Homélie pour le 25ème dimanche du Temps ordianire I p. Damien I 19/09/2021




Dimanche dernier, Jésus annonçait sa Passion pour la première fois. Pierre l’avait pris à part pour lui faire de vifs reproches. Et Jésus s’était retourné sur lui : « Passe derrière moi, Satan ! »

Jusqu’alors les disciples avaient expérimenté combien la parole de Jésus était pleine d’autorité à l’encontre des démons. Voilà que cette violence se déchaînait sur le premier des apôtres… Même Judas n’a pas eu droit à pareil traitement.


Les Douze ont vite compris que la Passion était un sujet sensible. Aussi, quand Jésus aborde une nouvelle fois le sujet, ils ont peur de l’interroger. Ils se taisent.


Ils gardent encore le silence quand Jésus leur demande de quoi ils discutaient en chemin. Ils sont en effet tout honteux d’avouer qu’ils cherchaient à savoir qui était le plus grand.

Deux fois donc, les apôtres n’osent pas parler : sur la Passion et à propos des relations qu’ils nourrissent entre eux.


C’est qu’il y a un lien entre la Passion et la vie de la communauté des disciples. L’esprit, la mentalité et le style de l’Église s’inspirent en effet de la Passion. Entre les deux, c’est la même charité, le même amour de bonté.


À l’inverse, le poison qui pollue la vie de l’Église, ce sont les querelles d’égo ; c’est le fait, comme le dit saint Jacques, de vivre selon l’élan de sa convoitise. En lui laissant libre cours, on finit par marcher sur les autres pour se hisser au-dessus d’eux. C’est cela le péché de vaine gloire. Il existe dans le monde et, malheureusement, on le rencontre dans l’Église. C’est la triste réalité, une réalité qui ne manque pas de ridicule aussi.


Mais il faut ajouter ce constat de l’expérience : on n’a jamais vu d’égo montrer de l’empressement à embrasser le sort du Crucifié. Ce qui remet les choses en place, ce qui redresse l’échelle de valeur, c’est la Croix, c’est la Passion…


Qu’on se souvienne de la demande de la mère des fils de Zébédée. Elle souhaitait que ceux-ci puissent s’asseoir à gauche et à droite du Seigneur lorsqu’il inaugurera son règne. Jésus s’était alors adressé à Jacques et Jean : « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » C’est-à-dire, pouvez-vous vous associer à la Passion ?


Saint Paul eut lui aussi à combattre ce poison que sont les querelles d’égo. On le voit par exemple dans la première lettre aux Corinthiens. Il le fait en se référant à la croix. Dans sa lettre aux Philippiens, il écrit : « N’accordez rien à l’esprit de parti ; rien à la vaine gloire ; mais que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi. » Et Paul ensuite de citer l’exemple du Christ et de son abaissement : abaissement dans l’Incarnation ; abaissement dans sa mort sur la Croix.


Cela ne veut pas dire qu’il n’y a personne qui ne soit revêtue d’une autorité dans l’Église, mais cette autorité est toujours à exercer en vue du bon ordre et non que celui qui la possède se mette en valeur. On sent combien l’abus de l’autorité – le cléricalisme – est quelque chose de blessant pour la conscience chrétienne ; cette attitude nourrit du ressentiment à l’égard des institutions que le Christ a lui-même fondées.


En regardant l’histoire, on trouve à chaque siècle la présence de tels abus, mais nous trouvons également que les premiers pères sont passés au pressoir de la croix. Ce fut ainsi le cas des apôtres ; ce fut encore le cas quand l’Église chercha à s’enraciner au milieu d’un peuple où d’une culture : les première générations eurent leur lot de martyrs. C’est de façon que dès le départ un esprit vraiment chrétien imprégna la communauté des croyants.


Terminons par cette conclusion. Pour que l’Église soit appelée « Charité des frères » comme le disait saint Ignace d’Antioche, pour que nous n’ayons pas – contrairement aux Douze – honte d’ouvrir la bouche, de sortir du silence pour rendre compte ensemble de l’espérance qui nous habite, osons mettre en pratique le conseil de Paul : estimer les autres supérieurs à soi. C’est là l’esprit de la Passion vécu dans le quotidien de l’Église.


Ce n’est jamais quelque chose de facile. Quand l’autre est plein de qualités, on peut manquer le but – la charité – en faisant un complexe ou en nourrissant une certaine jalousie. Quand les défauts du voisins sont patents, ce n’est pas moins simple…


Qu’on se rappelle que se considérer réellement comme petit n’est pas une voie malheureuse. Dieu en effet regarde toujours ce qui est humble. De la même manière, Jésus considère comme le plus grand cet enfant qu’il met au milieu des disciples : c’est vers lui que se focalise sa bonté.

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