Jésus, Roi-berger et Roi-capitaine | 34E dimanche | 20/11/2022 | P. Sébastien Dehort


La grâce de ce dimanche est d’accueillir et de confesser Jésus comme notre roi, le Christ est « roi de l’univers ! » Pourtant, quel contraste entre le « royaume du Fils bien-aimé » dont parle la deuxième lecture et le portrait d’un roi crucifié que présente l’évangile ! Comment est-ce possible ?


Il y a des rois qui sont plus que des rois, ils sont les bergers de leur peuple.

Peut-être que certains se souviennent de la manière dont le Card. Danneels a commencé son homélie de la messe de funérailles du Roi Baudouin : « Il y a des rois qui sont plus que des rois, ils sont les bergers de leur peuple ». Magnifique, n’est-ce pas ? Et le bon roi Baudouin, nous le savons, s’inspirait lui-même de Jésus pour être ce roi-berger.


Car Jésus incarna à tous points du vue la figure du Bon Berger. Pour s’en rendre compte, il suffit de remarquer, à la suite du Pape François, qu’il a su se tenir aussi bien à la tête du troupeau, au milieu et à l’arrière.

· On attend d’un roi qu’il soit un homme de tête et Jésus le fut par son exemplarité, par son enseignement, par son esprit d’initiative. Pensons à ses longs enseignements au bord du lac, dans des synagogues ou au Temple ; pensons au moment où il prit résolument la route vers Jérusalem ; pensons à toutes les fois où il s’est retiré pour prier ; pensons à son arrestation à Gethsémani : « si c’est moi que vous cherchez, eux, laissez-les aller », « frappez le berger et les brebis seront dispersées » ; il fut le premier à donner sa vie pour nous.

· Jésus fut également un homme du peuple, au milieu de son peuple, « l’un de nous », Emmanuel : Dieu-avec-nous. Il s’est mêlé à la vie quotidienne, a parlé un langage simple, accessible ; il a interrogé les personnes initiant ainsi des moments de dialogue ; il a cultivé l’amitié.

· Enfin, Jésus n’a pas refusé de se placer derrière le troupeau, pour marcher au rythme des plus lents, pour encourager, pour manifester qu’il accordait sa confiance à ceux qui étaient ou allaient être à la tête, allant jusqu’à délaisser le troupeau pour chercher la brebis égarée. Ainsi est-il resté seul à seul avec la femme adultère ; il est allé souvent manger chez les pécheurs ; et il su repérer la pauvre veuve avec ses deux piécettes pour la mettre en valeur…


Et c’est bien à cette dernière place que nous le retrouvons dans l’évangile de ce jour, lamentablement pendu à une croix, couvert de sueur, de poussière et de sang, en paralysie quasi-totale. Que fait-il là à cette place de condamné ? En réalité, il fallait bien qu’il y vienne car si le Fils de Dieu a été capable de descendre aussi bas, n’est-ce pas une garantie suffisante pour savoir que jamais il ne m’abandonnera ?


Et voilà qu’autour du pendu de la Croix, l’évangéliste saint Luc nous décrit la réaction de différentes personnes. Quel parti allons-nous choisir ? C’est une question que nous pouvons nous poser maintenant et dont nous pourrons donner notre réponse au moment de la communion (que nous communions ou pas d’ailleurs), lorsqu’en s’avançant ou en restant à notre place, nous aurons l’occasion de nous tenir en face du Christ, le Crucifié Ressuscité, couvert de sang et de lumière. Comment nous comporterons-nous ?


· Il y a d’abord le peuple, muet, qui reste là, à observer.

· Il y a ensuite les chefs qui ne parlent pas à Jésus mais de Jésus : « qu’il se sauve lui-même ». C’est commode de parler religion tant qu’on nous demande pas de prier !

· Les soldats, eux, se moquent ouvertement : « si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ». Ils ont au moins le courage de leur opinion. Mais que pouvaient-ils comprendre, ces soldats romains formatés au culte de la personnalité ?

· Lorsqu’on s’approche davantage, on peut lire l’Ecriteau : « Celui-ci est le roi des juifs ». La seule écriture au sujet de Jésus qui date de Jésus et qui nous soit parvenue. Elle est ironiquement vraie !


Reste alors le choix entre les deux larrons. Celui qui l’injurie car il ne comprend pas qu’il reste là, sur sa croix, à sombrer lamentablement dans la détresse.

La Croix, c’est le Titanic et Jésus est là pour que chacun puisse passer devant lui et choisir son camp.

En réalité, Jésus est comme ces bons capitaines de navire qui, lors d’un naufrage, seront les derniers à quitter le pont après avoir tout fait pour sauver l’équipage. Qu’est-ce que la Croix sinon la figure du naufrage de notre monde ? La Croix, c’est le Titanic et Jésus est là, non pas à jouer de la musique de manière désespérée, mais pour que chacun puisse passer devant lui et choisir son camp – se perdre ou sauver sa vie.


C’est devant l’agneau muet que l’on mène à l’abattoir que l’autre bandit sort du lot et ose entrer dans une vraie relation. Non pas : « Eh toi… Oui, toi le Messie, l’Elu… » ; mais : « Jésus… Jésus souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». La réponse de Jésus est vraiment étonnante : (1) aujourd’hui (et non pas « quand je viendrai ») ; (2) être avec moi (et non pas se souvenir) ; (3) dans le « Paradis » (et non pas le Royaume), ce fameux jardin de la Genèse (cf. Gn 2-3) dont l’homme avait été expulsé.


En somme, la royauté de Jésus est bien plus grande que ce qu’on peut en imaginer. Elle redonne accès à un état originel perdu, que nous ne pouvons même plus imaginer ; elle est ce royaume de lumière dont parle Paul. Aujourd’hui, dans notre humble confession de foi, cet accès nous est redonné. Puissions-nous saisir la main que Jésus, notre bon roi-berger et roi-capitaine, nous tend si tendrement.


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