Homélie pour le 15ème dimanche du Temps ordinaire I p. Damien I 11/07/2021




Rappelez-vous l’Évangile de dimanche dernier. Les gens de Nazareth avaient été scandalisés lors de l’enseignement de Jésus dans leur synagogue. Ce n’est pas tant par le contenu de cet enseignement qu’ils avaient été choqués, mais plutôt par le personnage qu’il était devenu. En effet, quelques mois auparavant, Jésus avait quitté son village et, depuis, il s’était révélé. Des talents cachés s’étaient découverts. Jésus n’est plus l’homme que les Nazaréens avaient connu, celui qui occupait bien sagement son rang et prenait la parole à son tour.


Mais il y a peut-être encore un élément qui a contribué à ce scandale. Jésus en effet n’est plus revenu seul à Nazareth, mais accompagné par une troupe de disciples : des hommes qu’il avait choisis à l’extérieur du groupe des gens de son village. Il est fort probable que le scandale ait été aiguisé par un fond de jalousie.


Ces disciples – ces apôtres – ce sont eux que maintenant le Seigneur envoie. Et il les envoie pour fonder autre chose qu’une communauté corsetée par les liens familiaux et tribaux. C’est ce que nous sous-entendons quand nous parlons d’une Église apostolique.

Que dire au sujet de cette première mission ?


Tout d’abord, celle-ci reste petite. Pas la peine de s’encombrer ! Matthieu dit dans son Évangile qu’à ce moment, les apôtres n’ont été envoyés qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Ils auront une bonne chance d’être accueillis convenablement. Rien de tel pour affermir l’esprit missionnaire des apôtres que de commencer par de belles expériences.

Ensuite, cette mission n’a rien de très original ; les apôtres n’ont rien à inventer. Ils auront simplement à faire ce que Jésus fait habituellement : demander la conversion, chasser des démons et guérir les malades.


Enfin, nous voyons que les disciples ont été formés très rapidement. Quelques recommandations suffisent. Jésus n’avait pas éprouvé le besoin de multiplier les conseils. Il les connaissait ; il avait confiance en eux.


Vous le savez, la mission est une dimension de la vie de l’Église, mais la préoccupation missionnaire devient plus aiguë de nos jours.


En octobre prochain se tiendra à Bruxelles le Congrès Mission. Je vous encourage à y participer. Rien de tel que de côtoyer des hommes et des femmes qui ont le souci du rayonnement de l’Évangile dans notre pays. Je vous ai dit que les apôtres pouvaient compter sur la confiance que Jésus avait en eux ; nous-mêmes nous ne pourrons aller vers les périphéries – et on y est très vite – sans un certain état d’esprit : un cœur dilaté, une attitude dépourvue de complexe, mais sans arrogance, une paix rayonnante.


Je voudrais terminer en pointant un élément de la mission qui n’apparaît pas encore dans le passage que nous avons entendu, parce que Jésus n’est pas encore ressuscité.

Après l’Ascension, la mission aura une dimension « sacramentelle ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Il convient de réaliser que la mission ne consiste pas simplement à faire quelque chose, même si ce quelque chose est faire ce que Jésus a fait. La foi nous apprend que le Christ agira par la mains des apôtres ; il parlera par leur bouche. Saint Marc le dit à la fin de son Évangile : « Ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » (Mc 16,20)


Ce sera le gage de l’efficacité de la mission, car ce sera bien le Christ qui sera annoncé. En outre, cela révèle qu’une telle efficacité a pour prix l’union de l’apôtre au Christ.


À celui donc qui pense que la mission n’est pas pour lui, que la périphérie est trop loin, qu’il ne sent pas avoir les épaules pour cette aventure, je dis de ne pas avoir peur. La mission n’est pas du militantisme. Je rappelle encore, comme le disait en son temps le cardinal Danneels, que « être » est plus important que « faire ». Et quiconque se lancera dans le faire – s’il réfléchit sérieusement à son action – s’en rappellera vite. Il s’agit donc avant tout d’être quelqu’un, d’être quelqu’un que la vie avec le Christ a commencé de transformer, quelqu’un d’habité par un grand équilibre moral. Les apôtres n’ont pas connu d’autre formation que celle-là : formé au niveau de leur être ! Ils avaient d’abord été choisis pour être avec Lui – pour être ses compagnons – et ensuite pour les envoyer prêcher (Mc 3,14).

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