Homélie pour la fête de Saint-François | 2/10/2022 | P.Damien Desquesnes.


Nous connaissons saint François comme celui qui a embrassé Dame Pauvreté. Je relève ce matin un épisode moins connu de sa vie : sa rencontre avec le sultan d’Égypte à Damiette. La scène, évoquée sur la céramique à l’entrée de l’église, nous est racontée par saint Bonaventure, une grand figure de l’ordre fondé par François. Celui-ci fit un grand voyage en même temps qu’œuvre d’évangélisation. Sa mission n’eut cependant pas le succès escompté, sans doute à cause de la pression exercée par la croisade sur les populations locales. Mais François ne se départit pas de l’esprit de toute mission que le Seigneur lui-même avait tracé en envoyant ses disciples deux par deux : « Quand vous entrez dans une maison, dites ‘paix’ à cette maison.


S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui. » Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 11,25ss) permet justement de jeter quelques lumières sur la nature de l’évangélisation. Selon les mots mêmes de Jésus, l’annonce de la Bonne Nouvelle consiste à ce que l’homme connaisse le Père, à ce qu’il participe de sa vie. À cette annonce, nous avons certainement à collaborer, mais tout en sachant ceci : Jésus est le premier artisan de l’évangélisation, l’artisan indépassable. Pourquoi ? Parce que « personne ne connaît le Père sinon le Fils ». Lui seul peut nous apprendre comment connaître le Père, le connaître adéquatement, le connaître comme il doit être connu…


Ajoutons cette précision - peut-être difficile à entendre - à apporter à l’expression ‘artisan indépassable’ : cette connaissance du Père nous est partagée si le Fils le veut bien… Cela signifie que l’évangélisation dépend d’une liberté, d’une volonté qui nous échappe. Il y a sans doute de quoi décevoir ceux qui verraient l’évangélisation comme l’application d’une méthode rigoureuse que des gens bien formés mettraient efficacement en pratique. N’oublions pas non plus que l’évangélisation a pour objet des hommes qui exercent leur liberté… Ils connaîtront le Père s’ils le veulent bien eux aussi. Nous voilà donc, pour parler comme des mathématiciens, avec deux variables que nous ne pouvons ajouter. Ceci, frères et sœurs, nous amène à une conclusion : comme saint François, l’évangélisation ne peut se faire que désarmé ! On entend au loin encore une fois les consignes que le Seigneur adressait à ses disciples avant de les envoyer deux par deux : « Pas de tunique de rechange, pas de monnaie dans votre ceinture…


Quand vous entrez dans une maison, dites paix à cette maison ! » Ce qui veut dire, dans le contexte de l’époque : commencez par dire bonjour. On connaît aussi l’évangélisation des Galates. Paul leur rappelle dans sa lettre qu’il leur a annoncé la Bonne Nouvelle alors qu’il est arrivé chez eux malade. Son corps infirme provoquait le dégoût, mais quel succès ! Pourtant, c’est encore désarmé que l’Apôtre entreprend de ramener les Galates à l’Évangile après le passage de ceux qui leur réclamaient la circoncision ; c’est désarmé qu’il tente de rendre la paix aux esprits troublés par des idées qui ne s’adressent pas au cœur. Toujours est-il que Paul et François sont allés vers le païens de grand cœur ; je veux dire avec un cœur qui connaît le Père comme il doit être connu : connu comme Celui qui est à la racine de l’existence ; connu comme présent au plus intime d’eux-mêmes. Frères et sœurs, pourquoi avoir besoin d’armes si Dieu est ainsi présent ? Et si le sens de cette présence est constamment entretenu ? Pourquoi avoir peur de la rencontre de l’autre alors que nous vivons par un Autre ? Car quel que soit le chemin de l’évangélisation, celle-ci passera toujours par la rencontre : rencontre ouverte ; rencontre désintéressée ; rencontre qui amène l’autre à son propre cœur et qui en fait patiemment « un ami de la paix ».

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