde, une histoire qui commence avec la création. Cependant, comme je n’ai que quelques minutes, prenons le train en marche… Commençons cette histoire au moment où l’Esprit intervient dans la vie de Jésus. Dans bout à l’autre, l’existence terrestre de notre Seigneur est sous l’influence de l’Esprit. Le Verbe s’est fait chair dans le sein de la Vierge par l’Esprit Saint (Lc 1,35). Et, revêtu de la puissance de l’Esprit lors de son baptême, celui-ci chasse brutalement le Seigneur au désert pour être tenté par le diable (Mc 1,12). Enfin, la lettre aux Hébreux nous rappelle que Jésus s’est offert à Dieu, lors de sa mort sur la croix, poussé par un Esprit éternel (He 9,14). Ainsi, frères et sœurs, Jésus a vécu sous l’impulsion de l’Esprit, mais ce ne fut pas pour mener une vie confortable… Pour le réaliser, mettons-nous pour quelques instants dans la peau du Seigneur.


Vous le savez tous, il est de toute éternité dans le sein du Père ; il est son Fils unique : unique et bien-aimé ! La seule expérience que le Fils ait de la réalité, c’est celle-là : être aimé du Père. Il est comblé de cet amour et ne s’en lasse pas… Nous pouvons nous faire assez facilement une idée de sa consternation quand, poussé par l’Esprit, il vient en ce monde pour découvrir toute autre chose que l’amour du Père : la froideur dans les relations, la duplicité, la rivalité et la jalousie, la révolte, la désobéissance, l’endurcissement dans le mal, la mort… et chez les hommes les plus religieux, la non connaissance de Dieu (Jn 8,19).


Je ne dis pas qu’il n’y a pas de belles choses en ce monde ; je dis que le Fils de Dieu a fait l’expérience, chez nous, d’une réalité que le Père n’a pas voulu y mettre… Cependant, ne pensez pas qu’en découvrant cela, le Christ nous ait aimés à contre-cœur. Pas du tout ! Mais l’Esprit, qui possédait Jésus en son humanité, lui a permis de réaliser ce tour de force de vivre dans un monde pécheur tout en étant fidèle à Dieu. Et Jésus est allé jusqu’au bout du mouvement que l’Esprit imprimait à son existence, à tel point qu’à présent, c’est lui qui possède l’Esprit — l’Esprit du Père est tout autant l’Esprit du Christ — il peut le donner. « C’est là ce que vous voyez et entendez », dira Pierre le jour de la Pentecôte (Ac 2,33).


Ainsi, la résurrection marque le début d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’action de l’Esprit. Maintenant, c’est à nous d’être possédés par l’Esprit du Ressuscité. Et ce que l’Esprit a fait avec Jésus, il le fera aussi avec nous. Il a fait sortir le Fils éternel des profondeurs de Dieu pour le jeter dans les profondeurs du drame humain. À présent, il fait sortir les apôtres de la sécurité précaire du Cénacle pour qu’ils annoncent dans le monde le repentir en vue de la rémission des péchés (Lc 24,47). En suivant ce mouvement de l’Esprit jusqu’au bout, ils feront l’expérience que leurs noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10,20) et qu’ils entreront le moment venu dans les profondeurs de la vie divine.


Je voudrais terminer en revenant sur une expression que j’ai utilisée plus haut : l’Esprit possède Jésus ; depuis la Pentecôte, il possède l’Église. Cette expression n’est pas sans susciter quelque peur, car elle suggère que, possédé par un autre, nous perdions de notre liberté. Je n’ai pas le temps d’expliquer cela. Retenez pour le moment cette phrase de Paul : Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté (2 Co 3,17). Retenez également ce conseil : ne résistez pas à la motion de l’Esprit (voir Ac 7,51). Vous ne comprenez pas où il vous mène, ni comment il vous mène, mais ce qui importe c’est d’aller jusqu’au bout du mouvement qu’il imprime à nos vies.


Il est rare cependant que l’Esprit nous conduise comme si nous étions totalement aveugles. Habituellement, il lève un coin du voile à propos du plan de Dieu sur nous. Comment ? En nous faisant pressentir un bonheur qui n’est jamais monté à notre cœur, un bonheur qui est sa marque à lui, un bonheur qui est l’avant-goût de ce plein amour dont nous ferons l’expérience quand nous habiterons les profondeurs de Dieu (1 Co 2,9).

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