Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent I P. Damien 28/11/2021




Frères et sœurs, le passage d’Évangile que nous venons d’entendre ressemble, à quelques détails près, à celui que nous avons entendu il y a deux semaines. Nous venons de commencer une nouvelle année liturgique et l’on dirait qu’on nous réchauffe les plats… Voilà une curieuse façon de procéder à nous qui aimons la variété. C’est l’occasion d’approfondir l’esprit qui conduit la liturgie.


On peut l’admettre sans peine du constat que nous venons de faire : la liturgie n’est pas à la remorque du dernier cri. C’est là une difficulté pour nos contemporains et sans doute pour nous-mêmes aussi… Le père Romano Guardini disait que la liturgie a quelque chose de semblable à l’ordre du cosmos, lequel accomplit sa révolution silencieusement, fidèlement, sans susciter l’émoi de personne. En ce moment, nous célébrons, comme le disait saint Bernard de Clairvaux, la mémoire solennelle de la venue du Seigneur ; et nous le faisons chaque année, quoi qu’il arrive, à la même saison, épousant ainsi le rythme auquel nos corps et nos psychologies sont habitués.


La liturgie est donc affaire de répétition. Elle a en effet son tempo : la semaine – le rythme du dimanche –, le jour – la prière des heures – et enfin le cycle des fêtes annuelles. Il est bon que nous marchions à ce pas, parce qu’il y a une réalité mystérieuse que nous ne pouvons « apprivoiser » que par la répétition. Nous vivons en effet dans le temps – le même pour tous les hommes – une temps qui s’écoule indifféremment, sans que nous puissions le retenir : chacun de ses instants meurt dès qu’il apparaît. La répétition introduit dans cet écoulement dépourvu de sens quelque chose de neuf. Le cycle de la liturgie enrichit le temps des hommes d’une réalité plus vaste – incorruptible – que le temps : la vie éternelle que le Christ nous donne en partage.


Certes, la vie des hommes est déjà faites d’alternances, mais le rythme de la liturgie s’en démarque en ceci : elle n’est pas contrainte par l’oscillation nécessaire entre le travail et le divertissement. Contrairement au travail, elle n’a pas d’utilité : elle est en ce sens gratuite. Cependant, contrairement au jeu, elle est sérieuse. Voilà qui rend difficile de justifier les répétitions de la liturgie en partant de l’homme.


En fait, on ne peut en rendre compte de cette manière, car in fine, le rythme liturgique est fondé par le Christ. C’est le Ressuscité qui enrichit le temps des hommes pour qu’en observant le cours de la liturgie ils entrent dans son mystère.

On le voit, il faut accepter cette lenteur. Nous qui voulons accélérer le temps ou qui courons après lui, il faut aller au pas du cycle de la liturgie… Cela faisait dire à Newman que l’esprit religieux est toujours calme et réfléchi.


Comment l’homme moderne – celui qui a inventé les horloges pour dominer le temps – peut-il se mettre avec moins de peine à l’école de la répétition que la liturgie lui impose ? Il suffit qu’il se considère avec un peu de lucidité. S’il veut sincèrement mettre tout en œuvre pour devenir meilleur et corriger ses défauts, il fera rapidement le constat que cela prend un temps désespérément long. Il ne fait que tomber pour ensuite se relever. Et cela se répète indéfiniment. Telle est l’oscillation qui pèse sur la nature blessée par le péché.

Un tel homme, je vous l’assure, aura moins de peine à voir dans le tempo de la liturgie un remède voulu par Dieu pour son salut.

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