Homélie pour la fête du baptême du Christ | p. Damien I 9/01/2022




Nous sommes à la fin du temps de Noël et la liturgie nous fait faire un bond de trente ans en à peine deux semaines. Il y a quinze jours, en effet, nous étions devant la crèche, maintenant nous sommes au Jourdain: le Seigneur va inaugurer son ministère. Ainsi le baptême est-il un moment charnière dans sa vie. Il est tout sauf anodin. Et pour deux raisons supplémentaires… Tout d’abord à cause de ce qui se passe pour Jésus: le ciel se déchire et le Saint-Esprit est répandu sur lui: il y a une manifestation solennelle de son identité de Fils de Dieu. Ensuite, parce que l’événement a lieu en présence de tout le peuple : tous sont là autour de Jean, attendant l’apparition du Messie promis.


Cependant je voudrais noter un détail que Luc est seul à mentionner: le fait que Jésus priait au moment où il était baptisé. La prière n’est pas un thème absent de l’Évangile. Elle fait l’objet d’un enseignement de la part du Seigneur. C’est lui qui nous a appris les mots du Pater. On se souvient, entre autre, de cette parabole de la veuve qui harcelait un juge sans justice. Elle avait fini par obtenir gain de cause grâce à son entêtement. À partir de cette histoire, Jésus incitait les siens à prier sans se décourager.


Mais avant tout, Jésus a donné l’exemple de sa propre prière. Celle-ci était longue (le Seigneur y passait quelquefois la nuit); solitaire; intense (comme à Gethsémani: «AbbaPère»). Les disciples ont dû être plus d’une fois impressionnés en voyant le Maître plongé en oraison. Ils ont été fascinés par cet entretien mystérieux et riche. Et ils ont eu cette conviction que ce qui faisait l’originalité de Jésus trouvait sa source et son explication dans cette attitude. On comprend qu’ils lui aient demandé: «Seigneur, apprends-nous à prier». Je ne vous donnerai pas aujourd’hui de conseil à propos de la prière si ce n’est ce qui suit. Si la prière vous paraît être quelque chose de sec, d’aride ou de particulièrement difficile, si l’attitude de Jésus vous semble impossible à reproduire, n’ayez aucun complexe.


Les disciples n’avaient pas de dons particuliers pour la prière: ils avoueront qu’ils «ne savent pas prier comme il faut». L’Évangile en effet les montre bien faibles: à Gethsémani, à ce moment où le Seigneur avait particulièrement besoin de leur aide, ils s’endormirent tous… incapables de veiller une petite heure. Souvenons-nous simplement de leur fascination qu’exerçait l’exemple de Jésus pour que nous-mêmes cultivions le désir de vivre ce dont il faisait l’expérience dans sa propre prière. Ce qu’il importe de retenir aujourd’hui, c’est que le don de l’Esprit et la prière sont liés; ils se correspondent; ils se complètent. Le passage que nous avons entendu le montre. Mais d’autres encore, comme celui-ci: saint Luc, dans les Actes, dit que dans les jours qui précédaient la Pentecôte, les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle, avec quelques femmes, et priaient dans l’attente de l’Esprit.


Ne pensons pas que la prière pèse sur Dieu au point de l’obliger à nous donner l’Esprit, ni que l’Esprit ne peut être donné si l’on ne prie pas. Retenons que la prière est un état d’esprit; elle creuse une mentalité ouverte à Dieu, à sa volonté. C’était celui de Jésus; il a voulu l’inculquer à ses disciples; et c’est encore celui de l’Église au long des âges. C’est pourquoi, si la prière ne faisait plus partie de la vie de l’Église, celle-ci serait contrainte de chercher ailleurs qu’en Dieu les sources de sa propre vie et de son action. Elle s’épuiserait; elle deviendrait mondaine; elle ne serait plus à la hauteur de l’Évangile; elle serait dépourvue de l’Esprit et de sa puissance. Que chacun donc prenne sa part pour cultiver cet état d’esprit sans se laisser rebuter par la difficulté.

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