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Homélie pour le 19E dimanche du Temps ordinaire | 13/08/2023 - Année A | P. Damien Desquesne


Dimanche dernier, nous avons médité cette phrase de l’Évangile : « Ils ne virent plus personne sinon lui, Jésus seul ». Je vous avais dit que les témoins de la Transfiguration — Pierre, Jacques et Jean — durent se contenter Jésus seul. Et nous de même, si ce n’est que nous devons nous contenter de Jésus, mais sans le voir. Mais qu’importe si nous ne le voyons pas matériellement. Voir le Seigneur avec nos yeux de chair ne sert à rien s’il manque la foi.


Précisément, l’Évangile de ce jour nous permet creuser ce que veut dire croire. Pour Pierre, croire, c’est répondre à cet ordre de Jésus qui lui dit : « Viens ». Et Pierre a l’audace de descendre de la barque, puis de venir à Jésus en marchant sur l’eau comme si c’était de la terre ferme. Entendons-nous, pour Pierre comme pour nous, l’eau, c’est de l’eau, une masse liquide qui engloutit celui qui ne sait pas nager. Cependant, à cause de sa foi, Pierre marche bien sur l’eau parce qu’il s’appuie sur la Parole de Jésus comme sur la réalité la plus solide. Pierre ne pourra vérifier la solidité de cette Parole qu’en répondant à l’ordre de Jésus sans hésiter. Et ce n’est pas la seule expérience de Pierre. Rappelez-vous la pêche miraculeuse… Jésus lui avait demandé de jeter les filets encore une fois, alors que Pierre avait passé la nuit sans rien prendre : « sur ton ordre, je vais jeter les filets » (Lc 5,5). Et Pierre fut rempli d’effroi devant la quantité de poissons qu’il avait prise.


Remarquez que dans le domaine de la vie courante, nous faisons tout autrement que Pierre. Par exemple quand je vous dis que l’huile flotte sur l’eau, vous avez le droit de ne pas me croire — après tout, je ne suis pas un prix Nobel de physique — mais vous pouvez vérifier par vous-même si je dis vrai. En fait, Pierre a eu ce réflexe de prendre appui sur autre chose que la Parole de Jésus : quand le vent s’est levé, il a voulu mesurer la fermeté de l’eau. En cherchant d’autres sécurités que celle qu’offrait Jésus, sa foi a faibli ; il s’est mis à douter et donc à enfoncer. Mais remarquez aussi que la main du Seigneur a été assez solide et forte pour hisser Pierre et le ramener dans la barque.


En voyant Pierre et son comportement, nous voyons que croire, c’est obéir à la Parole de Jésus. Souvenons-nous du projet de l’apôtre Paul : prêcher l’obéissance de la foi parmi toutes les nations (Rm 1,5). Il le dit deux fois dans sa lettre aux Romains. Frères et sœurs, de temps en temps, je vous sors ce mot impopulaire d’obéissance. Pas seulement parce que vous le retiendrez, mais surtout parce qu’il n’y en a pas de meilleur pour parler de l’acte de foi. Croire en Jésus, c’est lui obéir du fond du cœur ; c’est vouloir que sa vie soit réglée sur la parole du Christ au point de refuser d’entendre d’autres voix que la sienne. Aborder ainsi la question de l’acte de foi peut nous refroidir. Nul n’aime obéir, renoncer à sa volonté propre pour se soumettre à celle d’un autre ; nul ne cherche spontanément à remettre son destin entre les mains d’autrui. D’autant plus que l’argument le plus fort pour nous convaincre de croire en Jésus est que Lui seul mérite qu’on croie en lui. Mais pour éviter d’être rebuté par la rudesse de l’obéissance, il convient que notre esprit s’ouvre à de plus larges perspectives…


La lettre aux Hébreux dit que le Christ est au principe de notre foi (He 12,2). C’est en effet en appelant Pierre qu’on peut dire que Jésus est à la base de la foi de l’apôtre. Mais la même lettre dit encore que le Christ mène cette foi à son achèvement. Quand il ordonne à Pierre de venir, ce n’était qu’un début. Et Pierre, par sa foi obéissante, alla vers Jésus, défiant ainsi toute prudence. Remarquez qu’ainsi, il put aller au-delà de lui-même. C’est cela que permet la foi obéissante. Cependant, aller au-delà de soi-même est trop peu… Par la foi, Pierre peut aller au-delà de tout, c’est-à-dire jusqu’à l’infini, jusqu’à Dieu lui-même ! Voilà ce qui rend raison à l’obéissance. Et sur cette possibilité, Jésus ne nous trompe point : « Viens », répète-t-il sans cesse, « viens tant que je ne t’ai pas amené au Père ».

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