Homélie pour le jour de Pâques | 17/04/2022 | P.Damien Desquesnes.



Homélie pour le jour de Pâques (17 avril 2022) « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3,1) Frères et sœurs, l’Évangile de ce matin nous raconte la découverte du tombeau vide, mais la résurrection elle-même fut un événement qui n’a pas eu de témoin. Cependant, Paul, dans la première lecture, parle de l’actualité de la résurrection : le Christ est assis pour toujours à la droite de Dieu ; il a été exalté ; son monde est celui des « réalités d’en haut ».


De l’actualité de la résurrection, Paul en tire deux conséquences. La première est celle de la réalité de notre propre résurrection : « vous êtes ressuscités avec le Christ ». Plus loin : « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». Aux Éphésiens : « Dieu vous a fait asseoir aux cieux dans le Christ Jésus » (Ep 2,6) parce que vous « avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts » (Col 2,12). Pourquoi ces affirmations inouïes et si radicales ? Parce que depuis votre baptême, vous formez « un même être avec le Christ » (Rm 6,5) et que désormais « dans votre vie comme dans votre mort vous appartenez au Seigneur » (Rm 14,9). La deuxième conséquence est morale. Il s’agit de rechercher les réalités d’en haut (Col 3,1).


Il s’agit de faire tous les efforts nécessaires pour nous orienter et atteindre la résurrection. Voilà deux conséquences sur lesquelles il ne faut pas passer trop vite… J’insiste, frères et sœurs, sur le fait que la résurrection est l’événement le plus déterminant de notre vie. Il oriente de façon décisive nos pensées, nos jugements et nos actions. Il permet de faire de nos vies des vies données : « Offrez-vous à Dieu comme des vivants revenus de la mort » (Rm 3,13), si bien qu’au VIIe siècle, saint Isaac le Syrien dira : « Il n’y a qu’un seul péché : ne pas croire en la résurrection ». J’insiste encore sur le paradoxe suivant.


À entendre Paul, tout semble acquis - vous avez la foi, vous êtes baptisés, vous êtes ressuscités - et tout est encore à faire : rechercher les réalités d’en haut. C’est que la résurrection - si puissance soit-elle - ne nous transforme pas de façon magique : elle nous laisse avec nos mœurs, nos habitudes solidement ancrées. Oui ! La résurrection nous engage à un combat : celui contre la pesanteur de la matière. Toute la pénitence de ce carême visait à réduire cette pesanteur. Mais Pâques nous rappelle qu’on ne la combat jamais aussi bien qu’en regardant vers les hauteurs, qu’en fixant le soleil de la résurrection. C’est la méthode de Paul lui-même : « oubliant le passé », il s’élance « tendu de tout son être pour saisir » ce Christ qui veut lui partager sa propre résurrection et « afin de ressusciter d’entre les morts » (voir Ph 3,11-12).


Avec bon sens et psychologie, l’apôtre nous rappelle que nous sommes faits pour de grandes choses. Notre cœur ne se libère vraiment de la rumination du ressentiment, de la jalousie et de la tristesse qu’en s’attelant à faire entrer la lumière en lui. Or c’est précisément ce à quoi le Christ travaille : nous illuminer ! Il veut que nous éprouvions la puissance de sa résurrection, après avoir communié aux souffrances de sa Passion. Qu’elle entre en nous cette lumière ! Et notre cœur cessera d’être un tombeau, mais un foyer rayonnant d’amour.


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