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Homélie pour le 2E dimanche de l'Avent 4/12/2022 | P.Damien Desquesnes.


Pendant ces quatre semaines qui précèdent Noël, le Saint-Esprit forme en nous une mentalité tournée vers l’attente du Seigneur. Et comment le fait-il ? En évoquant des personnages qui l’ont précédé.


Aujourd’hui, l’Évangile met en avant Jean-Baptiste. Prenons un peu de temps ; arrêtonsnous pour le contempler. Jean est le fils du prêtre Zacharie ; sa mère s’appelle Élisabeth ; c’est une parente de Marie, la mère de Jésus, probablement une lointaine cousine. Zacharie et Élisabeth sont âgés tous les deux et ils n’ont pas d’enfant. Alors qu’à son tour il offrait l’encens dans le Temple à Jérusalem, l’ange Gabriel s’adresse à Zacharie pour lui annoncer la naissance d’un fils dans son foyer. Zacharie aura de la peine à recevoir le message de l’ange. Il restera muet jusqu’à la circoncision de l’enfant, mais la parole de l’ange s’accomplira. Et l’enfant portera le nom que Gabriel avait proposé — il s’appellera Jean (Lc 1,60) —, un nom que personne dans la famille de Zacharie n’avait porté auparavant, signifiant par là un destin hors du commun.



Jean ne sera pas prêtre ; il sera prophète. Et quel prophète ! C’est lui qui désignera l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Six mois plus tard, l’ange apparaît de nouveau, mais à une jeune fille cette fois, à une vierge appelée Marie. Celle-ci recevra l’annonce de l’ange dans un grand esprit de foi. Elle conçoit le Fils de Dieu ; c’est l’Incarnation. Dans la foulée, Marie se rend chez Élisabeth pour assister celle-ci dans les derniers mois de sa grossesse. Élisabeth témoigne qu’en accueillant Marie, l’enfant qu’elle portait tressaillit d’allégresse en son sein. Jean n’est pas encore né — il lui reste trois mois de gestation — et cependant il éprouve une joie qu’il qualifiera plus tard de parfaite. « Telle est ma joie, dit-il, et elle est complète » (Jn 3,29).


Il s’agit d’une joie que nous-mêmes, ni aucun homme, n’a goûtée avec autant d’intensité… Une joie que, dans sa noblesse d’âme, Jean n’a pas voulu mêler à d’autres joies, de toute façon imparfaites et momentanées. C’est pour cela qu’il part vivre au désert, qu’il se vêt de poils de chameau et se nourrit de sauterelles et de miel sauvage. Jean fut paradoxalement l’homme le plus heureux et le plus austère, cela pour ne pas corrompre la moindre miette de son bonheur d’avoir découvert le Christ. Ce sont à peu près les seuls éléments que nous connaissons de l’histoire de Jean. Ils nous indiquent cependant un trait de son caractère : Jean est un homme entier et radical. Sa voix sera une voix qui crie ; et rugissant dans le désert, elle est entendue par tous. C’est une voix qui demande à l’homme l’impossible : la conversion. Autrement dit, le Seigneur vient et c’est à vous de changer l’orientation de votre vie. Et Jean de sceller le désir de conversion par un geste : le baptême dans le Jourdain. L’entièreté du caractère de Jean se remarque encore quand s’approchent les Pharisiens et les Sadducéens. Il sent immédiatement leur hypocrisie ; il les insulte presque en les traitant d’engeance de vipères ; il les met en garde contre la sévérité du jugement à leur égard : bientôt, leur orgueil sera abattu.


Mais cette entièreté et cette radicalité ont aussi une conséquence sur la façon dont Jean voit celui qui vient derrière lui, le Christ. Il le voit en effet comme un personnage qui consumera l’histoire en un instant. Il déclare que le baptême qu’inaugurera Jésus sera un baptême dans l’Esprit Saint et dans le feu : le renouvellement de l’homme dans l’Esprit et le jugement semblent être confondus. Jean ne voit pas qu’entre les deux, il y a l’écart où se déploie la miséricorde et la patience de Dieu. Cela expliquera les doutes que Jean éprouvera quand Jésus déploiera son ministère : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Nous verrons cela dimanche prochain. Frères et sœurs, des hommes comme Jean Baptiste méritent d’être contemplés. Les âmes généreuses que vous êtes sauront reconnaître en lui son authenticité et trouver dans cette contemplation l’inspiration et l’énergie pour produire le fruit d’une conversion sincère. Mais reconnaissons également que Jean a quelque chose qui peut rebuter. Jean a en effet commencé par la joie parfaite pour finir dans l’austérité et l’ascèse la plus pure.


Avec ses contemporains, il semble s’y prendre tout autrement… Il a l’air de commencer par l’ascèse, par l’exigence de la conversion, mais l’horizon de la joie ne paraît pas. Ne vous laissez pas impressionner par les rudesses de Jean. L’expérience montre toujours que l’attachement à Jésus vient de la joie de l’avoir découvert ; et que la persévérance dans la foi est liée à la persistance au fond de nous-mêmes du souvenir de cette joie. Elle laisse dans le fond de l’âme une marque qui ne peut s’effacer. Et nous sentons bien que si d’aventure nous quittions le Seigneur, la promesse de la joie ne serait plus pour nous. Que la vie de Jean nous incite à faire du cas de cette joie, à croire en elle, à ne pas nous égarer en cherchant de la consolation dans des joies d’un moment. Jean montre en effet que la sobriété n’est pas tristesse, mais elle est ce qui laisse à la joie de connaître le Christ être notre seule joie, l’élan de notre vie.

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