Homélie pour le 2E Dimanche du Temps ordinaire | p. Damien I 16/01/2022



Saint Jean fait commencer le ministère de Jésus aux noces de Cana. Retenons cette phrase qui conclut le passage que nous venons d’entendre : « Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ». Qu’est-ce que cette gloire ? Qu’est-ce qui fut de nature à éblouir les disciples ? Car après tout le changement de l’eau en vin n’eut rien de spectaculaire…


Dans sa lettre aux Romains, Paul dit que le Christ est ressuscité par la gloire du Père (Rm 6,4). Ailleurs, il écrit que Jésus fut crucifié en raison de sa faiblesse, mais qu’il vit par la puissance de Dieu (2 Co 13,4). Gloire et puissance sont presque une seule et même chose dans l’Écriture. Ceci permet de dire que le ministère de Jésus fut une « œuvre de puissance ». Et cette œuvre culminera dans l’événement de la mort et de la résurrection du Seigneur. Cette puissance ne se restreint pas au seul ministère de Jésus. Elle caractérise également celui de Paul. Après son échec à Athènes, il écrit aux Corinthiens à propos du langage qu’il leur a tenu : « ma parole et mon message n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance » (1 Co 2,4).


Dans la lettre aux Colossiens, il dit qu’il se fatigue à lutter avec l’énergie de Dieu qui agit en lui avec puissance (Col 1,29). Enfin, aux Romains, il considère son Évangile comme une « force de Dieu pour le salut de tout croyant » (Rm 1,16). On le voit, la puissance est aussi une caractéristique intrinsèque de l’Évangile. Elle ne dépend pas des qualités de l’apôtre. Paul avouera lui-même que le trésor qu’il partage, il le porte dans une poterie sans valeur. Il parlait de lui… Je ne vous dis pas ces mots au hasard, mais à ce moment où il s’agit de décrire la perspective dans laquelle cette année nouvelle nous engage.


Un des événements qui fera date, c’est le Congrès mission qui aura lieu en mars prochain à Bruxelles. Certains parmi vous y prennent déjà une part active, mais je vous encourage à y participer nombreux. À l’heure actuelle, je ne peux en prédire les retombées concrètes, ni les initiatives qui seront prises. Mais dès maintenant, je voudrais pointer un état d’esprit à cultiver, un état d’esprit qui découle de ce que l’annonce de l’Évangile est une œuvre de puissance. Puisque l’Évangile possède une force, alors se vérifie pour lui ce qu’Isaïe disait à propos de la Parole de Dieu : « ma parole ne me reviendra pas sans résultat ». Il est sans doute trop tôt pour se demander comment annoncer l’Évangile, mais il faut garder en tête que celui-ci ne peut pas ne pas avoir de fruit…


Si l’Évangile porte du fruit, alors il est pour quelqu’un que nous ne connaissons pas encore : quelqu’un que nous n’avons pas encore rencontré, mais que le Christ a déjà l’intention de sauver…, quelqu’un qui en concevra une joie que peut-être nous n’avons plus goûtée depuis longtemps. En un mot, cet état d’esprit est une attitude foncièrement accueillante à l’œuvre de Dieu. Il correspond à cette définition de l’Église que donnait le Concile Vatican II: « signe et moyen de notre union avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »… tout le genre humain ! Que l’on n’aille pas seulement à l’Église pour sa dévotion personnelle, ni même pour y retrouver des gens qu’on aime bien ! Mais il faut y aller avec une place disponible pour celui que le Père attire à son Fils, je veux dire avec une mentalité capable de vraie rencontre.


Pour le dire autrement, avec cette conviction que l’œuvre du Saint-Esprit n’est pas encore terminée. Sans cesse, il agit pour que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2,4). À Cana, les disciples ont pu voir la gloire de Jésus. Cette gloire ne s’est pas encore éteinte. Ils ont pu y découvrir également cet état d’esprit dont je vous parlais, état d’esprit de foi, d’ouverture et de confiance qu’incarnaient les personnages en action dans le passage d’aujourd’hui : Marie qui savait que rien n’est pas impossible à Dieu, les serviteurs qui ont rempli d’eau les jarres par obéissance. Cet état d’esprit nous apprend que c’est à travers de simples actions que Dieu sauve le monde.

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