Homélie pour la fête de la Toussaint I p. Damien I 1/11/2021



Comme toujours, la fête de la Toussaint nous éveille aux liens que nous entretenons avec ceux qui nous précèdent au ciel. Ils ont marché sur la même terre que nous, mais ils sont déjà dans la Patrie. Plus près de Dieu, ils intercèdent en notre faveur. Saint Bernard ajoutait encore que les saints nous attendent. Ils savent qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père et ils aspirent à les voir occupées.


De fait, avec eux, nous sommes appelés à jouir de la vision de Dieu. Les saints sont la preuve vivante que cette destinée est accessibles. S’ils sont parvenus jusque-là, ce n’est ni par hasard, ni par accident, mais c’est parce que Dieu a tout disposé à cet effet. Depuis notre baptême, sa grâce œuvre pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence ».


Tout cela est vrai et beau ! Mais tout cela résonne aussi dans un contexte où nous sont rappelés les graves manquements de nombreux membres du clergé. La question suivante se pose tout naturellement : à quoi voit-on que la grâce fait faire à l’homme un progrès ? à quel signe reconnaît-on que telle personne marche résolument sur le chemin de la sainteté ?


Le théologien orthodoxe Olivier Clément disait que le saint est un pécheur conscient de l’être… Par conséquent, il n’est pas avant tout quelqu’un moralement meilleur qu’un autre, ni plus près de Dieu. Sa collection de vertus n’est sans doute pas plus impressionnante que celle de son prochain.


Paradoxalement, le saint mesure avec plus d’acuité combien il est loin de Dieu, alors qu’il fait tout pour s’en approcher. « Ceux que le Christ sauve, disait Newman, ce sont ceux qui sont les plus saints et qui se reconnaissent pour les plus grands pécheurs. »


Tout cela révèle la nature particulière de la souffrance des saints. Elle leur a fait couler des larmes ; elle a parfois pu les faire douter de leur salut. Et c’est pourquoi, beaucoup sont arrivés à la sainteté alors qu’ils portaient le poids d’une grande culpabilité, alors qu’ils ne pouvaient s’empêcher de tomber par surprise dans le petites choses.


Cela explique pourquoi les saints ont aimé s’approcher du sacrement de la pénitence. C’est là qu’ils ont avoué leur misère, mais c’est là aussi qu’ils ont pu faire l’expérience de la toute-puissance de la grâce. C’est en s’appuyant sur la fidélité de l’amour de Dieu qu’ils ont pu être élevé jusqu’à lui.


Je voudrais terminer en pointant encore ceci. Si les saints ont eu à cœur de s’accuser eux-mêmes, ils ont en même temps oublier d’accuser les autres. Pour cette raison, ils ne peuvent qu’être nos amis.


Quand nous considérons que notre vie est dans l’impasse, que nous avançons en tirant un boulet trop lourd, empêtrés par la culpabilité, les saints voient notre vie avec un regard plus large : ils ont plus d’espérance. Ils confessent que pour leur part, c’est la miséricorde qui a gagné. Ils nous rappellent que c’est en se tournant vers le Christ qu’ils ont eux-mêmes « été rendus purs comme lui-même est pur. »


Quelle belle amitié que celle qui se fonde dans le Christ ! une amitié qui ne veut que le bien et le bonheur de l’autre.

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