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Homélie pour la fête de l'Épiphanie | 7/01/2024 | P. Damien Desquesnes

Dernière mise à jour : 3 févr.



Quand l’Écriture parle des païens, c’est pour évoquer leurs abominations, leur débauches ou leur ivrognerie. Mais pas toujours ! Saint Paul, par exemple, quand il écrit aux Philippiens, leur recommande de faire leur tout ce qu’il y a d’honorable chez les païens, tout ce qui s’appelle vertu (Ph 4,8).

Les mages dont nous parle l’Évangile sont des païens et, s’ils sont venus jusqu’à Bethléem, c’est qu’il doit y avoir dans leur paganisme un élément positif que nous ne pouvons pas mettre de côté. Cet élément est une vérité qui n’est presque jamais dite tant elle est évidente, à savoir que rien n’est sans signification, que rien n’est le fruit du hasard, que le monde ne peut pas ne pas avoir de sens.

Aussi, quand les mages ont vu apparaître un astre nouveau, cela devait dire quelque chose. Éclairés par les prophéties d’Israël auxquelles ils avaient accès, ils ont chargé leurs dromadaires et ont quitté leur pays pour voir le Roi des Juifs qui venait de naître (Mt 2,2).


On peut être étonné de voir les mages risquer un tel voyage sur base d’éléments aussi minces : une étoile et quelques prophéties. Cela ne peut s’expliquer que par ce réflexe solidement ancré : rien n’est sans signification, comme je vous l’ai dit.

Les mages ont raison ! La pensée humaine ne peut accepter qu’il en soit autrement. Elle est faite pour accueillir et rechercher le sens de ce qui existe. Elle ne peut pas admettre le contraire, par exemple que tout serait le fruit du hasard. Elle ne peut l’admettre, car, quand elle se met à réfléchir, elle ne laisse justement rien au hasard.

Bienheureux hommes que les mages ! Ils étaient libres par rapport aux doutes, aux soupçons, aux complexes que l’homme d’aujourd’hui nourrit à l’égard de lui-même. Bien sûr, les mages n’étaient pas naïfs. Comme nous, ils étaient scandalisés par l’existence du mal, mais pas au point de se résigner à l’absurdité du monde.

Le temps des mages est révolu, frères et sœurs… Il nous faut porter la croix de notre époque et travailler à redonner à la pensée le droit de croire en elle-même pour croire en Dieu et ainsi le chercher résolument. S’il y a parmi vous l’un ou l’autre qui a quelque talent, je les encourage à rendre ce service d’humanité.


Sachez cependant que Dieu lui-même y travaille. Il y travaille avant nous et plus puissamment que nous. Souvenez-vous de cette parole de Jésus : « Nul ne peut venir à moi, si mon Père ne l’attire » (Jn 6,44). Oui ! C’est Dieu qui fait lever l’étoile. C’est lui qui suscite la curiosité de l’homme. Il l’a fait autrefois avec Moïse quand il lui apparut dans le Buisson ardent. Moïse fit un détour pour voir cet étrange spectacle (voir Ex 3,3). Comme au temps des mages, Dieu est capable d’allumer un astre nouveau dans le ciel pour le faire lever en nos cœurs (voir 2 P 1,19). Il est capable de parler à nos sens pour atteindre notre esprit, pour y allumer le désir et le goût de la vérité.


Mon vœu, frères et sœurs, c’est que vous soyez une étoile dans le ciel de Louvain-la-Neuve : que le Christ soit admiré en ceux qui croient (voir 2 Thessaloniciens 1,10). Il y a un tel vide de sens aujourd’hui que nos contemporains sont prêts à se précipiter là où ils peuvent en trouver un peu, même si ce sens n’est pas vrai. Soyez présents à vos frères en humanité pour que leur vie ne soit pas une nuit privée d’étoiles, sans repère. Et il n’y a rien à faire pour rayonner sinon être des hommes vrais, authentiques, des hommes et des femmes qui vivent en cohérence avec la foi qu’ils proclament.

En tout cas, l’Évangile de ce jour témoigne que la visite des mages n’est pas le fruit d’un quelconque militantisme.

Par contre, nous grandirons dans notre capacité de rayonner en nous arrêtant et en nous émerveillant de trois choses :

Tout d’abord, de la façon dont Dieu nous tend la main et nous attire à lui : par une étoile, par la beauté, par la grâce, par le désir qu’il fait naître et qui soulève nos énergies.

Ensuite, il est bon de s’émerveiller de la pureté et de la droiture qui gît au fond de l’esprit humain. Il n’admet pas que les choses soient sans signification parce que Dieu ne fait rien pour rien.

Enfin, nous pouvons aussi nous émerveiller de ce que l’homme lui-même n’est pas là pour rien. Le psaume ose dire en effet : « Je reconnais devant Toi l’être étonnant que je suis ; étonnante sont tes œuvres, toute mon âme le sait » Ps 139(138), 14.

Que cet émerveillement aboutisse à imiter le geste des mages : l’adoration… adoration à travers laquelle l’homme trouve la justice, la paix et la joie devant Celui qui l’a fait.

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