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Homélie pour la vigile pascale | 08/04/2023 | P.Damien Desquesnes.



Qu’est-ce que la Pâque ? Pâque, c’est tout simplement un passage. La Pâque qui est l’expérience fondatrice de l’histoire d’Israël est le passage des Hébreux à travers la mer Rouge. Cependant, les lectures de cette Veillée sainte nous invitent à entendre la Pâque plus largement. En effet, la création est une sorte de Pâque avant la lettre. N’est-elle pas un passage du néant à l’existence ?


Il y a encore une troisième Pâque, celle de notre Seigneur. La résurrection du Christ est aussi un passage : passage de la mort à la vie, de l’humiliation à la gloire, d’une existence enfermée dans les limites de l’espace et du temps à une existence céleste où l’espace et le temps tiennent désormais dans sa main…


Ces trois Pâques sont au rendez-vous cette nuit ! Nous les remémorons les unes après les autres, car ensemble elles forment une même perspective. Toutes sont des œuvres de Dieu : quand Celui-ci agit, il « fait faire un passage ».


Si nous faisons mémoire de ces Pâques lors de cette nuit, c’est parce que les œuvres de Dieu ne sont pas arrêtées. Rappelez-vous que « l’œuvre de Dieu, comme le dit Jésus, c’est que vous croyiez en Celui qu’Il a envoyé » (Jn 6,29).


Il y a en effet une Pâque supplémentaire, une Pâque personnelle, celle qui consiste à passer de l’incrédulité à la foi. Nous avons tous à la faire pour entrer dans la Pâque de Jésus, pour être glorifié avec Lui et avoir part à sa résurrection. Le premier à avoir accompli cette Pâque pour lui-même, c’est Abraham. Il fut le premier croyant de l’histoire sainte. Et le sacrifice de son fils Isaac a été pour lui l’école d’une foi parfaite.


Frères et sœurs, la foi d’Abraham fut parfaite à un double titre… Tout d’abord, la foi Abraham fut parfaite parce qu’il s’est appuyé entièrement sur la Parole de Dieu, je veux dire l’appel à offrir Isaac. Le patriarche a reconnu la vérité dans cette Parole, alors que cet appel semblait contredire tout ce que Dieu lui avait promis et déjà accordé. Quel défi pour Abraham ! Comment croire en un Dieu dont la volonté paraît si capricieuse ?


C’est là que nous voyons un autre aspect de la perfection de la foi d’Abraham. Celle-ci ne devait pas s’arrêter à la réalisation matérielle ou immédiate des promesses de Dieu. Elle devait aller beaucoup plus loin ; c’est pourquoi le sacrifice d’Isaac ne pouvait pas être consommé. Déjà, dans le déchirement de son cœur, dans la stupéfaction de son esprit, Abraham voyait, par la foi, ce que l’incrédule ne voit pas. La lettre aux Hébreux dit que la foi d’Abraham était déjà une foi en la résurrection. Pour l’auteur de la lettre, Abraham ne se serait pas rendu avec autant d’assurance au lieu du sacrifice s’il n’était pas convaincu que Dieu serait capable de ressusciter les morts (He 11,19).


Frères et sœurs, Abraham fut le premier à mettre sa foi en Dieu. Sa foi fut parfaite — si intense qu’il marchait en présence de Dieu en dépit de ses faiblesses morales — et nous pouvons à bon droit l’appeler père des croyants : notre foi ne dépassera jamais la sienne ; elle devra toujours s’en inspirer.


Je pense vous avoir dit que nous ne croyons pas en Dieu simplement parce que sans lui la vie n’aurait pas de sens. Nous sommes appelés à croire comme Abraham. Je veux dire en un Dieu qui brille par l’exploit de sa puissance, par une action souveraine qui amène le monde dans sa gloire : Le Dieu auquel Abraham a cru est le Dieu qui appelle le néant à l’existence et qui donne la vie aux morts (Rm 4,17).


Depuis de longs mois, les cinq catéchumènes, qui sont avec nous en cette nuit pascale, ont grandi et la foi est née dans leur cœur. Maintenant ils ressemblent à Abraham. Ils sont prêts à vivre leur baptême comme une vraie Pâque. Nous-mêmes nous allons célébrer la résurrection en renouvelant notre passage de l’incroyance à la foi pour appartenir au Seigneur. Il le faut !


Quelle que soit notre histoire, notre état d’esprit, quel que soit notre état moral, quel que soit enfin l’état de l’Église et du monde, je vous demande d’aller à la source de la foi : la résurrection du Seigneur. La foi doit s’appuyer sur cet événement pour qu’elle ne dépende pas d’autre chose ! Et pour cela, il faut aussi fermer son oreille à ces voix pessimistes : « oui, c’est bien beau la résurrection, mais il y a cela qui ne va pas… » La bataille se joue dans notre esprit. N’ayons pas de complexe quand il s’agit de chanter la victoire du Christ sur la mort.





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